Je me suis régalé de Bruno Putzulu & Philippe Noiret


« Jusque dans les derniers moments de sa vie, avec son humour, son élégance, sa pudeur, Philippe Noiret a toujours voulu rassurer ceux qu’il aimait. J’ai un souvenir qui en dit long sur sa force de caractère et son besoin de protéger ceux qui l’entouraient. Sachant qu’il aimait la cuisine italienne, je voulais lui faire plaisir en l’invitant chez mes amis restaurateurs. Sa femme, Monique, m’a dit plus tard que, à cette époque, avec les traitements médicaux, il avait perdu l’appétit et ne sentait plus le goût des aliments. Pourtant quand je lui disais “Alors, ça vous plaît Philippe ?”, avec son grand sourire et sa bonne voix, il me sortait son “Ah oui, je me régale”. Finalement, bien qu’il soit très faible, c’est donc lui qui me faisait plaisir en acceptant mes invitations, tout en faisant semblant de déguster chaque plat. Il continuait à jouer, et il était formidable car j’y croyais. Comédien jusqu’au bout. »
  • Hors collection – Documents, témoignages et essais d’actualité
  • Paru le 09/11/2007
  • Genre : Documents
  • 280 pages – 154 x 241 mm
  • Broché

Un moment de grâce est passé la semaine dernière sur la chapelle du Carmel de Bois-Guillaume où Jean-Pierre David avait organisé une soiré consacrée à la correspondance qui s’était établie entre Guy de Maupassant et le peintre François Pinchon.

Un dialogue a une voix, ponctué par des interventions musicales de Philippe Davenet au piano et Patricia Trouvé au violoncelle, qui permit surtout à Bruno Putzulu de restituer, avec une grande intelligence et une merveilleuse simplicité de ton, l’humour si particulier et la superbe verve descriptive du père de « Bel Ami ».

Rarement un auteur et un comédien se sont retrouvés aussi parfaitement en symbiose. Putzulu a porté avec une élégance faite d’humour, de tendresse, voire d’émotion, la clarté lumineuse et le style admirable des petits chefs-d’œuvre de finesse et d’observation qu’il avait choisis.

Maupassant regardait vivre le monde. Avec une acuité étonnante et derrière cette lucide cruauté dont il ne se départissait que rarement, il croquait ses personnages avec cruauté impitoyable qui n’excluait en rien une sorte d’ironie tendre qui révélait ses propres fragilités.

Dans ces lettres familières adressées à son ami Pinchon, à sa mère et dans une courte et admirable nouvelle dans laquelle il réussit à rendre attachant un personnage qui pourrait être dérisoire, Bruno Putzulu fait passer avec une grande économie de moyens et la juste ponctuation qui éclaire l’exercice parfois périlleux de la lecture, la fraîcheur et l’humanité se dégageant de textes familiers qui rejoignent une tendresse une humanité qui parlent directement à celles du comédien.

La tendresse et l’humanité ce sont elles, justement, qui ont réuni Bruno Putzulu et Philippe Noiret.

Entre eux, la rencontre fut immédiate et définitive.

Tout jeune comédien au Français, il avait vu celui qui était pour lui un « monstre sacré » entrer avec son épouse, la merveilleuse Monique Chaumette, dans sa loge pour le féliciter. Pour lui ce fut un choc.

Noiret, viendra deux ans plus tard dans sa vie quand il le retrouvera avec Pascal Elbé et Charles Berling pour le film de Michel Boujenah « Père et fils », une manière de « road movie » filial. Entre le grand aîné et ceux qu’il appelait tendrement ses « connards », une complicité s’établit si parfaitement que Noiret continua après le film à les appeler régulièrement jusqu’à ce qu’un jour Bruno Puzzulu reçoive un message laconique mais évocateur « avant j’avais un fils et maintenant, j’ai plus de nouvelles ».

