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Publié le 20/04/2018.


LETTRE DE CLAIRE LASNE- DARCUEIL, DIRECTRICE DU CNSAD
À vous, Tout d’abord il ne m’a pas échappé, lorsque j’ai lu la lettre présentée par Christiane Millet à la profession, qu’elle n’exprimait pas une opposition à la Cité du Théâtre, mais un soutien accompagné d’une demande claire de vigilance, et de cela, en tant que directrice actuelle profondément amoureuse de cette école, je vous remercie tous. Je comprends parfaitement que l’avenir d’une partie du bâtiment actuel vous importe.
Vos commentaires
 Je veux ici un peu longuement et dans le détail vous dire la genèse de ce projet
tout d’abord, et ce qu’il représente comme rêve ensuite. Il est important que
vous ayez tous les éléments réels pour vous positionner. Il ne m’appartient pas de
vous répondre, mais de contribuer à votre réflexion et à votre information
précise.
Il est aussi capital pour l’école que la reprise de vos arguments ne devienne pas
malgré vous une catastrophe pour ceux qui y sont actuellement et y seront à
l’avenir.
Le projet de déménagement du Conservatoire doit beaucoup à l’énergie de
Claude Stratz, qui a longuement travaillé _et failli aboutir_ à une implantation
de l’école sur le site de la Villette. Le rapprochement que cette opération
permettait était à l’époque avec le CNSMDP, et Claude Stratz était, comme nous
le sommes, persuadé de la nécessité absolue de conserver le Théâtre de la rue
du Conservatoire. Ce travail a été abandonné par le Ministère après les élections
de 2007.
Daniel Mesguich a été à l’origine d’une nouvelle étude sur le sujet, étude qui
visait à surélever l’actuel bâtiment et à creuser sous lui. A mon arrivée j’ai
souhaité poursuivre cette piste séduisante, et j’ai fait en sorte que soit analysée
plus précisément cette possibilité. Le travail qui a suivi a fait apparaître un
risque fort d’effondrement du bâtiment, déjà fissuré par une première
élévation, ne laissant aucune chance à ce dispositif.
En 2014, quelques mois après mon arrivée, un accident très grave s’est produit au
Conservatoire. Grâce à l’enquête diligentée par le Comité d’Hygiène et de
Sécurité de l’école, les causes de cet accident ont été identifiées. Parmi elles, la
non adaptation des lieux à l’activité. Pour que chacun puisse tour à tour travailler
dans les deux seules salles (le théâtre et la salle Jouvet) qui permettent un
travail de création, mais aussi sont aptes à accueillir plus de 19 personnes, la
rotation est rapide, trop rapide, le temps de plateau est court, les équipes
contraintes à travailler dans une urgence qui laisse la place à l’accident. J’ai à
partir de ce jour considéré de ma responsabilité pleine et entière qu’un nouveau
drame ne se produise pas, et travaillé à une véritable prise de conscience
collective. C’est ainsi que lors du questionnement sur mon deuxième mandat à la
tête de l’école, j’ai exprimé qu’il ne m’était pas possible de l’envisager si un projet
de déménagement n’était pas porté par le Ministère de la Culture.
J’ai été écoutée et soutenue sur ce sujet par les services de la DGCA et ceux du
Cabinet de la Ministre. Notre réflexion sur une installation sur le site Berthier a
commencé. Très vite, le rapprochement avec le Théâtre de l’Odéon et la
nécessité de la création d’une deuxième salle pour la Comédie Française sont
apparu comme une chance. Cette chance a été scellée par l’entente constante
entre les trois directeurs et un accord profond sur l’importance de la place de la
jeunesse dans le paysage théâtral. Le directeur de l’Opéra de Paris et ses
équipes ont de leur côté accepté l’idée d’un déménagement de leurs activités
historiques du site Berthier, permettant une nouvelle perspective, inédite, pour
le Théâtre.
Le Président François Hollande a décidé, à l’automne 2016, d’annoncer
officiellement sa volonté politique de faire naitre une « Cité du Théâtre ».
Une première vague de sélection des architectes a eu lieu, et la maitrise
d’ouvrage (composée des trois établissements accompagnés de leur tutelle), a
choisi trois architectes dans le cadre d’un dialogue compétitif (qui, au contraire
d’un concours, permet de construire le projet en plusieurs étapes, avec des allers
retours répétés entre les architectes et les maitres d’ouvrage).
Après l’élection du Président Emmanuel Macron, le projet a été d’abord été
arrêté, pour évaluer sa pertinence, et la possibilité de son financement. Il a été
demandé aux quatre établissements de présenter leurs arguments, et de
travailler à des économies sur son coût. Au bout de quelques mois, et alors que
les trois architectes attendaient le verdict concernant le projet, à l’automne
2017, un « feu vert » a été donné à cette aventure, qui est devenue, avec les
travaux du Grand Palais, le seul projet immobilier du Ministère de la Culture pour
le quinquennat. Le dialogue compétitif a pu commencer effectivement le mois
dernier.
La vente d’une partie du bâtiment actuelle a été, comme le fait que le Théâtre et
une partie des salles qui l’entourent restent au Conservatoire, envisagé dés le
début de ce projet, comme il l’avait été en 2004, pour des raisons financières, et
parce que la vie de l’école sur deux sites n’a pas été souhaitée, sauf pour les
activités précises de la création de spectacles et de la recherche en art qui se
déroulent dans le théâtre.
L’équipe de direction actuelle a fait entrer dans le programme des architectes la
possibilité, que nous avons fait établir par un menuisier, de démonter et
emporter la salle Jouvet sur le nouveau site. Nous avons procédé également à une
étude de « sécabilité » du bâtiment, qui telle qu’elle est présentée aujourd’hui
laisse une partie des salles qui jouxtent le théâtre à la jouissance du
Conservatoire. L’entrée de l’école si ce projet voit le jour sera donc déplacée de
quelques mètres, à l’entrée actuelle du Théâtre.
La question légitime que vous posez à présent est le devenir de cette partie du
bâtiment _le hall, dont l’emplacement actuel de la bibliothèque, l’escalier, les
bureaux actuels et les trois salles de cours_ et la nature de l’activité qui s’y
déroulera. Si sa vente est indissociable de la faisabilité du projet de Cité du
Théâtre, il est loin d’être trop tard pour ceux qui sont en position de le faire, de
travailler à trouver une vente qui en préserve la vocation culturelle.
Le temps de cette vente n’est pas venu, l’architecte qui travaillera avec la
maitrise d’ouvrage pendant encore un an après ce choix n’est même pas encore
désigné. Vous pouvez sans doute nous y aider mieux que quiconque.
Je donne bien sûr, intellectuellement, à chacun, le droit d’être quoiqu’il en soit,
opposé à cette vente. Je ne peux l’être, de mon côté. D’abord parce que je sais
que si cet argument l’emportait, ce serait la fin de ce projet de Cité du théâtre.
Or le Conservatoire actuel devra fermer ses portes à court terme, pour des
raisons de sécurité. Le temps qui nous sépare d’un déménagement doit donc être
le plus court possible, et l’avenir dans ce bâtiment n’est de toutes façons, de
manière certaine, plus envisageable.
Enfin, parce qu’être le seul projet immobilier du quinquennat en matière
culturelle ouvre des responsabilités vis à vis de tous ceux, en région, dont les
besoins ne seront pas pourvus. Je ne peux que, par mon histoire professionnelle,
me sentir solidaire de ces nécessités sur le territoire, et je ne saurai défendre
le point de vue qu’il faut « tout garder ».
