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Publié le 25/06/2014.


Robin RENUCCI
Il n’est certainement pas anodin que le statut d’intermittent du spectacle soit précisément remis en question alors que ce que l’on peut appeler « le nouvel esprit du capitalisme » est à son apogée.
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En cette période confuse rappelons
    que les artistes et techniciens du spectacle vivant n'ont pas de « statut », qu'ils sont des salariés du secteur privé comme les autres et qu'il serait impensable de les priver du bénéfice de la solidarité interprofessionnelle,
   que le régime particulier des annexes VIII et X est le corolaire de la brièveté et de la précarité des contrats de travail dits « d'usage », CDD habituels des artistes et techniciens du spectacle, qui privent les salariés d'indemnité de fin de contrat ou de précarité,
    que les entreprises qui ont recours à ce type de contrat cotisent à l'assurance chômage à un taux double de celui des autres entreprises,
    qu'exclure les plus fragiles d'entre nous, les moins inscrits dans le système, hors des régimes de solidarité, c'est aggraver leur exclusion sociale et la génération d'une société clivée, simplificatrice et violente.

  
    L'accord signé (et probablement bientôt agréé) est un boulet projeté dans le délicat édifice économique et social du spectacle vivant qui va, pour longtemps, freiner l'innovation et la créativité porteuses de développement.

    La mesure « réparatrice » concédée par l'État, si elle réduit provisoirement la fracture, embrouille toute perspective de résolution à long terme en mêlant dans les esprits la subvention sociale, la juste rémunération du travail et de la création, la subvention artistique, la mutualisation du risque social…

     Il n’est certainement pas anodin que le statut d’intermittent du spectacle soit précisément remis en question alors que ce que l’on peut appeler « le nouvel esprit du capitalisme » est à son apogée. Les nouvelles formes d’organisation du travail, les valeurs et les statuts qui sont privilégiés par cette dernière « métamorphose du capitalisme » ne sont plus celles qui avaient cours il n’y a pas bien longtemps : le salariat, la stabilité, le CDI… mais sont basés sur les qualités du « créatif » indépendant : la flexibilité, l’autonomie, l’initiative, l’engagement et l’individualisme, et sont relayés par des formules contractuelles de plus en plus individualisées, dans lesquelles le Droit du travail se dilue.

    Que le MEDEF se montre particulièrement acharné à briser le statut actuel des intermittents du spectacle devient à la lumière de cette analyse bien plus intelligible, si l’on suit la logique patronale. Mais c’est moins alors les artistes et les techniciens du spectacle qui sont en ligne de mire que la pérennité d’un statut prenant en compte et compensant en partie ce que leur activité comprend de risques de précarité et d’aléatoire. Or, précarité et aléatoire sont en passe de se généraliser et de toucher bien des secteurs autres qu’artistiques.

    En rabattant progressivement le statut d’intermittent, il sera alors aisé de l’appliquer à de nouvelles catégories professionnelles, le travailleur - tout travailleur - devenant un intermittent. On arrive à ce paradoxe d’une société exigeant de chacun qu’il entreprenne et se montre créatif et innovant, mais où le risque et l’incertain liés à toute création ne sont pas pris en compte et laissés à la seule charge de l’individu. Aussi, ne nous y trompons pas.

    En mettant en garde, en disant encore « c’est la culture qu’on assassine », on profère certes une vérité à prendre au sérieux. Mais n’oublions pas que c’est également tout un système de protection sociale, basé sur le salariat, qui est en ce moment, mois après mois, mis à mal.

    Dépeindre les artistes comme les derniers privilégiés est un contresens volontairement entretenu et destiné à les couper du reste de la population. Il serait plus judicieux de les considérer comme les premiers à avoir la malheureuse opportunité de pouvoir défendre un statut qui sera bientôt partagé par tous. C’est en pointant cela que les intermittents du spectacle peuvent tisser des liens et créer de nouvelles solidarités avec l’ensemble de la population. 

   Si certaines grandes productions pourront continuer à se produire et à tourner, c’est bien plutôt les créateurs plus modestes, les auteurs, les compositeurs, les interprètes, les artisans, les techniciens moins sollicités mais aussi plus proches de vous, qui pâtiront. Or, c’est oublier que c’est du foisonnement, et de l’émulation qu’il crée, que naissent bon nombre de créations. C’est nier également que seule la multiplicité, y compris la multiplicité des langues, peut être une réponse à l’unicité, à la massification, à la globalisation. Les petits projets artistiques « interstitiels » sont autant d’alternatives à une pensée unique et à un secteur culturel déjà souvent soit institutionnalisé et subventionné, soit soumis à la seule loi du marché.

Robin Renucci 

Robin Renucci sur France Culture, le dimanche 22 juin 2014, dans l'émission Changement de décor

Robin Renucci et Nicolas Bouchaud le jeudi 26 juin 2014, dans l'émission L'humeur vagabonde de Kathleen Evin sur France Inter




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Commentaire laissé le 03/07/2014 à 16:49
Les poings sur les i par la parole plutôt que sur la figure.
Bravo...Expliquons, diffusons. Que la parole soit notre moyen de lutte.
Didier Chaix, comédien, metteur en scène fidèle des «rencontres».



