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Publié le 18/05/2010.

Laurence MASLIAH
Écriture d'un solo
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POURQUOI CE SPECTACLE ?

22 décembre 2009 - 8 janvier 2010
 
Mamie est « née » il y a de nombreuses années, dans le cadre amical. Elle a pris de plus en plus de place dans ma vie, au cours de soirées entre amis, mais jamais de façon systématique. Elle a des « fans » pour lesquels je n’hésite jamais à me lancer dans un moment « Mamie ». Il y a un genre de dédoublement de personnalité dans ces moments là, puisque Mamie a son propre vocabulaire, ses expressions physiques, et que je peux la faire vivre pendant plusieurs heures sans jamais me fatiguer.

Depuis longtemps déjà, je pense à « lui » écrire un spectacle, mais l’urgence de le faire n’est venue que très récemment. Cette idée a eu le temps de germer dans mon esprit et ces derniers temps, elle s’est faite de plus en plus présente, jusqu’à devenir une évidence : C’était LE MOMENT.

L’absence de projets professionnels, ajoutée aux deuils successifs qui m’ont marquées depuis 2 ans et demi, ont donné à ce projet un caractère d’urgence et l’ont rendu indispensable, presque vital.

Si Mamie était jusqu’alors une sorte de clown, elle allait maintenant prendre une autre tournure, tout en gardant l’essentiel de ce clown : la drôlerie, la tendresse et l’émotion. Je me rends compte en écrivant ces lignes, qu’il y a un petit décalage entre ce que j’écris et la réalité. En effet, mon clown intime, s’il s’exprimait effectivement à travers Mamie, n’était pas tout à fait complet. Il lui manquait justement la dimension émotionnelle et la profondeur qui apparaissent dans le travail de clown. Je me plais toujours à dire que le clown est dans « l’être » et non dans le « faire ». Je pense que c’était l’atout de départ de Mamie, car finalement elle m’a toujours échappé d’une certaine façon, dans la mesure où je n’étais pas dans la maîtrise d’un rôle appris et travaillé, sinon dans l’improvisation de quelque chose comme une seconde nature. Elle était probablement suffisamment bien campée pour avoir du succès dans le cercle privé, mais j’ai senti que pour un spectacle, il en faudrait plus.

La première pensée qui a surgi lorsque je me suis décidée à entrer de plein pied dans « l’écriture » de ce spectacle, a été que Mamie allait prendre une tournure plus intime. Je n’avais pas la moindre idée de ce cela allait vouloir dire concrètement, mais c’était comme une intuition.

C’est cette intuition que Marina a saisie au vol et qui a permis au travail d’aller dans le sens de mon désir, même s’il était un peu vague.

Le travail concret avec elle, devant la caméra, a achevé de rendre possible le travail de préparation à l’écriture de ce qui sera un solo.

En effet, me sachant incapable de partir de la feuille blanche et étant tout à fait consciente que le seul moyen pour moi de mettre Mamie sur scène, était d’improviser face à la caméra, il fallait que « quelqu’un » puisse m’interviewer afin de me relancer.

Ce « quelqu’un » allait être Marina, qui a fait et fait encore bien plus que tout ce que j’aurais pu imaginer dans mes rêves les plus fous.

En effet, Marina a TOUT compris. Grâce à sa finesse, son intelligence et sa sensibilité, elle mène le travail vers quelque chose de très profond dont j’ignorais moi-même l’existence. Je découvre à chaque instant, que ce que je croyais n’être que coïncidences, sont en réalité des évènements sortis tout droit de mon passé, et que la part de pure invention  est de plus en plus réduite.

Je n’ai cependant pas le sentiment d’écrire une autobiographie, mais simplement d’insuffler la vie à un personnage, en lui donnant quelques appuis dans le réel.

Tout cela est d’une richesse et d’une émotion incommensurables, mélange d’une joie immense donnée par le sentiment de création et de bouleversement intense, dû au brassage d’évènements de mon passé et de celui de ma famille.

