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Publié le 04/01/2012.

Marcia DE CASTRO
Tournée de MOI, MONSIEUR MOI, du 11 au 25 janvier 2012, au réseau Sénégambien des Instituts Français.
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Note d’intention de mise en scène

Patricia parle de la vie difficile d’être, de naître et de devenir fille et femme en Afrique. Je me reconnais dans presque tous ses propos car née au Brésil je suis petite-fille d’une « amérindienne » et fille d’une mère enfermée dans sa maison par la jalousie féroce de son mari, mon père. Mes questionnements et les stigmates de mes douleurs féminines sont aussi ceux que Patricia nous conte dans la pièce « Moi, monsieur, moi. »

            De mon temps, comme on dit, voilà presque un demi-siècle, les filles dans les petits villages brésiliens, les filles n’étaient rien. Elles étaient justes bonnes à être tripotées par des cousins le dimanche après la messe, coincées dans des recoins obscurs par des oncles après le repas familial, en général bien arrosé, collectionnées par des voisins toujours prévenants et bien intentionnés. Toujours prêtes à apporter les pantoufles au grand frère, à laver les pieds du papa au retour du travail, bonnes à être engrossées par des prêtres amis de la famille, bonnes à être des petites bonnes des tantes, un peu nourries, jamais payées, taillables et corviables à merci, troussables et baisables! C’était au Brésil aux années 60-70 !

Ces histoires universelles et vieilles comme le monde me permettent de crier avec Patricia. Mes mots seront autant d’images muettes et autant de larmes secrètes que chaque humain reconnaîtra dans la part de féminité qui sommeille en lui. Des mots de théâtre joués sur scène pour dire les maux de notre société machiste.

Mon propos, en tant que metteur en scène, n’est pas d’intellectualiser ces situations qui nous touchent au plus profond de notre chair. Je veux simplement, humblement, poser des questions, je ne veux pas apporter des réponses dogmatiques et militantes : c’est à chacun, de repartir avec ces interrogations et c’est à chacun de trouver ses propres réponses. Et pour mieux poser ces questions, je mets en scène le jeu de clown et des marionnettes.

Le Clown, celui du théâtre (pas celui du cirque avec ses grandes savates et ses grands éclats de rires), le clown de Patricia, le clown, qui prend des coups sans les rendre et sans montrer sa souffrance, celui qui est dans l’immédiateté du jeu sans réflexion et sans commentaires. Le clown, cet être de chair avec qui nous entrons en empathie et qui nous trouble car lui seul a la liberté de parole et d’action qui ne passe pas par le filtre de l’intellect.

Pour appuyer les sujets graves traités dans la pièce, les marionnettes seront les écrans nécessaires et indispensables entre le tragique des situations évoquées et le public qui recevra plus naïvement les propos sans être mis en situation de voyeurs mal à l’aise. La marionnette permet en permanence de dédramatiser et de prendre de la distance avec la situation tragique. Les marionnettes peuvent mettre en voix les mots indicibles et leurs donner un sens audible. Elles causent en nous « vraies marionnettes de la vraie vie » nous nous confortons dans leur jeu de poupées sensibles pour que le pleur ne soit qu’un éclat de rire. Patricia est le miroir de cet être de carton-pâte qui hurle, mais Patricia ne sent plus les gifles et n’entend plus les hurlements. La marionnette amortit le choc et nous, nous nous lui sourions, nous l’accueillons dans notre corps et nous lui apportons le réconfort et la tendresse qui nous a tant manqué.

Márcia de Castro.

            



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conception : Emmanuel de Sabletdesign : Vattiksréalisation : ReMember Systemphoto du théâtre : Max Armengaud