
Mai 2009
Afrique Asie
Par Corinne Moncel
O certains mots, certaines phrases aient existe. Pis : qu’ils aient constitue, 132 ans durant, l’ordinaire d’une metropole justifiant a coups de canons et de discours d’inferiorisation de l’Autre sa politique d’expansion coloniale. Des phrases d’une telle betise qu’on a prefere les enterrer depuis les independances. Sans que leur pregnance n’ait tout a fait cesse d’imbiber les consciences. On sait aujourd’hui, en France, que la colonisation ne fut pas toujours glorieuse. Mais sait-on vraiment avec quelle violence ideologique elle fut entreprise ?
Quel vocabulaire du mepris et de l’asservissement les hommes politiques, les journalistes, les ecrivains, l’homme de la rue utiliserent pour reifier un colonise qui ne meritait que son sort ? Des mots, parfois, jaillissent aujourd’hui de cette rhetorique honteuse qui font mal aux oreilles et dont il est de bon ton de s’indigner : l’indepassable rabaissait le colonise avec d’autant plus d’efficacite qu’il portait ingenument sa charge a partir d’une etymologie depourvue de sens cache
Certes, les quinquagenaires, en France et evidemment dans les anciennes colonies, ont encore en memoire ce vocable ordinaire. Mais les generations d’apres ? Peuvent-elles imaginer de quelle facon ignoble les parents et arriereparents des uns traiterent les autres ? C’est ce travail d’exhumation d’une part de l’Histoire qu’a fait le metteur en scene Dominique Lurcel dans empilement de paroles authentiques qui ont été prononcées pendant 132 ans, horribles, mais auxquelles on a pourtant cru toutes ces années question, pour autant, de traiter ce drame du reel sur le mode tragique. Il fallait, pour rappeler ce betisier seculaire, toute l’allegresse du ridicule.
Resultat : une piece aussi enlevee que terrifiante, qui percute au coeur. On a peine a croire quebicot â,raton â, ou encoreindigène â quioriginaire du pays qu’ilâ.Folies coloniales. á Unâ, raconte-t-il. Pas Florilège d’insanité Reprenant les phrases mpilees dans deux livres par son grand-pere, historiographe a la ville de Paris, qui avait recense tous les evenements ayant trait au centenaire de l’Algerie francaise, Dominique rcel met en scene la France
de 1930 dans toute sa splendeur de nation colonisatrice. La, c’est un instituteur en blouse grise expliquant a ses eleves á quoi servent les colonies le lamentable spectacle prepare par un conservatoire ou l’on chante á Abdelkader revient en Algérie / Il serait heureux de voir comme elle est jolie l’Algérie ! officielle du president Gaston Doumergue, ou on leve autant de fois le coude qu’on debite d’horreurs. Ou cette scene au hammam ou des colons alanguis racontent leurs s de seducteurs aupres
de á superbes Et toujours, dans la bouche d’excellents comediens tantot chantant, tantot dansant, ces phrases mille fois dites :
Ferhat Abbas deviendra l’un des principaux leaders de l’independance, Mouloud Feraoun sera assassine par l’OAS en 1962. Cette annee-la, au terme d’une guerre abominable, l’Algerierecouvrait son independance.La France, malgre quelques avancees, n’est toujours pas prete a parler de cette page indigne de son histoire. Ignorees des jeunes generations, les phrases incroyables de la conquete reviennent en toute impunite dans les discours d’un Sarkozy. Merci a Dominique Lurcel d’avoir mis de belle maniere son art au service d’une reflexion salutaire.
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Philippe Lacombe