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Publié le 19/12/2011.

Carte blanche à Victor HAÏM
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par Victor Haïm

         
               Il y a une quarantaine d'années que j'ai commencé à écrire des pièces de théâtre après une brève et infructueuse incursion dans le "jeu" d'acteur... Aucune pièce ne peut surgir sans la base d'expériences qu'on appelle le "vécu". Ce que j'ai subi dans mon existence a servi de carburant à mes pièces. Mais je n'ai pas réussi à traduire, sans avatar, les aventures de ma vie. Deux éléments se conjuguent  pour définir ce que j'appellerais pompeusement mon style. L'anecdote, brute de décoffrage ne m'intéresse pas. Une foule d'auteurs dramatiques se racontent avec complaisance en estimant qu'ils font une oeuvre d'art. Moi, j'aime le grossissement, la poésie qui décolle, le burlesque au service des idées. On a dit que mon théâtre était engagé. Certes. Mais les scènes et les dialogues que j'imagine ne sont pas au service d'une idéologie. Ce que tout spectateur peut déceler dans mes pièces c'est mon horreur de l'humiliation d'un être par un autre, mon amour pour les femmes que je trouve courageuses et sensibles mais souvent victimes et ma répulsion pour le snobisme qui veut imposer les modes. Je n'ai donc pas fait un micron de compromission en écrivant mes pièces ! C'est à prendre ou à laisser ! Le deuxième élément qui peut caractériser une "manière" ou disons carrément une marque de fabrique, c'est que j'aime faire rire... Je ne me force pas outre mesure. On m'a fait le plaisir de souligner que, quel que soit le sujet abordé, le traitement baigne dans l'humour. Comme l'humour fait partie de l'ADN d'un individu, je ne le rajoute pas dans mes comédies comme on arrose, d'une sauce très relevée qui vous emporte la gueule, un plat pas très frais ... Cela fait vraiment partie intégrante de l'écriture. Pour parler trivialement, c'est dans ma nature. Angoissé, voire paniqué par la vie, j'essaie de m'en moquer, mais des observateurs pointus voient bien que la peur vrille mon abdomen ! Car on peut rire beaucoup de la forme -grâce au dialogue- et saisir tout ce qu'il y a de désespéré dans les péripéties que j'invente. Prétentieusement, j'espère faire acte de résistance face à la médiocrité télévisuelle et quelquefois cinématographique. Là, encore, je ne me force pas. C'est dans les gènes. Je hais la tiédeur et j'adore aimer... Vaste programme ! Jai eu la chance de voir mes pièces servies par d'immenses comédiens. Ils ont été unanimes à reconnaître que j'écrivais pour les acteurs. Ce plébiscite me console de certaines animosités que sécrètent quelques critiques (ceux du "Monde" et de "Libération") qui font comme si j'étais mort... Comme ils sont très "tendance", de nombreux lecteurs les suivent; pas grave. Je suis ma route et, même si des pièces que j'ai écrites, il y a un certain temps, ne me plaisent plus (avec le recul), je ne ressens jamais de honte car j'ai placé la sincérité au dessus des modes.

La seule fierté que je revendique, c'est d'avoir écrit les pièces que j'avais envie d'écrire ! Quarante ans de "carrière" et pas une ligne dictée par une préoccupation commerciale, ou pour flatter un acteur ou bien encore pour faire un coup... Très lucide, je m'aperçois parfois avec terreur que j'ai "raté " une pièce, que telle ou telle comédie est beaucoup moins bonne que ce que je pensais à l'époque où je venais d'en terminer la rédaction. Mais je n'ai pas honte de ces ratages. Ils sont inhérents à l'humeur ou à toutes sortes de raisons que j'ai passé beaucoup de temps à analyser. Il y a des périodes de doute, certes, mais lorsqu'elles m'assaillent de façon trop paralysantes, je pense à Tchekhov qui écrit à la femme de sa vie que, décidémént, il n'était pas un auteur dramatique (sic).

Je doute, je doute, je doute et je redoute... mais il y a un moment où on se dit :"Je ne sais faire que ça, je n'aime que ça et le nombre d'immenses comédiens qui ont joué mes pièces avec plaisir, voire avec jubilation, me prouve que je ne me suis pas complètement trompé".

Certains critiques, ont décidé une fois pour toutes que je n'existais pas ! Il vaut mieux les nommer car ils ne sont pas nombreux : ce sont les chroniqueurs médiocres de "Libération" et du "Monde" ! Ils sont habiles parce qu'ils ne se donnent même plus la peine de m'éreinter, ils se contentent de faire comme si j'étais mort. Ils ne veulent pas savoir que mes pièces ont été traduites en près de 20 langues et jouées dans 25 pays. Je leur apporte donc la preuve que leur haine ne m'empêche pas de continuer à écrire. "Jeux de scène" vient d'être créée à Stocholm, au théâtre Strindberg et j'ai 3 projets de production. Cela veut dire que la vie d'auteur est un combat incessant ! C'est un lieu commun, car toute vie est une lutte à couteaux tirés. Mais ça vaut la peine.     

Je remercie le ciel (auquel je ne crois pas) de ne pas être un jeune auteur aujoud'hui. C'est épouvantable. Un directeur de théâtre ne prend plus son téléphone pour appeler une star ou de bons acteurs; il demande à l'auteur de contacter des vedettes de la télévision, même s'il s'agit de quelqu'un qui n'a jamais mis les pieds sur un plateau ! Le texte est tout à fait subalterne... Ce qui importe c'est de faire un coup. Un exemple de notre pitoyable dégradation : c'est au théâtre Antoine que je vis dans les années 50, la pièce de Sartre ; "Le diable et le bon Dieu". Que vais-je voir dans ce merveilleux théâtre avec la nouvelle direction issue du petit écran ? La télévision a réussi un beau coup : faire des téléspectateurs des veaux qui veulent tout sauf se servir de leur cerveau qu'on a transformé en bouillie pour les rats ! Alors, le  jeune auteur se dit qu'il peut trouver sa place dans le théâtre subventionné ! Qu'il essaie : au mépris, cette fois non affiché, s'ajoute l'hypocrisie de prétendre qu'un comité de lecture va se pencher sur votre oeuvre. Patience. Les ambitieux doués qui bénéficient de subventions, mentent comme ils respirent. Ils ne risquent aucune sanction. Tout va bien pour eux. Un jeune auteur, en notre bouffonne époque, a intérêt à avoir d'autres cordes à son arc, sinon... gare à la famine !  

Victor Haïm
Victor Haïm a écrit une soixantaine de pièces. Certaines ont été jouées à l'étranger ( dans 24 pays). Elles ont été traduites en 17 langues. Il a obtenu une dizaine de prix dont: "Plaisir du Théâtre", prix Jacques Audiberti,  prix Ibsen, prix du théâtre de la SACD, prix de l'Académie française, Molière du meilleur auteur francophone vivant.
Acteur, il a joué dans ses oeuvres qu'il a , de rares fois ,mises en scène. Il est le père de deux comédiennes: Mathilda May et Judith Haïm (qui se consacre aujourd'hui à l'enseignement de la danse classique).
De façon très marginale et épisodique, Victor Haïm a fait quelques incursions dans l'écriture télévisuelle à laquelle il a renoncé pour des raisons d'éthique !


par Martine LOGIER,

Responsable des cartes blanches.

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conception : Emmanuel de Sabletdesign : Vattiksréalisation : ReMember Systemphoto du théâtre : Max Armengaud