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Venez voir Rémi Kerdreux, comédien breton de deuxième division :
vous ne vous poserez plus jamais la question !
IL FAIT BEAU... PLUSIEURS FOIS PAR JOUR
mise en scène de Jean-Luc Porraz,
spectacle où il est question de la Bretagne, du théâtre et ... du Conservatoire !
à partir du 16 février, du mardi au samedi, à 19 heures
au théâtre du Petit Saint Martin,
9 rue René Boulanger, Paris X,
Une invit + une détaxe, si on vient à deux, pour les adhérents de l'association
“Je n’aurais jamais dû manger ce pan-bagnat avant d’entrer en scène!” se dit l’acteur qui joue Rodrigue dans Le Cid au moment d’attaquer le fameux monologue "Sous moi donc cette troupe s’avance...”
Et pourtant, vu son âge (la quarantaine bien entamée) et vu également qu’il n’a plus le physique de l’emploi (il ne l’a d’ailleurs jamais eu) jouer Rodrigue, c’était inespéré ! Mais très vite son manque de concentration va le conduire à mettre le “pilote automatique” jusqu’à la fin du spectacle, jusqu’au “pot” offert par le théâtre, qui semble être son unique moteur durant cette représentation. Et quand le pilote automatique est enclenche, c'est la porte ouverte aux rêveries, aux souvenirs, à la fantaisie , à la déconne.
“Il fait beau plusieurs fois par jour” se déroule pendant cette fameuse tirade du Cid, et va explorer les mille et une pensées de Rémi Kerdreux (c’est son nom) alors qu’il est censé interpréter un rôle... Il repensera à son enfance en Bretagne où les vieilles bigoudens se confondent avec les baleines, à son collège catho et ses curés troubles, aux premiers ébats amoureux perturbés par le coefficient des marées, à ses années glandouille au bahut, à son prof de théâtre qui voit des communistes partout, à ses tournées calamiteuses en plein air où la violence de la météo le dispute à celle des autochtone, .à sa frustration de ne pas jouer Shakespeare, Don Juan, de ne pas être le méchant dans un western-spaghetti, ou Zorro, de ne pas être une star du sport, du rock. Il se battra contre sa mémoire, contre son manque d’enthousiasme, contre son metteur en scène qui le démolit juste avant d’entrer en scène. Il pestera contre la jeune première, contre son partenaire, acteur grand à défaut d’être un grand acteur. Il rêvera à son Finistère tant aimé, au voyage, à la magie du théâtre, aux acteurs, aux actrices surtout.. .à la vie, tout seul, sans décor et sans bande-son, ou si peu !
Pour paraphraser Flaubert, "Rémi Kerdreux c'est moi !" J'ai eu l'idée de ce spectacle non pas en jouant Rodrigue mais Béralde (dans Le Malade imaginaire), non pas en ayant avalé un pan-bagnat mais un hot dog (le résultat est tout aussi dévastateur). Sinon, tout est vrai ... ou presque. Quelle chance de pouvoir chaque soir transformer une vie somme toute assez banale en une épopée théâtrale héroïque. J'ai l'impression de redevenir ce petit garçon qui enfin crée un monde à sa dimension. Car ceux qui me connaissent peuvent l'imaginer, TROP a toujours été l'adverbe que l’on m'a accolé. J'ai toujours été trop grand, je faisais trop de bruit, je mangeais trop...
Alors ne vous étonnez pas si j'ai convié trente personnages à ma table.
Et bon appétit messieurs !
Eric Prat
Sauf s’il adapte un texte littéraire ou s’il s’attaque à un monologue écrit pour le théâtre, le comédien qui décide de faire un spectacle seul, souvent parce qu’il débute ou parce qu’il travaille peu, c’est donc pour se faire connaître. Ayant peu vécu personnellement ou professionnellement, ce comédien-là est souvent dans un processus d’imitation ou de parodie dans l’écriture ou dans le jeu. Eric Prat ne rentre évidemment pas dans ce cas de figure. Comédien plus que confirmé, ayant côtoyé toutes les familles de ce métier (théâtre subventionné, privé, cinéma, télévision...), qui plus est dans la force de l’âge, le gaillard est forcément dans une position plus avantageuse quand il s'attelle à cet exercice. Il a une idée : Que se passe-t-il dans la tête d’un acteur quand il joue ? Un comédien d’origine bretonne (comme la famille d’Eric Prat), Rémi Kerdreux joue Rodrigue dans Le Cid. Pendant le célèbre monologue ses pensées vont s’échapper et c’est toute sa vie qu’on va voir défiler sous nos yeux. Eric Prat, fort de ce postulat, s’attelle à la tâche et me joue un jour une sorte de premier "monstre” comme on dit d’une première version d’un scénario au cinéma. Vu son tempérament généreux, il y a évidemment surabondance. Mon travail s’apparente alors plus, dans un premier temps, à celui d’un sculpteur que d’un metteur en scène. Face à cette matière brute qui recèle de nombreuses pépites, il faut tailler dans la masse et trouver la forme juste, dramaturgique, scénique et ludique. Il faut dramaturgiquement élaguer et restructurer dans cette vie d’acteur bien remplie qu’Eric nous propose. Limiter le nombre de personnages, transposer le texte ou les caractéristiques de l’un à l’autre, supprimer des séquences, en inventer certaines, en affiner d’autres. Tout cela dans un grand souci de faire ressortir au maximum ce qui parle à tous, d’éviter le côté "boutique” de l’acteur qui se raconte. Scéniquement il faut trouver les espaces qui correspondent à l’univers géographique ou mental des différents personnages. Pour le jeu enfin, dans une grande confiance puisque nous avions déjà travaillé ensemble avec bonheur et succès ( les “Contes d’avant l’oubli” d’après Singer) , trouver l’équilibre entre l’efficacité comique et la sincérité, la fantaisie et l’émotion, toutes choses relativement aisées quand on a affaire à un virtuose comme Eric Prat. J’ai parlé d’émotion car je crois qu’au bout du compte c’est ce qui le différencie des one-man shows traditionnels. On est plus ici dans l'esprit d'un Philippe Caubère ou d'un Guillaume Gallienne. Cette vie qui défile avec ses joies, ses échecs, ses amours, ses ruptures, ses deuils, sa nostalgie nous touchent au plus profond. On rit beaucoup de tous ces personnages, de tous ces moments, de toutes ces références aux années 70 ou 80, mais le petit pincement au coeur est toujours là en filigrane.