Georges DESCRIÈRES (promo 1954)


L’inoubliable interprète d’Arsène Lupin et ancien sociétaire de la Comédie Française s’est éteint à Cannes samedi 19 octobre 2013, à 83 ans. Il était atteint d’un cancer.

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Georges Descrières, la mort du gentleman acteur

L’inoubliable interprète d’Arsène Lupin et ancien sociétaire de la Comédie Française s’est éteint à Cannes samedi à 83 ans. Il était atteint d’un cancer.

Le plus célèbre des interprètes d’Arsène Lupin s’est éteint samedi matin. Georges Descrières est mort à 83 ans auprès de sa femme à Cannes dans les Alpes-Maritimes. Il a succombé à un cancer. Les aventures d’Arsène Lupin rassemblèrent des millions de téléspectateurs en faisant de lui une star du petit écran. Il restera l’un des visages familiers du grand public.

En 2010, lors de sa dernière tournée, Jacques Dutronc avait inscrit dans sa play-list l’hymne au plus grand des voleurs : “Gentleman cambrioleur”, une chanson composée pour le générique de la série télévisée Arsène Lupin. Plus de 40 ans après sa diffusion, lorsqu’on entend les premières mesures de ce titre, c’est toute une époque de l’ORTF qui resurgit. Il y eut deux chansons pour un même thème. La première intitulée “L’Arsène”, un peu moins connue, est chantée par le même interprète. Les deux saisons d’Arsène Lupin, entre 1971 et 1974, permirent aux téléspectateurs de la deuxième chaîne de découvrir un comédien déjà connu au théâtre, Georges Descrières, sociétaire de la Comédie-Française.

Les Atrides

Les abonnés de la Comédie-Française le connaissaient déjà dans les années soixante-dix. Il était l’un des sociétaires les plus en vue de la maison de Molière, à la grande époque, avec Jacques Charon, Robert Hirsch, Jean Piat ou Micheline Boudet. Tandis que la France entière ne manquait aucune aventure du sympathique cambrioleur, Descrières triomphait dans Don Juan sur la scène de la salle Richelieu. Il est admis aujourd’hui qu’il fut l’un des plus grands interprètes du rôle (1). En ce temps-là, avec l’alternance soutenue dans la maison, il enchaînait Les fausses confidences de Marivaux, Becket ou l’honneur de Dieu de Jean Anouilh ou La jalousie de Sacha Guitry. À propos de jalousie, la notoriété de l’acteur provoquée par ses passages répétés dans “l’étrange lucarne” devait en susciter beaucoup dans la grande famille des comédiens-français : “Une grande famille”, disait-on un jour à Sarah Bernhardt.

– Oui, les Atrides (2), avait-elle répondu. C’est dire la réputation de gentillesse dans la maison.

Le petit écran fut une partie seulement de la carrière de Georges Descrières, mais la plus visible. Sa popularité l’empêchait de marcher dans la rue sans être apostrophé. Une seconde série Sam et Sally sera tournée de 1978 à 1980 avec Corinne Le Poulain, puis Nicole Calfan dans le rôle de Sally. L’histoire d’un couple d’aventuriers milliardaires fitzgeraldiens vivant de folles aventures. C’est dans l’un de ces épisodes que Sam (Descrières) au volant de sa voiture change de longueur de cheveux le temps de tourner dans un virage. Un raccord raté par une scripte distraite ou un comédien oublieux. Traquer ce genre de détails est un délice.

“J’ai épousé deux femmes”

La Comédie-Française fut toute sa vie. Il y entra le 1er janvier 1955 comme pensionnaire avant d’en devenir sociétaire trois ans plus tard, pour n’en partir que le 31 décembre 1985. Trente ans passés dans le premier théâtre de France firent de lui, à 49 ans, le plus jeune doyen de l’institution. Doyen ne voulant pas dire le plus vieux, mais le plus ancien. Cet engagement fut un véritable sacerdoce pour ce Bordelais, né Georges Bergé. Il prit le nom de jeune fille de sa maman lorsqu’il devint acteur après une formation au conservatoire de Bordeaux, puis au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, où il eut pour camarades Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Jean-Paul Belmondo, Bruno Cremer, Annie Girardot et Françoise Fabian. Le jeune Georges s’inscrira d’emblée dans une tradition classique du métier, une modestie animée par la passion des grands rôles et des grands textes. Il épousera la comédienne Geneviève Brunet, inséparable de sa jumelle non moins comédienne Odile Mallet, ce qui le conduira à dire :

– J’ai épousé deux femmes.

Son beau-frère, le grand tragédien Jean Davy, sociétaire du Français lui aussi dans les années d’après-guerre, dira la même chose. Parfois, il leur arrivait de se tromper… d’épouse ! Tout ce monde forme une joyeuse famille où l’on ne vit que pour son métier. L’une des deux filles de Georges fera aussi ses premiers pas dans le temple : Sylvia Bergé est l’un des grands noms du Français depuis 1988.

Une carrière décevante au cinéma

La carrière au cinéma de cet acteur fut prometteuse, mais décevante. Il débute avec Claude Autant-Lara dans Le Rouge et le Noir, apparaît dans plusieurs films d’époque, Le fils de Carole Chérie (1955) ou Les trois mousquetaires (1961) de Bernard Borderie, dans lequel il campe un merveilleux Athos. Il aura pour partenaires à l’écran Anna Karina dans Ce soir ou jamais de Michel Deville ou Audrey Hepburn dans Voyage à deux (1967) de Stanley Donen.

Georges Descrières s’était retiré dans le Midi en 1989. Au milieu des années 90, il créa et dirigea le conservatoire de théâtre de Grasse dans les Alpes-Maritimes. Il vivait à Cannes et n’avait pas perdu le sens de l’humour qui l’animait dans Arsène Lupin.

“I am Georges Descrières…”

Il aimait à raconter des histoires sur sa vie à la Comédie-Française. Un jour qu’il était en avion pour partir en tournée aux États-Unis et qu’il s’impatientait de voir l’hôtesse lui servir un rafraîchissement, il se lève pour le faire savoir, et cela donne :

– I am Georges Descrières of the Comédie-Française and I’ve never been… heu… traité de la sorte.

On ne prête qu’aux riches les histoires les plus farfelues, et le monde du théâtre n’en est pas avare. Que cette anecdote soit vraie ou fausse, elle circule encore dans Paris… et l’intéressé lui-même ne s’est pas privé d’en rire.

Par Jean-Noel Mirande sur lepoint.fr (21/10/2103)

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