Françoise TOURNAFOND


Co-fondatrice du Théâtre du Soleil avec Ariane Mnouchkine, Philippe Léotard, Roberto Moscoso, Jean-Claude Penchenat, elle a été près de cinquante années durant l’une des plus inventives des créatrices de costumes, au théâtre, à l’opéra, au music-hall. Elle s’est éteinte il y a deux jours. Ses obsèques ont eu lieu vendredi 30 décembre au Père-Lachaise.

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Françoise Tournafond,
adieu à une magicienne des costumes

Ariane Mnouchkine, Jean-Claude Penchenat, Alfredo Arias sont trois des artistes pour lesquels ce poète des tissus et des matières imaginait les univers chatoyants et fascinants. Les comédiens adoraient se mouvoir dans ses vêtements. Elle avait également travaillé pour Jorge Lavelli, Jean Gillibert, Jean-Louis Thamin, Eric Vigner, Dominique Poulange, Stéphanie Tesson, entre autres et préparait Cosi fan tutte de Mozart pour Marcial di Fonzo Bo. Elle avait eu le temps, malgré la maladie, de travailler et l’on verra ces costumes en mars, à Dijon.

Elle s’est éteinte il y a deux jours. Et que faire d’autre que de montrer des images et vous rappeler quelques souvenirs…

Si ce sont les folies des Oiseaux, d’après Aristophane, une mise en scène de son ami fidèle Alfredo Arias, qui reviennent immédiatement en mémoire, Françoise Tournafond dessinait aussi pour des ouvrages graves, voire sombres et elle ne se réduisait jamais à la fantaisie colorée, explosive qui lui réussissait pourtant si bien et dont l’un des sommets fut la revue d’Alfredo Arias qui, à la demande d’Hélène Martini, inaugurait un nouvel âge des Folies Bergère.

Ci-dessous, une maquette de costume pour Le Capitaine Fracasse d’après Théophile Gautier par le Théâtre du Soleil en 1966. Adaptation Philippe Léotard, mise en scène Ariane Mnouchkine.

Françoise Tournafond Maquette de costume pour Le Capitaine Fracasse Soleil 1964.jpgTrès vite, si Françoise, costumière et maquettiste de formation, allait laisser le travail de scénographie à Roberto Moscoso (qui signait aussi ses costumes) ou à Guy-Claude François, on peut dire qu’elle n’a pas seulement été une artiste pleine d’imagination, mais elle a formé des ateliers. Ainsi au Soleil.

Ci-dessous Les Oiseaux une photographie de Brigitte Enguerand. Avec tout l’art des ateliers de la Comédie-Française.

Françoise Tournafond Les Oiseaux Arias Comédie Française 2.jpgEt elle aimait ces atmosphères d’ateliers et en louait toujours le travail. Opéra, Comédie-Française, Folies Bergère, Chaillot, partout où elle passait elle demandait -et obtenait- des miracles !

Parmi les plus éblouissants des déploiements spectaculaires, ceux qu’elle avait imaginés pour Concha Bonita en 2002 pour Alfredo Arias et à Chaillot.

Douze costumes époustouflants dont celui que portait Catherine Ringer dans une scène où elle (Concha) affronte sa propre fille : une crinoline démesurée, recouverte de cristal et de tulle, de fleurs brodées, de perles et de paillettes.
Françoise Tournafond louait les ateliers de Chaillot.  L’équipe de six personnes, doublée pour l’occasion avait passé trois mois sur ces douze costumes mettant en œuvre l’art extraordinaire des costumiers des ateliers.

Elle dessinait très bien, connaissait les secrets des morphologies, avait une connaissance encyclopédique des tissus, des matières.

Dans son appartement-atelier, en dessous de la République, elle s’enrichissait de lectures vastes. Ce n’était pas quelqu’un qui habille, c’était une artiste qui comprenait au plus profond les œuvres, musicales, dramatiques aussi bien que les chansons légères ou mélodramatiques, qui comprenait les artistes, les projets des metteurs en scène et la relation de l’interprète à son personnage. Elle avait une intuition profonde des êtres. 

Françoise Tournafond Affiche pour Le Bal.pngLe Bal, le spectacle de Jean-Claude Penchenat, ce fut elle, aussi, recréant toute une atmosphère qui enchanta Ettore Scola jusqu’à en faire un film…

Mais on ne peut faire ici la liste de tous ses travaux (elle est bien référencée sur Internet). De Gengis Khan de Henry Bauchau, première mise en scène d’Ariane Mnouchkine. Aux Arènes de Lutèce avec le merveilleux document tourné par le réalisateur de télévision Georges Paumier pour L’Avenir est à vous. C’était en 1961, avant la fondation du Soleil. Aux Oiseaux d’Aristophane par Alfredo Arias, il y a 1789 (en 70), 1793, L’äge d’or (en 75), avec Ariane Mnouchkine, David Copperfield en 77 avec Jean-Claude Penchenat ou L’Opéra de Smyrne de Goldoni, avec lui, toujours et puis Roméo et Juliette avec Jean-Louis Thamin, Les Indes Galantes (90) formidablement belles avec Arias, et tous les Arias depuis, quasiment, les graves et les cocasses, les sobres et les délirants.

Il y a aussi Bajazet de Racine pour Eric Vigner, Arloc et Molly S. pour Lavelli, il y a Zouc par Zouc d’après Hervé Guibert dans une mise en scène de Gilles Cohen (2006) dans la suite du joli Fantasio de Musset par Stéphanie Tesson.

Les listes ne disent rien. Si : le travail toujours recommencé, l’imagination inépuisable, la confiance des artistes. Une angoisse certaine de vivre qui s’apaisait un peu dans le travail.

Elle était grave, et souvent triste. C’était une enfant de Saturne. Quelque chose d’une écolière sage, modeste et très intelligente dans son regard sérieux et inquiet. C’est tout Françoise.

Cimetière du Père-Lachaise, vendredi 30, 14h45.

Sa fiche sur lesarchivesduspectacle.net
Sa filmographie sur IMDb.fr

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