Gérard MORTIER


Iconoclaste et visionnaire, ce grand directeur d’opéra contestataire et remuant, est décédé à 70 ans, victime d’un cancer du pancréas foudroyant, ce 8 mars 2014 à Bruxelles,

Lu dans Le Monde :

Il devait être le premier récipiendaire du « Mortier Award », le prix qui portera son nom et distinguera les professionnels de l’opéra pour leurs prises de risques et leurs innovations, le 31 mai à Graz, en Autriche. Il le recevra à titre posthume.

Jusqu’au bout, le flamboyant et iconoclaste directeur d’opéra, figure de proue de la scène lyrique internationale depuis trente ans, a fait preuve d’une énergie hors du commun, comme ce 28 janvier dernier au Théâtre Royal de Madrid où il accompagnait l’un de ses derniers projets : la création de l’opéra de Charles Wuorinen, Brokeback Moutain, sur un livret d’Annie Proulx.

Visionnaire et audacieux, Gerard Mortier aura marqué l’avènement des directeurs d’opéra stars : certains ont pu être choqués par exemple que le preux Gantois associe son nom au logo de l’Opéra national de Paris, dont il fut patron de 2004 à 2009. Certes, Gerard Mortier a toujours mis les maisons lyriques qu’il a successivement dirigées au service d’un projet artistique qui avait pour lui valeur de manifeste.

Mais c’est en humaniste de l’art que ce provocateur, brillant intellectuel et virulent débatteur, s’est toujours comporté, convaincu que l’opéra, art pourtant connoté bourgeois et décadent, devait être un vecteur de connaissance, d’édification et de liberté, capable de « faire triompher l’art sur l’argent », comme il aimait à le déclarer.

Toute sa vie n’aura été que le parcours d’une passion transmise par sa mère, qui lui avait faitdécouvrir à onze ans La Flûte enchantée de Mozart (c’est ainsi qu’il intitulera son livre Dramaturgie d’une passion, paru aux éditions Christian Bourgois en 2009).

(…)
Le baron Gerard Mortier (il avait été anobli par le roi des Belges en 2007) était né à Gand (Belgique), le 25 novembre 1943. Fils d’un boulanger et d’une « femme simple », il avait fait sa scolarité dans un collège jésuite, avant des études de droit et une formation en management artistique. Puis il avait embrassé l’art lyrique.  Nous avons besoin de l’art comme du pain de l’esprit, disait cet éternel optimiste qui croyait en l’avenir : Rien n’est jamais perdu et si nous menons la société à sa perte, quelque chose de nouveau verra le jour.
Cet homme-là et sa vision du monde nous manquent déjà
Par Marie-Aude Roux

Lire : Gérard Mortier, le Don Quichotte belge, Le Monde du 20 décembre 2012
DRAMATURGIE D’UNE PASSION, de Gérard Mortier, chez Christian Bourgois Éditeur

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *