Jean VAUTRIN


Jean Vautrin, vient de mourir à l’âge de 82 ans, il était le romancier des « exclus du paradis », couronné du Prix Goncourt en 1989, et il avait eu « plusieurs vies » d’artiste

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Jean Vautrin était né en 1933 à Pagny-sur-Moselle. Il avait obtenu le prix Goncourt en 1989. Mais il ne s’était pas toujours appelé Jean Vautrin. Et il n’avait pas toujours voulu être écrivain. Il l’avait résumé lui-même, en rédigeant sa propre notice biographique dans le Dictionnaire des écrivains contemporains de langue française par eux-mêmes (Mille et une nuits, 2003): 

« Lorsqu’il était enfant, Vautrin s’appelait Herman. Il rêvait d’être explorateur.»

Ancien élève du lycée Voltaire, il avait été reçu premier au concours de l’IDHEC, l’Institut des hautes études cinématographiques devenu la Fémis en 1986. Puis il avait touché à tout : boursier du gouvernement indien, il avait été lecteur de littérature française à l’Université de Bombay, dessinateur, photographe, cinéaste. Il avait collaboré avec les plus grands: Rossellini, Rivette, Minelli. Et puis Audiard.

En 1965, Jean Herman tourne son premier long métrage, le Dimanche de la Vie, tiré du roman de Raymond Queneau et dialogué par l’auteur. En 1967, il réalise Adieu l’ami avec Alain Delon, en médecin de la Légion rêvant de vider un coffre, et Charles Bronson, en légionnaire de retour d’Algérie. Déjà, les répliques fusent. Il a le goût de la litote et des aphorismes.

Mais « pour lui, écrivait-il encore, l’écrivain est celui qui mérite d’explorer plus loin. Davantage. Encore
Herman devient donc Vautrin, comme le héros de Balzac, pour publier A bulletins rouges en 1973, puis Billy-Ze-Kick en 1974 (qui sera adapté à l’écran par Gérard Mordillat en 1985).

 
Pour explorer quoi ? Il avait sa réponse :


« Ecrivain no man’s land, Vautrin est du côté des enfants, des rebutés, de ceux qui sont peu nombreux de leur espèce. Il se sent de la couleur de ceux qu’on persécute. De l’humour de ceux qui sont désespérés. Il cherche sa force dans sa colère. Il imprègne son acidité, la noirceur de ses propos d’une compassion tendre. D’une fraternité. D’un chaleureux regard sur les autres.»


Noires ou blanches, les histoires truculentes et engagées de Vautrin étaient toujours celle d’un homme qui «essaie de se balancer sur un fil qui serait tendu entre deux contraires». Passant du roman à la nouvelle, il pouvait écrire aussi bien sur des petites filles vivant dans des HLM, que sur des tueurs américains ou encore, comme dans son ultime livre, sur de jeunes gitans (Gipsy Blues, 2014).

Lauréat de pas mal de prix, à commencer par le Goncourt 1989 pour Un grand pas vers le bon Dieu (qui lui valut incidemment une douloureuse accusation de plagiat), auquel s’ajoutaient les prix Populiste, Louis-Guilloux, Goncourt de la nouvelle et autres prix des Deux Magots, il s’efforçait volontiers de minimiser leur importance:

« Le nombre exagéré de prix littéraires qu’on lui a décernés a pu faire croire un temps à certaines dispositions pour le carriérisme. Mais, avec les années, on se rend compte hélas qu’il est trop orgueilleux pour avoir l’ambition de se soumettre à la faveur des vaches pour faire marcher son train.»

Habité par «ce besoin sourd et inexplicable qui pousse à creuser des trous dans le mer», il avait également donné dans le feuilleton historique avec notamment Quatre soldats français sur la guerre de 14, et le Cri du Peuple, sur la Commune de Paris, dont il tira par la suite une bande dessinée avec Jacques Tardi.

Plus discret ces derniers temps, vivant avec son épouse, Anne, dans leur maison de Gradignan près de Bordeaux, il continuait à écrire malgré sa fatigue, comme pour rester fidèle à lui-même jusqu’au bout. Et aux derniers mots de la notice biographique qu’il avait rédigée pour le «Dictionnaire des écrivains par eux-mêmes»:

« Essayer d’être un écrivain pour toujours.»

Clara Tran

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