Commentaire laissé le 01/07/2014 à 15:23
Merci pour cette déclaration. Venant de Robin Renucci qui porte les valeurs du théâtre populaire avec courage et clairvoyance, elle ne peut qu'interpeller et éclairer ceux qui manquent d'informations.
Danielle Catala, comédienne, metteur en scène.




Commentaire laissé le 01/07/2014 à 12:30
Très clair et juste !
Didier Petit




Commentaire laissé le 01/07/2014 à 09:33
Les hommes politiques sont devenus au fil des années des superstars des médias. Étant propulsés sur la scène politique par un histrionisme priapique, ils ne supportent pas que d'autres, bien meilleurs comédiens qu'eux - car ils ne mentent pas mais jouent « vrai » - leur ravissent leur spectacle.
JOUONS NOTRE RÔLE - CONTINUONS LA LUTTE !!!
Michel Rocher - acteur



Commentaire laissé le 30/06/2014 à 12:42
Je ne vois pas bien la différence entre les intermittents du spectacle et les autre catégories de salariés, saisonniers, intérimaires, cdd, contrat de chantier et autres . Alors pourquoi un statut particulier ? Surtout pour de métiers semblables, menuisier, électricien de plateau , standardiste, guichetière ..
Serge Meunier-Beillard (fréquente régulièrement le théâtre)



Commentaire laissé le 29/06/2014 à 14:46
merci a vous comme dab vos convictions et votre bienveillante conscience parle juste
Anana Terramorsi, sculptrice,peintre,poétesse et guide spirituel

Anana Terramorsi

Sculptrice,poete,etc..............



Commentaire laissé le 27/06/2014 à 17:25
Si plus de ténors du monde du spectacle prenait la parole de façon aussi claire, synthétique et pédagogique et la diffusaient chaque fois que possible, sans doute n'y aurait-il plus de question sur le maintien des festivals de l'été à venir....Sans doute nos députés auraient-ils enfin compris....sans doute...Mais j'ai quand même un doute ! Un doute sur la volonté de nos politiques (y compris ceux du gouvernement actuel) de maintenir la richesse et la créativité du monde du spectacle dont nous avons la chance de bénéficier en France, «Parce que ça coûte cher».
Bien sûr Monsieur Renucci, vous avez parfaitement raison !
La destruction du système de protection des intermittent(e)s du spectacle est devenue nécessaire car c'est un bien mauvais exemple de protection du précaire, que certains pourraient avoir l'idée d'étendre et non d'effacer, puisque ce qui est encore la base de notre code du travail, le CDI n'est plus pratiqué et que le MEDEF voudrait tout simplement supprimer. Quand un ministre du travail d'un gouvernement de gauche s'attaque aux seuils de représentation syndicale dans les entreprises et que les syndicats ne réagissent pas, il y a vraiment de quoi s’inquiéter....
Les intermittents du spectacle ne sont pas des privilégiés mais ils le deviennent au fur et à mesure que le corps général du monde du travail se dégrade.
Le processus est le même que pour les retraites...Tapons sur les « nantis » en les rendant responsables du manque de ressources en faisant croire que c'est la solution....
Alors que la vraie cause est une diminution des masses salariales et une déviation des richesses vers les actionnaires.
Or les cotisations sociales ne sont prélevées que sur les salaires...
Ils faut revoir le système de redistribution en fonction des évolutions récente des répartitions des valeurs et richesses dans le monde du travail.
Soutenir le moyen de vivre et de travailler librement pour les intermittents du spectacle, c'est défendre notre propre protection sociale.
Tous solidaires.
Raymond Chaigneau



Commentaire laissé le 27/06/2014 à 16:01
Merci M. Renucci. En effet vous expliquez simplement comment le MEDEF a entrepris de fragiliser tous les salariés et de remettre en cause les droits du travail obtenus après de longues luttes. Si on accepte que les intermittents soient sacrifiés on valide une politique qui va mener bon nombre de salariés vers une vie de corvéables à merci, sans garanties, sans espoirs.
Myriam Parmentier
Bibliothécaire



Commentaire laissé le 27/06/2014 à 12:06
Une analyse claire, concise et qui met intelligemment en garde pour le futur de tous. Je m'empresse de diffuser
Béatrice Coton
Bibliothécaire musicale



Commentaire laissé le 27/06/2014 à 11:58
Excellente mise au point. Cela est bien. Merci.
Christian Milovanoff, photographe



Commentaire laissé le 27/06/2014 à 03:35
Merci monsieur de le dire ainsi. Nous savons votre engagement pour l’Éducation populaire et la place des artistes dans ce mouvement.
Chris Camerlynck



Commentaire laissé le 27/06/2014 à 02:05
Merci Robin pour ta fougue habituelle, tes engagements sans faille, profonds et inspirés. Une cause de plus, éminemment juste, à défendre... Be a tu !
Félix Prea



Commentaire laissé le 26/06/2014 à 23:40
Très beau texte et de plus utile...à diffuser largement à nos élus de gauche et à tous ceux qui considèrent que l'Art est un besoin vital,une expérience indispensable pour rester des êtres pensants, sensibles , citoyens..
Jackie Taffanel chorégraphe



Commentaire laissé le 26/06/2014 à 23:40
Merci M. Renucci ! Cet article est précieux. Je le partage volontiers.