Le travail sur la Cité du Théâtre a été passionnant, tant avec les directeurs
qu’avec les architectes, et l’assistant à la maitrise d’ouvrage. Cette réflexion
s’appuie sur l’histoire de l’école et ce qu’elle est aujourd’hui, sur sa richesse
culturelle, sa diversité sociale et géographique, sa position désormais active au
centre des écoles européennes et internationales. Le prestige du Conservatoire
est ancien, et assuré. Mais réinventer constamment l’école est sa vocation
même : rien n’a été abandonné du travail sur le répertoire, et de la simplicité
fondatrice du théâtre. Aucun recul n’a été opéré _bien au contraire_ sur l’entrée
majeure dans la pédagogie, grâce à Marcel Bozonnet puis Claude Stratz, des
disciplines autrefois dites « techniques » que sont l’interprétation en danse, en
chant, en clown, en masque. Aucun bémol n’a été mis non plus à l’entrée de
l’acteur dans l’histoire de la pensée et de la recherche, qu’avait initiée Daniel
Mesguich. S’y sont ajouté notamment un développement fort de l’enseignement
du cinéma et une relation structurelle avec la femis. S’y sont développé une
formation à la mise en scène et la recherche en art, en dialogue avec les écoles
d’art de Paris. Mais surtout y fleurissent les projets personnels des élèves, qui
poussent dans les interstices des salles qui ne les contiennent pas, et que nous
accompagnons comme nous le pouvons, en poussant les murs. Aucune chapelle
n’avait la projet d’être construite _qui dirait une seule manière de faire du
théâtre _, mais des croisements, et une recherche permanente de l’endroit d’où
il vient et de là où il peut s’inventer librement par tous ceux qui en ont le talent,
sans distinction sociale. C’est cela que nous vivons quotidiennement, que nous
accompagnons: comment la diversité sociale, culturelle et géographique crée un
mélange des langues, des langages, une réinvention du répertoire par ses
interprètes, l’écriture chaque année de deux textes de théâtre inédits,
l’émergence sur le plateau, par les élèves, de thèmes de société essentiels, et
une progressive disparition des anciens rapports de force détenus depuis des
siècles par une population majoritairement blanche, masculine, et parisienne,
pour laisser place non pas à une modernité artificielle, mais aux fondamentaux de
la République dans laquelle l’autre a toute sa place.
La Cité du théâtre comporte quatre éléments majeurs : les trois établissements
et un quatrième pôle qui les rassemble, autour d’un espace de restauration, du
centre de ressources, de l’espace de médiation, et de l’accueil du public.
Les architectes sont aux prises avec la gageure de l’implantation de cette cité
sur un territoire en plein développement, et l’enjeu est tant celui d’une fête du
Théâtre que celui d’un campus international. Le Conservatoire est membre
associé de l’université PSL, et espère bien le rester, si les préconisations
récentes du jury international de l’Idex ne rendent pas impossible ce partenariat
passionnant et là aussi, porteur d’avenir pour les élèves.
Ce bâtiment répondra, par ailleurs, aux nouvelles normes écologiques,
représentant là encore une étape historique pour la construction de lieux de
spectacles.
Si nous ne nous trompons pas de route, la Cité du théâtre fait bien plus que
seulement répondre aux réelles nécessités des établissements, elle offre un
espace pour le théâtre de demain. Nous ne pouvons être si satisfaits du monde
que nous léguons à cette jeunesse, qu’il ne vaille pas la peine, lorsque la chance
nous en est donnée, de travailler à lui faire de la place, de travailler à donner un
contenu au projet européen, et un espace aux échanges culturels Nord/Sud.
Je tenais à vous exprimer sincèrement l’histoire de ce projet et, en toute
transparence, le point de vue de la directrice actuelle de cette magnifique école.
Je comprends votre inquiétude et votre exigence de respect d’un patrimoine. Je
vous remercie de ne pas avoir mis en cause ce projet et je fais le voeu qu’il ne le
soit pas. Je serai présente, avec notre présidente de Conseil d’administration
Hortense Archambault, et notre directeur technique que beaucoup d’entre vous
connaissent, à votre assemblée générale, pour poursuivre toutes ces réflexions.
Je vous salue bien amicalement,
Claire Lasne Darcueil

Note de Rue du Conservatoire:
L'assemblée générale ouverte aura lieu le 7 mai au Theâtre du Conservatoire à partir de 17 heures. Venez nombreux.

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Commentaire laissé le 08/05/2018 à 19:13
Hier lors de l'AG: Nous avons écouté pendant une heure Claire Lasne redire ce qu'elle avait pris la peine d'écrire pour justifier son absence d'états d'âme parfaitement justifiée par le fait que la vente d'une partie du bâtiment semble indissociable du projet de "cité du théâtre "auquel elle est attachée. Doit-on lui reprocher d'avoir l'ambition de ses combats?
