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Publié le 09/05/2016.


OCCUPÉE À SON TOUR, LA CINÉMATHÈQUE FRANÇAISE A ÉTÉ ÉVACUÉE DE FORCE
À la veille du Festival de Cannes, les inrocks délivrent à la Cinémathèque « La Palme d'Or de la Précarité »
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© Alexis Krauz

"Le temps où les Truffaut, Godard, Rivette et Renoir firent plier Malraux en faisant de la Cinémathèque le symbole de leur contestation est définitivement révolu. La Cinémathèque française qui était en février 1968 le berceau d’un mouvement social naissant, l’a jeté cette nuit avec l’eau du bain."
Ainsi se termine l'article des Inrocks - signé par Bruno Duruisseau - que nous reproduisons ici, mais que nous vous invitons à lire sur le site Inrocks.com . Lire aussi Lettres ouvertes à la Cinémathèque Française

Lu sur Inrocks.com, le 07 mai 2016

Hier soir, une soixantaine de manifestants a occupé la prestigieuse institution française pour lutter contre le projet de loi travail et la précarisation de l’emploi dans les organismes culturels. Pour la première fois depuis la création de l’établissement, la police est intervenue à la demande de la direction pour évacuer de force les manifestants.

A l’issue de la projection de Prête à tout de Gus Van Sant, un groupe d’une cinquantaine de personnes a refusé de quitter la salle, revendiquant l’occupation de la Cinémathèque française afin de lutter contre la précarisation de l’emploi dans les organismes culturels, d’exprimer un soutien à la grève des employés du Centre Pompidou-Metz et pour plus généralement demander l’abandon de la loi El Khomri.

Cette mobilisation fait également suite à la mise en ligne d’une vidéo postée le 31 janvier dénonçant les conditions de travail imposées par City One, l’agence externe employée par la Cinémathèque pour gérer son personnel d’accueil. Vidéo à quoi le nouveau directeur de l’établissement, Frédéric Bonnaud (ancien directeur de la rédaction des Inrocks) avait répondu le 9 fevrier sur France Musique en disant qu’il ne se voyait “pas signer un CDI pour que quelqu’un vende des billets” et que les postes d’accueil, de billetterie et caisse devaient “rester des jobs étudiants“.

Les forces de l’ordre font irruption dans la salle

Bientôt rejoints par une douzaine de personnes venues de l’extérieur du bâtiment, les manifestants se sont réunis dans la salle Henri Langlois pour débattre de ces questions en compagnie de simples spectateurs et abonnés de la Cinémathèque ayant choisi d’eux aussi rester. Une trentaine de minutes plus tard, les forces de l’ordre ont fait irruption dans la salle, obligeant les occupants à se réfugier sur une mezzanine située dans le hall d’accueil du prestigieux établissement. Ils y ont poursuivi leur débat avec cette fois-ci le directeur adjoint, Michel Romand-Monier. Ce dernier a déclaré que la Cinémathèque était dans l’obligation d’avoir recours à une agence externe pour des raisons d’économie et de réduction des coûts.

La Cinémathèque n’est “pas de gauche”
Face à des occupants dont le désir était de s’emparer pacifiquement d’un lieu symbolique de la culture française et berceau de Mai 68, le directeur adjoint a affirmé que la Cinémathèque Française n’était pas “de gauche” et que des revendications sociales sur la précarité n’avaient rien à faire entre ces murs. Il a également nié la souffrance au travail ressentie par de nombreux ex-employés et réaffirmé son intention de poursuivre l’externalisation des services d’accueil avec City One. Le dialogue a été rompu par l’arrivée d’une centaine de manifestants venus en soutien depuis la Place de la République. Les forces de l’ordre ont alors bloqué toutes les issues et accentué leur pression sur les personnes présentes à l’intérieur. Le débat s’est néanmoins poursuivi entre les occupants. Se sont notamment posées des questions sur les inégalités de salaire, la pertinence d’impératif économique dans le monde de la culture, l’externalisation des service d’accueil et l’hypocrisie d’établissements culturels français qui se revendiquent d’une sensibilité de gauche en se faisant les portes-étendards d’un art social alors qu’ils participent par ailleurs à la précarisation de leurs propres employés.

Il faut nous réapproprier ces lieux que nous faisons vivre, où on nous méprise et on nous exploite.”
Mais au-delà de la Cinémathèque française, c’est un appel plus global qui est lancé comme nous le dit l’un des manifestants :
    “Nos revendications sont liées à la Cinémathèque mais cette action est surtout un appel général à l’occupation de tous les lieux où le travail est synonyme de précarité. Il faut nous réapproprier ces lieux que nous faisons vivre, où on nous méprise et on nous exploite.”

Evacuation de force
Vers 2h30, Michel Romand-Monier a sommé les occupants de quitter les lieux, sans quoi il demanderait aux policiers d’intervenir. Des informations envoyées par les soutiens extérieurs ont fait savoir aux manifestants que plusieurs fourgons des forces de l’ordre venaient de se stationner à proximité de l’établissement. Une demi heure plus tard, un cordon de policiers venus en un nombre quasiment égal à celui des occupants a évacué de force les militants encore présents, effaçant au passage les données de certaines caméras et appareils photos.

C’est la première fois dans l’histoire de la Cinémathèque que les forces de l’ordre pénètrent dans les locaux du plus prestigieux cinéma français à la demande de sa direction et pour y déloger des manifestants venus réclamer plus de justice sociale. Le temps où les Truffaut, Godard, Rivette et Renoir firent plier Malraux en faisant de la Cinémathèque le symbole de leur contestation est définitivement révolu. La Cinémathèque française qui était en février 1968 le berceau d’un mouvement social naissant, l’a jeté cette nuit avec l’eau du bain.

par Bruno Deruisseau
le 07 mai 2016 à 10h41

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