Ingmar BERGMAN


Le cinéaste suédois Ingmar Bergman est mort le dimanche 29 juillet 2007, dans sa maison sur l’île suédoise de Faarö (Gotland), à l’âge de 89 ans

Le cinéaste suédois Ingmar Bergman est mort à l’âge de 89 ans dans sa maison sur l’île suédoise de Faarö (Gotland), a annoncé lundi sa soeur Eva Bergman à l’agence de presse suédoise TT.

Sa mort est survenue “calmement et doucement” selon Eva Bergman citée par TT, qui ne précise pas les causes exactes du décès, ni la date de sa mort.

Les obsèques se tiendront en présence de ses amis et de sa famille à une date non encore précisée, selon TT.

Les rumeurs sur la santé déclinante du cinéaste étaient persistantes depuis plusieurs mois. En octobre, il avait subi une opération de la hanche dont il ne s’était jamais remis.

Il vivait seul et retiré du monde, le plus souvent dans son île de Faarö (l’île aux moutons, au nord de l’île de Gotland), inconsolable de la mort de sa dernière femme Ingrid von Rosen, en 1995.

“Faarö était mon amour secret”, écrit-il dans son autobiographie Laterna Magica, en parlant du coup de foudre qu’il eut dans les années 60 pour cette île plate où ciel et mer se mêlent.

Il y fit construire la maison où il est mort, un studio où il tourna notammment “Comme dans un miroir” et “Le silence”.

Ingmar Bergman a réalisé au fil de sa longue carrière plus de quarante films. Couples déchirés, face-à-face avec la mort, absence de Dieu, mais aussi magie de la vie: le cinéaste suédois Ingmar Bergman a créé une oeuvre d’une grande richesse émotionnelle où il a mis en lumière le tragique de la condition humaine.

Reconnu sur la scène internationale dès les années 50 (“Sourires d’une nuit d’été” 1955; “Le septième sceau” 1956; “Les fraises sauvages” 1957), il n’a été acclamé par ses compatriotes qu’à la fin de sa vie.

Né le 14 juillet 1918 à Uppsala, au nord de Stockholm, Ernst Ingmar Bergman, fils de pasteur, deuxième d’une famille de trois enfants, a reçu une éducation stricte et austère dont il n’aura de cesse de se libérer.

Son enfance, qu’il a décrite comme “douloureuse et compliquée”, l’a profondément marqué et a laissé des traces dans toute son oeuvre qui tourne presque toujours sur les moments de crise, résolue ou non.

Sa carrière démarre par le théâtre, qui restera toute sa vie une grande passion, au début des années 1940 avec un stage de mise en scène à l’Opéra de Stockholm.

En attendant d’être engagé en 1960 comme metteur en scène du prestigieux Dramaten, le théâtre royal d’art dramatique, il écrit des pièces, des romans et des scénarios.

En 1945, il décide que le seul moyen moderne de s’exprimer est le cinéma: “Faire des films est pour moi un instinct, un besoin comme celui de manger, de boire ou d’aimer”, déclare-t-il. Il réalise “Crise” à partir d’une pièce populaire danoise mais le film est un échec.

Le cinéma devient pour lui une religion. Il fréquente Maurice Stiller, Pygmalion de Greta Garbo, et Victor Sjöström, réalisateur à l’époque du cinéma muet qu’il prend comme interprète dans “Vers la félicité” (1949) et, plus tard, dans l’un de ses premiers chefs-d’oeuvre, “Les fraises sauvages” (1957).

En 1955, Bergman connaît son premier succès international avec “Sourires d’une nuit d’été”, une comédie grinçante qui, présentée l’année suivante au festival de Cannes, sert de modèle à la “nouvelle vague” française.

Il commence à explorer les thèmes qui fonderont l’essentiel de son oeuvre: l’angoisse de l’homme face à la mort, l’amour, la solitude et l'”infinie tristesse du monde sans Dieu”.