Pour ma part, je suis surprise d'apprendre que si on n'avait pas voté pour Emmanuel Macron, la vente n'aurait pas lieu... surprise que les signatures réunies en réaction à cette vente suffisent à geler le projet de la création de nouveaux locaux pour le CNSAD, perplexe sur les sommes annoncées qui révèlent que la vente en question n'apporterait que 10% du budget du projet dans son ensemble... Enfin, je ne comprends pas pourquoi il y a une telle opposition entre les protagonistes. Je ne comprends pas à quoi sert la démocratie, si la parole des "sans pouvoir" n'a qu'un effet négatif, déprimant. Et pour terminer, pourquoi la question de l'exiguïté des locaux devient-elle cruciale aujourd'hui? Pourquoi n'en n'avons-nous pas souffert nous? (ai-je la mémoire qui flanche?) je ne sais foutrement pas pourquoi la question de la réalité du métier n'est pas posée?Faut-il des locaux plus grands, plus luxueux pour accueillir davantage de futurs chômeurs? Je tiens aussi à signaler que mon fils qui a brillamment réussi le concours du CRR en danse classique il y a 4 ans est trimballé depuis de conservatoires d'arrondissement, en MPAA parce que les architectes ont raté les locaux du CRR abbesses et que les magnifiques studios de danse situés sou le théâtre de ville sont inutilisables! Je veux bien qu'on parle de sécurité et d'hygiène comme on nous en rebat les oreilles aujourd'hui... Mais je me méfie beaucoup des architectes. Tout cela me laisse perplexe. ODILE ROIRE



Commentaire laissé le 05/05/2018 à 16:39
Bonsoir, merci beaucoup Claire pour cette mise au point, cet historique du projet qui laisse percevoir votre passion pour l'avenir de l'école, pour l'avenir de nos enfants, et du théâtre...Le texte est clair, touchant. J'en reviens donc à ma première idée: si ce lieu est à vendre, pourquoi ne pas l'acheter?.Pourquoi ne pas réfléchir ensemble à un projet qui réconcilierait les exigences de la situation. Que voulons-nous d'ailleurs exactement? L'unanimité des commentaires laissés à l'annonce de la vente que signifie-t'elle? Le souhait que le 2 bis soit conservé pour en faire un musée? Qu'il ne soit jamais un grand magasin ou une banque...Soit. C'est bien le problème quand on sait ce qu'on ne veut pas sans savoir ce qu'on veut, ou sans vouloir assez ce qu'on aurait voulu... Pardon, si je blesse quiconque, mais nous passons notre temps à signer à tour de bras des pétitions. De toutes ces luttes, laquelle nous semble vraiment digne de notre engagement? Je me pose aussi la question. Ces années d'école sont bien loin. La passion du théâtre est toujours présente . Claire, que peut-on faire, que veulent-il en faire? Combien d'argent? Cet argent ira dans les subventions des régions, c'est ce qu'on doit comprendre? Aurions-nous de l'aide, nous les "anciens élèves" qui souhaiterions reprendre ce splendide outil de travail pour continuer à lui donner vie? etc...etc...Et si c'est un rêve, n'est-ce pas un bon début?



Commentaire laissé le 23/04/2018 à 11:57
Merci beaucoup pour ces explications. Il faut avoir un plan d'action bien défini. La Culture et l'Enseignement supérieur des Arts n'ont pas de prix. Le gouvernement doit pouvoir vous octroyer les moyens nécessaires pour les réparations du 2bis rue du Conservatoire et cesser de faire des comptes d'apothicaires. Les 2 projets doivent être simultanés. Le Conservatoire doit avoir sa visibilité et sa place à Berthier ainsi que dans la totalité du bâtiment du 2 bis. Vous rendez-vous compte que la mise en vente de ces locaux est un symbole destructeur très fort! ? Un signal d'alerte! Il n'y a pas que la Salle Louis Jouvet. Relire la lettre-pétition dans ses détails est important. NON A LA VENTE ET L'ABANDON du 2 bis rue du Conservatoire.



Commentaire laissé le 20/04/2018 à 14:57
Le problème n'est effectivement pas le déménagement, mais la vente du bâtiment qui s'annonce comme chronique d'une mort annoncée. Le bâtiment de la poste qui jouxte la partie appelée à être vendue est vide. Je ne peux m'empêcher de voir là comme les prémisses d'une juteuse opération immobilière. NON! à la destruction, NON! au démembrement d'un bâtiment qui est une mémoire historique du théâtre français.
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