Ce spectacle sera finalement l’aboutissement d’un long parcours, et la charge de toutes ces années d’impros, de maturation du personnage, ajoutés tout simplement à ma vie, auront permis de lui donner l’épaisseur d’une histoire qui  sera j’espère à la fois drôle, attachante et pleine d’émotions. Si tel est le cas, mon projet sera pleinement abouti.

17 mars 2010

En presque 3 mois, les choses ont énormément évolué. Le travail de préparation à l’écriture a pris une ampleur à laquelle je ne m’attendais pas. Sur les recommandations de Marina, j’ai vu des films, des documentaires, lu des livres en rapport avec mon sujet et fait des exercices d’écriture.

Je dis : mon sujet comme s’il était évident que j’en avais un. Mais en réalité, je n’avais pas vraiment de sujet au départ de cette aventure. J’avais un personnage. C’est grâce à ces heures d’improvisations filmées, à ces conversations avec Marina, à mes recherches personnelles autour des thèmes émergeant de ces conversations, que le, ou les sujets du futur solo, ont pu commencer à apparaître. Au fur et à mesure du travail, ce qui n’était au départ qu’un petit personnage bien sympathique mais de très loin insuffisant pour être un sujet de pièce, a commencé à s’épaissir, à grandir dans tous les sens, comme un arbre qui ferait de plus en plus de branches et de racines, et sous lequel les strates s’accumuleraient pour donner un terrain de plus en plus solide. La sensation d’avancer vers le vide a peu à peu disparu.

Des questions que j’ai pu me poser sont devenues des évidences. Des sujets se sont éliminés d’eux-mêmes, perdant de leur intérêt, face à d’autres sujets plus profonds, plus essentiels. Le côté psychanalytique de ma recherche est apparu peu à peu, et une quête parallèle s’est mise en marche, donnant à cette expérience la profondeur et l’importance que je pressentais dès le début tout en en ignorant totalement le contenu.

Ce que j’ai nommé « intime » lorsque j’ai parlé de mon projet à Marina, a maintenant pris toute sa place, et que ce soit consciemment ou inconsciemment, les sujets qui ont émergé ont brassé une matière qui me bouleverse et m’enchante en même temps. Je ne perds pas de vue ma volonté de garder un côté léger, mais ce côté ayant toujours existé depuis que « Mamie » existe, c’est la part profonde et émotionnelle qui avait besoin d’être mise en évidence.

Pour ce faire, j’ai eu recours à des entretiens avec des personnes de ma famille, j’en aurai d’autres avec des mamies de mon entourage et d’autres personnes susceptibles d’apporter des réponses à des questions que je me pose sur mes ascendants et leur histoire. J’ai également lu un livre et vu un documentaire sur ce qu’ont vécu mes parents pendant la guerre.

Pour la partie plus technique, je lis un livre sur la dramaturgie, qui me renseigne sur la construction dramatique, chose que jusqu’alors j’ignorais totalement. J’ai aussi « décortiqué » un film, afin d’en faire apparaître chaque séquence et mettre ainsi en évidence sa construction dramatique et sa structure. C’est passionnant.

Je peux maintenant faire le parallèle entre ce travail et celui du peintre ou du comédien. En effet (on le voit très bien dans ce merveilleux documentaire d’Henri Georges Clouzot, « Le mystère Picasso ») la toile que le peintre donne à voir possède parfois plusieurs couches de peintures, de tableaux qui ont donné lieu à de telles modifications que le tableau final peu paraître n’avoir aucun rapport avec eux. Et pourtant, ce tableau final aurait-il la même force, la même richesse, s’il n’avait été précédé de toutes ces recherches, de tous ces tâtonnement ?

De même, le comédien lorsqu’il répète un personnage, passe par des propositions très diverses et parfois même opposées, mais c’est l’accumulation de tous ces aspects qui donnera de l’épaisseur et de la richesse à sa proposition finale. Dullin disait « additionne » à un comédien qui ne jouait qu’une couleur à la fois. Il s’agit bien de couleurs, comme celles du peintre.

C’est ce que je tente de faire actuellement avec « Mamie », lui donner des couleurs. 


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conception : Emmanuel de Sabletdesign : Vattiksréalisation : ReMember Systemphoto du théâtre : Max Armengaud