Force des gros plans, importance attachée aux visages, soin accordé à la lumière par son chef-opérateur de toujours, Sven Nyqvist (décédé en 2006), utilisation des retours en arrière et fondus-enchaînés deviennent la respiration des films bergmaniens.

Son cinéma est le plus souvent tragique. “Le septième sceau” (1957), prix spécial du jury à Cannes, et surtout “Cris et chuchotements” (1971), pièce de chambre en clair-obscur, en sont les meilleures illustrations.

Mais face à la gravité des thèmes abordés, le grand public en Suède a souvent ressenti une distance avec les films de Bergman, l’accusant même d’être en partie responsable de la réputation de la Suède comme étant un pays de névrosés.

Bergman nourrit aussi une hantise du bonheur dans l’interrogation passionnée des femmes comme en témoigne la ferveur qui jaillit de “Jeux d’été” (1950), de “Un été avec Monika” (1952), de “L’attente des femmes” (1952) et d'”Une leçon d’amour” (1954).

Cinéaste des femmes, il donnera leurs plus beaux rôles à des actrices comme Ingrid Thulin, Maj Britt Nilsson, Harriett Andersson, Eva Dahlbeck, Ulla Jacobsson et Liv Ullmann.

En 1982, après plusieurs années en Allemagne où il s’était installé après des démêlés avec le fisc suédois, Bergman tourne “Fanny et Alexandre”, une oeuvre-testament sur son enfance et sa passion du spectacle, couronnée par quatre Oscars.

Il déclare après ce film en avoir terminé avec le cinéma. Mais après une pause de vingt ans, il reprend place derrière la caméra et réalise en 2003 “Saraband” pour la télévision suédoise, vision très noire de la vieillesse diffusée par la suite dans les salles.

Encore plus que le cinéma, Bergman aimait le théâtre. “Je peux exister sans faire de films, mais je ne peux pas exister sans faire de théâtre”, a-t-il déclaré.

En 2002, Bergman met en scène “Les Revenants” du norvégien Henrik Ibsen et en 2004, à l’âge de 86 ans, il fait ses adieux aux planches.

Depuis la disparition de sa dernière femme Ingrid von Rosen, en 1995, Ingmar Bergman résidait seul une grande partie de l’année sur l’île de Faarö (Gotland), en mer Baltique, qui servit de décor à plusieurs de ses films.

Après avoir qualifié sa vie d'”enfer supportable”, il avait laissé entendre dans un entretien à la télévision suédoise en 2000 qu’il ne craignait pas de mourir. “Le fait même de vivre est lourd. Je ne rencontrerai plus jamais Ingrid”.

Longtemps boudé en Suède, ce n’est que récemment qu’il a été reconnu comme un grand maître du cinéma chez lui. Un prix Bergman est désormais accordé aux jeunes talents du cinéma lors des équivalents des Oscars suédois.

Aujourd’hui Bergman est mort adulé dans son pays. Devant la cinémathèque de Stockholm, les drapeaux ont été mis en berne. Les radios et télévisions ont bousculé leurs programmes pour lui rendre hommage.

“Ingmar Bergman faisait partie des grands dramaturges de ce monde — pour beaucoup de gens, il était le plus grand de tous”, a affirmé Le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt dans un communiqué.

“Aucun autre artiste suédois, dans quelque discipline que ce soit, n’a atteint la même reconnaissance et le même succès”, a déclaré lundi l’ancienne directrice de la cinémathèque suédoise, Aase Kleveland.

Pour l’agence TT, le cinéma et le théâtre suédois ont perdu leur “étoile la plus brillante de tous les temps”.

Ingmar Bergman a été marié cinq fois et a eu neuf enfants.

Article de Francis Kohn et Sophie Mongalvy. AFP – Lundi 30 juillet paru sur fr.news.yahoo.com le 30/0702007

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