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Marc Delsaert dans "Le Misanthrope". Mise en scène d'Antoine Vitez. (photo Brigitte Enguerand)

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Né en 1954
Décédé en 1988


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L'ENFANT DE LA MORT

" Je ne sais où il était le plus beau. Néron, peut-être. Je vois encore comme il écoutait Agrippine au cinquième acte. le léger sourire du criminel. Mais justement ce sourire n'était pas celui d'un criminel. C'était le sourire d'un innocent.
Sa vertu était l'innocence.
Et ainsi l’art de l'acteur donnait à comprendre ce que c'est que la cruauté, le crime historique, la violence : une atroce innocence ; le monde, le destin des gens est donc mis dans les main s de ces enfants qui jouent. Voilà, utilisant, comme un artiste doit le faire, la matière de sa propre vie, de quelle façon il nous donnait l'image de ce qu'il comprenait et n'était pas : un méchant. Lui, il était tendre et léger, ne comprenant rien aux ruses et aux compromissions de la société.
C'est pourquoi son rôle idéal fut quand même sans doute celui d'Alceste. non point le bourru atrabilaire, mais le fou qui croit qu'on peut toujours dire la vérité : l'idiot. J'ai dit son nom. Cet Alceste, c’était le prince Muichkine. Il mourait de ne rien comprendre. et lui, Marc, il est mort de n'avoir pas compris. "pardon, pardon", disait-il, pour s'excuser. "Pardon". Il s'excusait.

Pensant à lui, à sa Belgique natale, je relis la ballade admirable du grand poète flamand dont nous parlions souvent ensemble, dont nous voulions donner lecture, Guido Gazelle, qui fit , avec cent ans d'avance, son portrait : L'enfant de la mort - het Kindeke van de Dood."

Antoine Vitez

******

Adieu à Marc Delsaert
Le grand public l’avait découvert dans « la peau de chagrin » d’après Balzac. Son destin rejoint cruellement celui de Raphaël. Il meurt à 35 ans.

Il portait   l'angoisse   comme écharpe familière. Jamais sûr, jamais content de ce qu'il avait fait. Cherchant toujours. Lancé dans une quête qui lui mettait parfois l'âme à mal... Marc Delsaert est mort à la fin de la semaine dernière, à bout de souffle. Un inconsolable que ni ses dons qui étaient profonds, ni les rencontres qu'il fit au cours de sa carrière n'ont pu apaiser.
Il disparaît, à l'âge d'à peine trente-cinq ans, avec une longue et belle carrière qui ne l'aura guéri de rien... Vous le connaissez tous : Michel Favart l'avait révélé au plus grand nombre en lui donnant le rôle du tragique héros de Balzac dans sa version télévisée de « la Peau de chagrin ». Il y était tel qu'on l'aimait : d'une lumineuse beauté, comme un ange passant là, accordant quelque temps aux mortels, et sensible, et intelligent dans son jeu. Michel Polac l'avait repéré déjà et fait jouer dans « Un comique né ». Plus tard, on le retrouverait dans « les Poneys sauvages », de Robert Mazoyer, ou dans « Quelques hommes de bonne volonté», de François Villiers.
Mais sa vie, c'était le théâtre. C'est avec Jean-Louis Martin-Barbaz qu'il avait débuté jouant notamment dans « Antigone » ou dans « les Deux Orphelines ».

D'Alceste à «l'Idiot»
Mais c'est avec Antoine Vitez qu'il allait  connaître  ses  plus  grandes émotions : il fait partie de la folle ronde des « Molière ». Les quatre pièces montées par Antoine Vitez et présentées à partir de 1978/1979 : « Dom Juan », « l'Ecole des femmes », « Tartuffe ». Et « le Misanthrope»: Vitez parie sur la jeunesse, et c'est Marc Delsaert qui, à vingt-quatre ans, va jouer Alceste, l'un des plus beaux, mais des plus difficiles rôles du répertoire masculin.  Il  y  est  magnifique,  tout  le monde accepte le parti pris déconcertant et audacieux. Delsaert est en pleine ascension. Où se brûlera-t-il donc les ailes ? Quelle obscure et venimeuse mélancolie viendra-t-elle à bout de tant de rayonnement, de tant de générosité ? En 1980, c'est Dominique Québec qui le choisit pour « le Jeune Homme », de Jean Audureau. Encore une apparition inoubliable, et cette sensibilité, cette nervosité de l'âme qui fait trembler ceux qui l'approchent...
Il  va  retrouver  Antoine  Vitez  en 1981 pour l'ouverture de Chaillot avec les monuments que seront « Faust », « Britannicus », « Tombeau pour 500 000 soldats ». Dans « Britannicus », il est un Néron fascinant,  blessé,  vulnérable,  et cruel. Un méchant qui cherche remède dans l'excès...
C'est au centre dramatique de Nice qu'il  sera appelé par Jean-Louis Thamin pour jouer « l'Idiot ». Nous l'écrivions alors, et il faut s'en souvenir, il était un Mychkine magnifique : « Intense, irritant l'âme mal colmatée du prince et sa relation instable au réel... Sans effets. Il les détestait. Il cherchait en lui. Au plus profond de son désespoir... Il trouvait en lui le tremblement pathétique de l'Idiot. Ses rêves.
Cela avait été une grande étape dans son chemin et ce n'est pas pour rien que Giorgio Strehler l'avait choisi pour « l'Illusion », sa grande création du théâtre de l'Europe. Corneille.  Un jeune héros corneillien... Au cœur de la pièce : fils de famille qui veut être acteur, fils et fil de l'intrigue...
Déjà il avait rencontré quelques mauvais démons : désir de destruction, silence, repli sur soi. Lui si amical, si généreux, si sensible, il avait été aspiré par la spirale mauvaise du renoncement à soi et à toute espérance. On ne voulait pas y croire. Mais il ne fit pas la reprise de « l'Illusion ». Il avait préféré disparaître. Pourquoi un être qui semblait si bien fait pour la lumière et la joie fut-il toujours poursuivi par l'ombre grande d'une insondable mélancolie ?

Armelle Héliot


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MARC DELSAERT



PROFESSEUR


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