Antoine BOURSEILLER


Homme de théâtre complet, Antoine Bourseiller s’est éteint le 21 mai 2013, à l’âge de 82 ans, à Arles des suites d’une opération sans gravité, mais avec complications.

Réagir à cet article

 

Antoine Bourseiller,
le poétique et le politique

Homme de théâtre complet, il s’est éteint à 82 ans, à Arles, des projets plein la tête. Une opération sans gravité, mais avec des complications, ont eu raison de l’énergie rayonnante de cet homme d’amitié et d’action.
A-t-il jamais joué Arlequin ? On l’ignore. Mais il y avait de l’Arlequin en lui. Homme fin, devenu frêle avec le temps, mais toujours athlétique et qui n’avait qu’une passion, le travail. Monter des spectacles, former et accompagner de jeunes artistes, mettre en relation les êtres et demeurer dans la fidélité à quelques poètes,Jean Genet au premier rang.
On doit en effet à Antoine Bourseiller une des très belles interviews de l’écrivain qui se livrait si peu. Elle a été filmée et publiée par son amie Danièle Delorme
Parmi les projets d’Antoine Bourseiller, il y avait justement des lectures de textes de Jean Genet pour Actes Sud et la réalisation d’un nouveau film.
On commence par l’amitié, la fidélité, car elles sont consubstantielles à la vie d’Antoine Bourseiller qui a raconté dans un livre,  Sans relâche, histoire d’une vie  (Actes Sud, 2007), son parcours, ses rencontres, ses amours, ses amitiés, sa famille.
Dans ce beau livre, parfois dérangeant, car il n’avait pas l’habitude de mentir ou de travestir la réalité,  on retrouve le grand amoureux. Et le patriarche heureux. Père, beau-père, grand-père, Antoine Bourseiller était très attentif aux siens.
La costumière de cinéma Rosalie Varda, fille d’Agnès, la torera (première femme torera, s’il vous plaît), Marie Sara, sont ses filles. Cette dernière a un frère, Christophe Bourseiller, journaliste et écrivain, lui aussi fils de Chantal Darget, admirable comédienne. Ajoutons les petits enfants, et nous avons Antoine Bourseiller, chef de famille !
Il fut aussi un exceptionnel chef de troupe et ce jusqu’aux dernières années de sa vie.
Antoine Bourseiller ne craignait pas la solitude et le silence d’un bureau, lorsqu’il faut écrire, réfléchir. Il a beaucoup écrit. Outre ses mémoires, des pièces de théâtre, des textes.
Lorsque l’on repense à sa vie, on ne peut que souligner combien il fut un bâtisseur.
 Au Festival d’Avignon, ouvrant Les Carmes et y accomplissant des merveilles, était venu dans le «off» dans les années 2000 avec de tout jeunes gens et jeunes filles qu’Antoine Bourseiller dirigeait avec tendresse. Dans une grande maisonnée, place du Palais, c’était la joie d’une bande très entreprenante. On servait là le meilleur pistou du Vaucluse !
Mais Antoine Bourseiller, né le 8 juillet 1930 à Paris, c’est d’abord une grande audace de choix artistique, poétiques, politiques.
Dès 1960, il avait remporté le concours des Jeunes Compagnies avec Melissa de Nikos Kazantzakis et s’était essayé à la réalisation cinématographique dès 1964 avecMarie Soleil..
De 1960 à 1963, il dirigea le Studio des Champs-Elysées (lisez à ce propos les articles de Geneviève Latour dans l’ouvrage consacré au centenaire du Théâtre des Champs-Elysées).
Il dirigea également artistiquement le Poche-Montparnasse (64-66).
Cap au sud :  le Centre dramatique du Sud-Est alors installé à Aix-en-Provence puis à Marseille.
On le retrouve à Paris au Récamier, à Orléans, puis à l’Opéra de Nancy.
Plus tard, il animera les Soirées d’été de Gordes, puis le théâtre de Tarascon où il montera notamment Le Bagne de Jean Genet.
Que citer dans ce parcours immense ?
On en dira plus et mieux dans quelques heures. Disons pour aller très vite :
Dom Juan de Molière, mise en scène à la Comédie-Française, avec la toute jeune Ludmila Mikaël et Georges Descrières. Une mise en scène très diversement accueillie ! Il fit connaître et défendit de nomberx auteurs. Son éclectisme était heureux : Tristan L’Hermitte comme Kazantzakis, Billetdoux, Ionesco, comme Schiller ou Racine.
A l’opéra, Franz Lehar comme Bizet, Schönberg, Berg, Verdi, Offenbach, Mozart, Henze, Gounod, pour les citer dans le désordre…et même il tâta de l’opérette avecAndalousie de Francis Lopez !
On n’en finirait pas de citer cet homme d’une générosité profonde, aimable, aimant, fidèle on ne le dira jamais assez. Un grand artiste qui aura marqué toute la deuxième moitié du XXème siècle et aura créé, fait aimer le théâtre, la musique, la littérature, jusqu’à son dernier souffle.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *