
L'OPERA DE SARAH - Avant l'Amérique
Mise en scène d'Alain Marcel
Lumières de Laurent Beal
Son de Hervé Lombard
Avec Jérôme Pradon, Damien Roche
du 20 Janvier 2009 au 23 Mars 2009
au Théâtre de l'Oeuvre
55 Rue de Clichy. 75009 Paris
Tél. : 01.44.53.88.88
Une saga extravagante et musicale
Un comédien, seul en scène, déroule pour lui-même et pour nous, en dialogue et en chant, la vie trépidante et romanesque de l’icône universelle que fut Sarah Bernhardt.
Au fil de sa narration, il nous donne « à voir » presque tout des soixante-dix-neuf années de l’existence incroyablement bouillonnante de la première « Divine » de l’histoire du théâtre.
Il réinvente pour nous, les remettant littéralement en scène, mille événements édifiants, mille péripéties extravagantes du délirant parcours de « l’Étoile de la Scène », ressuscitant et incarnant tous les personnages à la fois, âges et sexes confondus, à commencer par l’Étoile elle-même ! Scène à scène, il construit sous nos yeux l’époustouflante saga musicale et théâtrale de ce personnage de légende qui, aujourd’hui encore, enthousiasme et fascine bien au-delà de nos frontières.
En fond de scène, un pianiste accompagne, pas à pas, la narration exaltée de notre acteur chantant, formant avec lui un duo de chambristes : deux artistes n’en faisant qu’un et s’amusant à parcourir mot à mot, note à note, le curieux livret, l’étonnante partition de leur « Opéra de Sarah ».
Mais quelle Sarah ?
La grande Sarah. L’actrice mythique si excessive, extravagante, extravertie, exaspérante… Mais éblouissante, enthousiasmante, évidente, éternelle !
Plus de quatre-vingts ans après sa disparition, elle demeure le mythe colossal qu’elle fut sa vie durant.
Jeune actrice romantique, superbe, scandaleuse et universellement acclamée…
Vieille théâtreuse frappant rageusement les trois coups à l’aide de sa jambe de bois…
Milliardaire de la scène, courant les cinq continents et semant l’or à tous vents…
Mégalomane excentrique dormant dans son cercueil…
Phtisique, caractérielle, traitée de balai-brosse à perruque, de « Madame Squelette », de « vilaine juive au long nez »…
Jalousée, traînée dans la boue, mais debout au premier rang, en compagnie de Zola dans l’affaire Dreyfus…
Accueillant les blessés, les mains rouges de sang, au cours du siège de 1870…
Madelon nationale de 14-18, déclamant des vers patriotiques lovée dans le drapeau tricolore…
Tendre et chère de ses contemporains les plus éminents, de Napoléon III à Edward VII, Gambetta, Thiers, Victor Hugo…
Son fils Maurice, réactionnaire, antisémite est fils de prince de sang…
Les plus grands s’agenouillent pour la peindre, la photographier, écrire pour elle…
Son honneur est au cœur de duels sanguinaires…
Elle est un mythe vivant et deviendra, quatre-vingts ans avant Mick Jagger, la première pop star de l’histoire de l’humanité.
Alain Marcel
Première époque : Avant l'Amérique (1844-1880)
De la naissance de l’enfant au physique ingrat – délaissée par sa mère, « horizontale » de luxe de l’époque romantique – aux prémices de la gloire européenne, conquise à Londres, sur fond d’éclats, d’extravagances et d’excès en tout genre.
En passant par la petite enfance solitaire, en langue bretonne, chez la nourrice à Quimperlé. Le baptême chrétien, au couvent de Grand-Champs, à Auteuil, l’ouverture de la petite juive au mysticisme catholique, le rôle d’ange, dans un spectacle religieux, qui l’éveille au théâtre. La vie mondaine et désordonnée de sa cocotte de mère, coiffée de ses protecteurs fameux, d’Alexandre Dumas Père au grand Rossini, du médecin privé de Napoléon III au Maréchal Canrobert, sans oublier le Duc de Morny, amant de sa tante, demi-frère de l’Empereur, et principal ordonnateur de sa carrière.
Le Conservatoire, où elle entre – et sort – sur simple recommandation, le ratage du concours de sortie, le premier séjour – désastreux – à la Comédie Française et le départ brutal et burlesque qui s’en suivit.
Le suicide raté, la fuite à l’étranger, la rencontre masquée du Prince de Ligne, la naissance de l’enfant naturel adoré, Maurice. Les ratés du Gymnase où on l’enferme dans les rôles d’évaporée, son engagement controversé à l’Odéon, les relations tumultueuses et ambiguës qu’elle y entretient avec directeurs, auteurs, acteurs – et même actrices – ainsi que les premiers triomphes qu’elle y connaît, entre autres, auprès de George Sand et Victor Hugo.
Le début de la gloire nationale, les horreurs, en 1870, du Siège de Paris, l’Ambulance de l’Odéon où elle s’improvise infirmière, médecin, soutien de famille. Le second séjour au Théâtre Français, le duo flamboyant et dévastateur qu’elle y forme avec Mounet-Sully, leurs frasques et batailles, l’impact inédit du couple vedette, sa notoriété comme multipliée par deux.
L’invention –à travers le scandale, par la presse, les affiches– de la réclame, la réclame à tous crins, aussi bien pour le vin de table ou la poudre de riz que le champagne ou les biscuits Lu. L’argent, la publicité tous azimuts comme art de vivre et de progresser.
La conquête de l’Angleterre, l’adoption instantanée, par la société londonienne la plus huppée, de la séduisante et délirante Parisienne et, juste Avant l’Amérique, la naissance de la gloire la plus explosive, la plus universelle qu’ait connu une créature de scène avant l’avènement du cinématographe.