5. Ces fous de profs de mon conservatoire à moi, Fabienne Gozlan, promotion 1983.


Le professeur MB :

Bonjour !… Bonjour !… Bonjour, Laurent, vous allez bien ?… (sourire) Ah ! Alice, voilà bien longtemps que vous n’avez pas fait partie des nôtres ! Vous revenez à la poésie ?!… Oui, bien sûr, je comprends, tant de sollicitations extérieures… Ah, vous répétiez et que répétiez vous, Alice ?… Comment ? … Une merde ? (gloussements) vous êtes directe, au moins… Ah oui, effectivement !… Bien, asseyez vous avec vos camarades…. avec votre camarade… car il semble que vos autres camarades aient décidé d’arriver en retard ! (Attente).(re attente)…. Ils sont en retard. Bien, nous allons commencer ?! (style avertissement à la cantonade) Nous allons commencer, Laurent et Alice!!

Ah oui ?! Bonjour Julie, vous nous faites l’honneur de votre présence… Ah non !? Vous venez juste vous excuser ?! Ah, pas seulement vous mais aussi notre chère Marie ?.. Vous serez là la semaine prochaine ? Bien, que nous présenterez vous ? Racine, Corneille, tant de poètes qui nous prêtent leurs mots !.. Non, je ne connais pas… Ah, c’est un poème de votre ami…. je serais ravi d’entendre sa musique. Oui, bien sûr, Julie, ne vous mettez pas en retard… Au revoir, Julie.

Eh bien, je pense que vos camarades nous font défaut.

Mais la poésie est à nous.

Honneur aux dames, Alice, que nous avez vous concocté ?

Pardon ? Ah Baudelaire ! Quel poète ! Nous, Laurent et moi même, vous écoutons, ma chère Alice…

(Alice dit visiblement son poème)

Oui, le texte est encore frais , n’est-ce pas ?

Venez vous rasseoir parmi nous et revoyez le, voulez-vous ? Vous nous l’offrirez de nouveau à la fin de la séance

… Comment ? À chaque fois c’est la même histoire, comment cela, je n’ai pas envie de vous faire travailler ? Mais qu’est-ce qui peut vous faire croire cela ?

… Eh bien, présentez moi quelque chose qui soit quelque chose. J’en ai assez à la fin de toutes ces péronelles qui ne fichent rien et se croient poètes parce qu’elles ont décidé de l’être et honorent ma classe une fois par mois !!

J’en ai assez de cette école, j’en ai assez ! Ces poètes vous donnent leur âme et vous n’êtes pas capables d’apprendre correctement un texte… Mais que faites vous dans cette école, je vous le demande ! (Il se calme)

Venons en à vous, Laurent, vous, garçon très doué mais qui travaillez et venez régulièrement, vous qui trouvez le temps d’apprendre un texte nouveau pour chaque cours, que me donnerez-vous, aujourd’hui !?

….Racine, oui bien… ainsi vous poursuivez votre travail sur Oreste, bien. Je ne saurais assez louer cette démarche qui est celle d’un véritable acteur. Je vous écoute… Courage, Laurent, courage… (Laurent commence)… ce n’est pas simple , Laurent, courage…Oui …oui… Que c’est beau, Racine. Et Oreste, merci, Laurent, et vous avez saisi les vers… 123 12345 12 123 Que de hargne dans ce passage…. et lorsqu’il est désespéré, voyez comme cela sonne 123456789101112 (sur un souffle. Chaque groupe de chiffres est dit sur un souffle.)

Redites moi ce passage avec uniquement notre notation… Oui (Il dit en même temps que Laurent)

Oui.

(silence)

Une chose m’intrigue cependant, c’est cette césure, que vous faites fort bien mais ne penses-vous pas qu’Oreste, emporté qu’il est, enjambe gaillardement l’hémistiche, ce qui nous ferait, voyons , 123456789101112 d’un trait et ne sentez-vous pas, grâce à cela, la force des deux vers suivants qui seraient alors, sur le mode alterné et saccadé de 12 1234 123456 12 12 12345678

Quel poète, quel poète !

Sentez l’essoufflement , la brisure de cet être 12 1234 123456 12 12 12345678 et comme il baisse les bras devant les dieux ?!

Essayez ! ….(Laurent dit)….

Vous sentez cela, n’est-ce pas ? …Oui ? Vous ne dites pas cela pour me faire plaisir ?…. Non ? Ah quel bonheur ! Quel grand bonheur de découvrir ensemble ce souffle.

Laurent, faites moi plaisir.

Encore une fois.

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