Les nouvelles, ils allaient s’en donner réciproquement et d’un manière si complète dans le même amour du théâtre que Bruno Putzulu décida de construire une série d’entretiens dont Philippe Noiret malheureusement ne verra pas l’aboutissement. A la disparition du comédien, Bruno Putzulu avec beaucoup d’élégance et de pudeur, gardera ces pages précieuses sous le boisseau. Il faudra l’insistance de Monique Chaumette et de leur fille Frédérique Noiret pour qu’il consente d’en faire un livre. Au fil des dialogues qui s’instaurent progressivement, les deux amis conversent, s’échangent, se rencontrent, se complètent sur la manière de considérer la vie en général, le « métier » en particulier et surtout ce qui fait la qualité, les doutes et les certitudes d’une vie d’homme et de comédien. En feuilletant ce livre, on entre de plain pied dans le monde du théâtre et du cinéma. On fait des rencontres. On cerne des personnalités. On découvre en quelque sorte le théâtre tel que ceux qui s’y consacrent le vivent de l’intérieur.

Philippe Noiret se découvre, avec une grande discrétion et une totale absence d’affectation et Bruno Putzulu de son côté livre quelques unes des clés de sa vie d’homme et de comédien avec la même élégante retenue.

 

Rendez-vous à Forges-les-Eaux

 

Le jeudi 13 mars à l’Espace de Forges-les-Eaux, il en donnera des grands extraits en compagnie d’Alain Bézu. Ce sera en quelque sorte, entre l’ancien jeune pensionnaire du conservatoire de Rouen chez Jean Chevrin puis de Paris et celui qui a été pendant des années la bannière du théâtre vivant et de la création en Haute-Normandie, une rencontre passionnante au cours de laquelle la confrontation entre deux conceptions d’hommes de théâtre se révèlera particulièrement enrichissante.

Ce sera en quelque sorte une découverte réciproque entre deux générations, deux natures… deux passions.

Comme le dit le sous-titre du livre : on va se régaler !

 

A l’issue du spectacle, Bruno Putzulu signera son livre sur ses conversations avec Philippe Noiret

 

Pour se le procurer

https://livre.fnac.com/a2033098/Bruno-Putzulu-Je-me-suis-regale

https://www.lalibrairie.com/livres/je-me-suis-regale–conversations-avec-bruno-putzulu_0-418041_9782081211728.html

Critique

http://theatreennormandie1.over-blog.com1.over-blog.com/2014/02/philippe-noiret-«-je-me-suis-régalé-»-avec-bruno-putzulu-et-alain-bézu.html

https://www.senscritique.com/livre/Je_me_suis_regale/219648`

 

Je me suis régalé par Alligator

Critique 

Janvier 2009:

Bruno Putzulu, comédien de théâtre et de cinéma a rencontré Philippe Noiret et a noué avec lui une relation très intime, quasi filiale comme le dit d’ailleurs sa fille.
Et il rédige ici un livre d’entretiens qui parle essentiellement des deux acteurs, de leurs visions du théâtre, du cinéma, de leur maîtres, de leurs histoires, de leurs vies. C’est une conversation très illustrées par les citations de Bresson, Godard et les autres.
Mais également une conversation où se lit une relation attendrissante entre un vieil acteur ému par l’enthousiasme du jeune premier.

Émouvant ouvrage qui s’achève sur les entretiens que Putzulu a réalisé avec d’une part la femme de Noiret, Monique Chaumette et d’autre part leur fille, Frédérique Noiret. Là, sur ces dernières longues pages se dessine le plus intime, le plus tragique et le plus bouleversant : les derniers instants d’un homme. L’amour échangé par ses quatre êtres pousse irrémédiablement le lecteur dans ses derniers retranchements jusqu’à lui tirer les larmes des yeux. Ça secoue. Mais c’est beau. Le tragique de la vie comme le beau de la simplicité, de la pudeur et de la main dans la main.

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