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Publié le 04/01/2013.


Alix RIEMER
QUE LA NOCE COMMENCE aux Gémeaux à Sceaux du 11 au 27 janvier 2013
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Que la noce commence,
d’après le film Au diable Staline, vive les mariés ! de Horatiu Malaele
scénario Horatiu Malaele et Adrian Lustig
adaptation et mise en scène Didier Bezace

avec Alexandre Aubry, Jean-Claude Bolle-Reddat, Julien Bouanich (promo 2010), Nicolas Cambon, Arno Chevrier, Sylvie Debrun, Daniel Delabesse, Guillaume Fafiotte, Thierry Gibault, Marcel Goguey, Gabriel Levasseur, Corinne Martin, Paul Minthe, Julien Oliveri (promo 2011), Karen Rencurel, Alix Riemer (promo 2010), Lisa Schuster et Agnès Sourdillon

Aux Gémeaux, scène nationale de Sceaux
du 11 au 27 janvier 2013

Que la noce commence sera le dernier spectacle que je monterai en tant que directeur du Théâtre de la Commune. J’y retrouverai sur et autour du plateau, toute mon équipe artistique et notamment bon nombre de comédiens, parmi la quinzaine nécessaire au  montage du spectacle, qui m’ont accompagné depuis 1995 : La noce chez les petits bourgeois, Grande peur et misère du troisième Reich d’après Brecht / Pereira prétend d’après le roman de Tabucchi / Le piège d’après Emmanuel Bove / Chère Elena Sergueïevna de Ludmilla Razoumovskaïa / Conversations avec ma mère d’après Santiago Carlos Oves…
À travers ces créations, j’ai tenté de fabriquer au cours des saisons qui se sont succédées, un répertoire de théâtre populaire dont les enjeux dramaturgiques se situent résolument au croisement de l’Histoire et de la vie intime des personnages. Ce sont la plupart du temps des gens issus du peuple ou d’une modeste classe moyenne qui se trouvent brutalement confrontés au déroulement implacable d’une Histoire dont ils ne maîtrisent pas – est-ce par faiblesse, inconscience ou lâcheté ? – le cours, mais qu’ils subissent individuellement et collectivement jusqu’au plus profond de leur existence. Ce sont ces « gens de peu » comme nous les nommions lorsque nous étions affairés à la réalisation de la trilogie Brecht / Bove / Tabucchi dont le titre était justement et par euphémisme « C’est pas facile… », non parce qu’ils sont vils comme l’expression le suggère quand elle est maniée par ceux qui les exploitent mais parce que d’ambition, ils ne peuvent à vrai dire en revendiquer que peu, sinon, dans le chaos où ils se trouvent, celle de s’en sortir sain et sauf en résistant au vent qui les emporte. Le courage leur est nécessaire, souvent ils n’en manquent pas, mais aussi la ruse et l’imagination. Ce sont deux qualités indispensables à leur survie, privés qu’ils sont des moyens qu’emploient les puissants pour asservir le monde. C’est tout le sens du spectacle Que la noce commence. Ces villageois roumains récalcitrants à l’ordre nouveau de la Russie soviétique sont par nature des résistants ; ils le sont de manière insouciante et frondeuse comme des gamins toujours prêts au chahut. Leur humour et leur insolence sont des armes face à la brutalité omniprésente et invisible de l’occupant. Mais pour échapper à l’oppression et en contourner la dure réalité, il leur faut encore faire appel à leur imaginaire en créant une fiction qui leur permette d’être fidèles à eux-mêmes. Que la noce commence, malgré son dénouement tragique, est une comédie ; les personnages nous séduisent par leur truculence, leur drôlerie, leur force d’invention, nous en sommes solidaires, avec eux, nous rions de l’absurde tentative de domestiquer les forces de la nature en « éduquant » les cancres de l’Histoire, nous admirons leur imagination, nous pleurons leur prévisible défaite. Au coeur de la comédie politique se cache en outre un sens profond qui m’incite à faire de ce projet le signe de ma démarche artistique depuis le Théâtre de l’Aquarium jusqu’à celui de la Commune d’Aubervilliers : Que la noce commence est aussi un hommage au théâtre. Comme ces acteurs italiens dont on dit qu’ils ont inventé mime et pantomime pour contourner les contraintes d’une censure de plus en plus rigoureuse et continuer à « parler » quand même sur le tréteau des places publiques, les villageois roumains réduits au silence par l’oppresseur, réinventent un vocabulaire gestuel pour « parler » leur noce, résistants et poètes, ils sont le théâtre populaire, tour à tour tonitruant, farceur, silencieux et inventif : vainqueur par imagination, vaincu par la bêtise. Comédiens et gens du peuple sont ces « gens de peu », infiniment petits et fragiles, infiniment grands et forts, de cette force inattendue toujours réinventée et imprévisible, que craignent tant les puissants parce qu’elle est le germe de la révolte.

Didier Bezace, le 08 mai 2011

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