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Publié le 29/04/2014.


Laurence FÉVRIER
La REPRÉSENTATION des femmes : rarement, le débat public sur l’égalité des droits entre les hommes et les femmes aura été d’une actualité aussi forte qu’en ce début d’année 2014... Pourtant...
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« La représentation » des femmes.

par Laurence Février


Rarement, le débat public sur l’égalité des droits entre les hommes et les femmes aura été d’une actualité aussi forte qu’en ce début d’année 2014 : projet de loi adopté par une large majorité des députés, vote solennel à l’Assemblée Nationale, préparation des listes électorales paritaires pour les élections municipales, débats houleux au Sénat : « système baroque, loufoque, invivable »… En ce qui concerne le ministère de la Culture et de la Communication, création de l’Observatoire de l’égalité hommes-femmes et nomination de 12 femmes à la tête de CDN ou de scènes nationales…

On peut se réjouir de cette évolution politique et penser avec Aurélie Filippetti « qu’un verrou est tombé… de façon irréversible », pourtant la situation n’a commencé à changer qu’en surface et la plus grande révolution reste à faire quant à l’évolution des mentalités. Dès mars dernier, le Parlement européen rejetait un texte qui « appelait à garantir l’égalité de rémunération hommes-femmes à travail égal », rapport rejeté par « 298 voix contre, essentiellement dans le camp conservateur, et 87 abstentions » dont Daniel Cohn-Bendit et José Bové…

Cette situation des femmes, et leur non-représentation sur la scène politique, est exactement symétrique à leur non-représentation sur la scène culturelle. C’est une situation dont je me suis rendu compte, concrètement, très vite, quand j’étais jeune comédienne : tous les metteurs en scène avec qui je travaillais - à deux exceptions près - étaient des hommes, comme tous les directeurs de théâtre et tous les producteurs. Pour ces raisons, et parce que je pensais et je pense toujours qu’il faut « s’y coller » pour que ça bouge, j’ai entrepris une carrière de metteure en scène, dès les années 80, avec cette question sous-jacente à chaque spectacle que j’ai mis en œuvre : quelle « représentation » des femmes je propose en choisissant ce texte ?

L’écriture cinématographique et télévisuelle s’inspire beaucoup des femmes existant dans la vie civile et politique, alors que l’écriture dramatique demeure très structurée par les archétypes féminins du théâtre classique : la mère, l’épouse, la séductrice, l’adolescente enfantine, la servante.... Ces femmes qui ne sont présentes sur la scène que lorsqu’elles appartiennent à la sphère de la séduction ou de la famille, deviennent « irreprésentables » quand elles ne sont pas dans la sphère privée ou qu’elles ont dépassé le temps d’une séduction traditionnelle. Seules les figures d’exceptions traversent tous les clivages : les reines, les amazones, les directrices... et elles doivent leur représentation au fait qu’elles soient exceptionnelles ou les représentantes d’un pouvoir monstrueux et tyrannique. Alors, ces femmes exceptionnelles, uniques, démesurées, occupent tout le champ de l’imaginaire, ne laissant qu’une part congrue ou inexistante aux autres femmes.

Ce qui m’intéresse, c’est d’ouvrir la scène du théâtre à une représentation qui ne repose pas de façon omniprésente sur le pouvoir de séduction des femmes, celui du sexe ou celui de l’amour, mais sur le pouvoir d’une autre séduction, celle qu’une femme peut exercer dans la sphère privée comme dans la sphère publique, par sa réflexion, par sa pensée, par son action comme individu qui agit au sein de la société.
Par là, il s’agit de mettre en scène des personnages de femmes qui n’ont pas encore été représentées au théâtre, pour qu’elles y existent, sans hégémonie et sans qu’il soit question de remplacer une omniprésence par une autre, mais pour qu’elles y soient présentes avec les hommes.


Laurence Février.
23 avril 2014
 
Laurence Février

Comédienne et metteure en scène,elle joue au théâtre, au cinéma et à la télévision. En 1980, elle fonde sa compagnie et monte des textes classiques et contemporains, elle fait aussi des adaptations d’œuvres littéraires. Depuis 2002, elle mène une recherche de théâtre-documentaire en élaborant des spectacles à partir de la parole de personnes qu’elle rencontre et qu’elle interroge. En 2007, elle crée au festival d’Avignon : Suzanne, un spectacle sur le droit des femmes et la parité, qu’elle va reprendre en juin prochain au théâtre du Lucernaire, (texte édité par l’Harmattan).
Elle vient de monter Yes, peut-être de Marguerite Duras.

 
 
   

 

Martine LOGIER
Responsable des cartes blanches


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Commentaire laissé le 14/05/2014 à 11:40
La carte blanche de Laurence Février est instructive, documentée et inquiétante. J'ai appris des choses que j'ignorais. La prise de conscience est déjà un chemin vers l'action, ce passage si difficile et que peu franchissent.
Aidons-nous, seules c'est trop dur.
Merci

Michèle André Théobald



Commentaire laissé le 30/04/2014 à 17:04
Bravo Laurence Février

Et mille fois oui à cette proposition!
Je me permets de rajouter que ces personnages de femmes « extraordinaires » sont surtout « des femmes comme il n y a pas d'homme », remerciées par le pouvoir d'en avoir assimilé les codes ( intrinsèquement masculins) et de les incarner.
Marie Stuart, Golda Mehr, Tatcher ( tiens! Très GB) même Marie Curie. Cette nécessité de donner à voir de soi, pour être « respectéE », une espèce de carapace masculine et de fait inviolable.(!?)
Outre toutes les questions qu'on peut se poser sur notre légitimité à utiliser « une langue qui n'est pas la nôtre » ( la parole, verticalité, père) pour nous définir.
Et le fait qu 'en femme, il y ait homme et femme, car part de l'humanité dite homme, comme l'explique mieux celle que vous avez incarnée dans Suzanne,
Je vous suis.
Merci
Nathalie lacroix
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