Andrzej WAJDA


Légende du cinéma mondial, le metteur en scène polonais Andrzej Wajda est mort, dimanche 9 octobre, à Varsovie à l’âge de 90 ans

 

► Lu dans lemonde.fr

Le cinéaste polonais Andrzej Wajda est mort

Cet artiste engagé a été pendant toute sa vie le chantre de la difficile histoire polonaise, à laquelle il a su donner une dimension universelle, récompensée par un Oscar en 2000 pour l’ensemble de son œuvre.

Imprégné par l’expérience douloureuse de la guerre

Né le 6 mars 1926 à Suwalki, Andrzej Wajda veut suivre l’exemple de son père, militaire de carrière, et tente, sans succès, d’entrer en 1939 dans une école militaire, à la veille de la seconde guerre mondiale. Pendant l’occupation nazie, il commence à suivre des cours de peinture qu’il prolongera, après la guerre, à l’Académie des beaux-arts de Cracovie, avant d’entrer dans la célèbre école de cinéma de Lodz.

Ses films sont imprégnés de l’expérience douloureuse de la guerre, de la résistance polonaise contre les nazis. Son premier long-métrage Génération (1955), un récit portant sur le sort de jeunes des faubourgs de Varsovie pendant l’occupation, a donné naissance à la célèbre Ecole polonaise de cinéma, courant où l’on entreprenait un débat sur l’héroïsme et le romantisme polonais.

En 1957, Andrzej Wajda obtient à Cannes le prix spécial du jury pour son chef-d’œuvre sur l’insurrection de Varsovie en 1944, Kanal (Ils aimaient la vie). « Ce fut le début de tout », avoua-t-il à l’AFP cinquante ans plus tard. « Cela m’a permis de faire ce qui devait être mon film suivant, Cendres et diamant [1958]. Il m’a donné une position forte dans le cinéma polonais. »
Sa Palme d’or lui évite la prison

En 1977, il présente au Festival de Cannes L’Homme de marbre, critique de la Pologne communiste, auquel il donne une suite trois ans plus tard dans L’Homme de fer. Le film, racontant pratiquement en temps réel l’épopée de Solidarnosc, premier syndicat libre du monde communiste, est récompensé par la Palme d’or à Cannes.

« Le jour de la Palme a été très important dans ma vie, bien sûr. Mais j’étais conscient que ce prix n’était pas uniquement pour moi. C’était aussi un prix pour le syndicat Solidarnosc. »

Andrzej Wajda a offert sa Palme d’or à un musée de Cracovie. Elle y est exposée à côté d’autres trophées, comme l’Oscar qui lui a été décerné en 2000 pour l’ensemble de son œuvre. Alors que ses nombreux amis sont emprisonnés lors du coup de force du général Wojciech Jaruzelski contre Solidarnosc en décembre 1981, la Palme d’or le sauve de la prison.

Ses prises de position hostiles au régime de Jaruzelski l’incitent à réaliser des films à l’étranger. Il tourne alors Danton (1983) avec Gérard Depardieu, Un amour en Allemagne (1986), ou Les Possédés (1988) d’après Dostoïevski.

Après la chute du communisme, en 1989, Andrzej Wajda revient à l’histoire avec notamment Korczak (1990), L’Anneau de crin (1993) ou La Semaine sainte (1995). Il adapte toujours au cinéma les grandes œuvres de la littérature polonaise, comme Pan Tadeusz, quand Napoléon traversait le Niemen (1999) et La Vengeance (2002).

Un cinéaste aux multiples facettes

Dans Katyn, nominé à l’Oscar en 2008, il raconte l’histoire tragique de son propre père, Jakub Wajda, qui fut l’un des 22 500 officiers polonais massacrés par les Soviétiques en 1940, notamment à Katyn. Capitaine d’un régiment d’infanterie de l’armée polonaise, il fut exécuté d’une balle dans la nuque par le NKVD, la police secrète de Staline.

Le film de Wajda consacré au leader du syndicat Solidarnosc, Lech Walesa, intitulé L’Homme du peuple, est sorti en salle en 2013. Il a été présenté lors du Festival de Venise en sélection hors compétition.

Amoureux du théâtre, Andrzej Wajda a également mis en scène une quarantaine de pièces, dont plusieurs présentées à l’étranger, notamment en Amérique du Sud et au Japon. Grand passionné de la culture japonaise, le cinéaste a créé, en 1994 à Cracovie, un centre de civilisation japonaise, Manggha. En 2002, il avait lancé sa propre école de cinéma et d’écriture de scénarios.

Son dernier film, Powidoki (Après-image, 2016), qui a eu sa première en septembre au Festival de Toronto et qui n’est pas encore sorti en salle, sera le candidat polonais à l’Oscar.

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