Thérèse André-Abdelaziz
écrivain




Commentaire laissé le 26/06/2014 à 23:35
Le principe touche effectivement au-delà des intermittents; c'est la préfiguration de ce qu'on veut mettre en place en France pour tous les salariés; voir les faux entrepreneurs en autoentreprise sous-traitants d'une seule entreprise; et du coup sans plus aucune protection en cas de chômage.
les cotisations salariales et patronales pour un intermittent sont équivalentes à 75% !
Robert Yacan



Commentaire laissé le 26/06/2014 à 23:01
Merci à vous,Robin Renucci, pour cette analyse lucide et simplement exprimée qui rappelle pour une fois (car c'est peu souvent dit) que les entreprises qui emploient les intermittents ( souvent petites structures culturelles et compagnies indépendantes) COTISENT à un taux supérieur aux autres entreprises.
Et Merci aussi de ne pas réduire le débat à un maintien de prérogatives prétendues telles.
Arlette ALLAIN comédienne/Metteur en scène/ Directrice de Compagnie (souvent en difficulté)



Commentaire laissé le 26/06/2014 à 22:50
Bravo pour cette intervention et sa pertinence. N'oublions pas néanmoins que c'est l'ensemble de la nouvelle règlementation UNEDIC qui est à jeter et non nos seules annexes. Pour ceux que la mise en application des droits rechargeables, du différé spécifique d'indemnisation, des règles liées à l'activité discontinue, du recul de l'âge d'accès à la retraite sans dispense de recherche d'emploi... vont pénaliser, il n'y aura pas de mesures de rattrapage.
Il ne faut pas oublier non plus que ce qui se prépare avec un traitement spécifique des annexes, c'est aussi la remise en cause de la légitimité de ces annexes au sein de l'UNEDIC. Valls a omis de rappeler que le débat sur la remise à plat de l'intermittence est une injonction du MEDEF et que cela faisait partie de l'accord signé le 22 mars. On peut donc craindre le pire, même s'il ne faut surtout pas jouer le jeu de la chaise vide.
Les intermittents auraient tort de ne pas se préoccuper du régime général car l'automaticité des droits rechargeables est un piège qui menace tous ceux qui perdront l'accès à l'intermittence, le risque d'être irrémédiablement bloqué dans le régime général est avéré.
Nous sommes face à une généralisation de la précarisation des travailleurs voulue et ordonnancée par le MEDEF, un recul des droits sociaux sans précédent. Il n'y a aucune chance que notre modèle alternatif puisse être adopté dans l'état du rapport de forces car notre modèle est parfaitement adapté à l'emploi discontinu, qui frappe peu ou prou 86% des salariés français aujourd'hui.
Ils nous disent «There is no alternative», nous avons le culot d'en présenter une. Il faut donc nous faire taire!
Thierry Decocq



Commentaire laissé le 26/06/2014 à 22:29
Voilà qui est clairement et parfaitement exprimé !
Merci Robin. Je partage et je le partage.
Monique Benintendi - Simond
co administratrice du Théâtre du Rond Point Valréas



Commentaire laissé le 26/06/2014 à 22:26
dans le mil ! ROBIN
Déborah Banoun



Commentaire laissé le 26/06/2014 à 21:05
Bravo Monsieur Renucci. Article à partager au maximum.
Isabelle Mabelly





Commentaire laissé le 26/06/2014 à 19:45
MERCI !
Merci d'oser appeler le Capitalisme par son nom, et de dénoncer son offensive sur le salariat en général.
Merci de nous (intermittents) remettre à notre place dans ce conflit : en première ligne, certes, mais tous les autres salariés suivent de près !
Romain Dieudonné, comédien



Commentaire laissé le 26/06/2014 à 12:12
Merci pour cet article précis qui permet de penser plus loin. Solidarité, engagement, ouverture, créativité devraient être les maîtres mots en cette période de crise.
Je diffuse ce texte sur les réseaux sociaux.
Ophélie Koering
Comédienne,réalisatrice



Commentaire laissé le 26/06/2014 à 10:28
Extraordinaire article que je partage sur les réseaux sociaux. Une opinion à haute vue, Bravo Monsieur Renucci !
Il faut aider les projets et les espaces interstitiels à exister, à faire lien et sens.
Olivier Mavré
écrivain et enseignant en arts appliqués
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