Judith MALINA


Le Living Theatre perd sa créatrice: Judith Malina fut une grande metteuse en scène, doublée d’une anarchiste non-violente et d’une actrice hors du commun.

Lu dans letemps.ch
Par Michel Danthe

Celle qui fut la première grand-mère de la famille Addams, la mère hystérique d’Al Pacino dans «Un après-midi de chien», mais aussi et surtout la fondatrice du mythique Living Theatre, est morte à l’orée de ses 89 ans. Elle fut une grande metteuse en scène, doublée d’une anarchiste non-violente et d’une actrice hors du commun

Elle avait coutume de dire à ses intimes qu’elle était née entre Marilyn Monroe (le 1er juin) et Allen Ginsberg (3 juin): la comédienne et metteur en scène Judith Malina, la co-créatrice du Living Theatre, est décédée à Englewood, New Jersey ce 10 avril à 88 ans.

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Née le 2 juin 1926, à Kiel, en Allemagne, Judith était la fille du rabbin Max Malina qui pressentit immédiatement, dans ces années-là, que son pays allait mal tourner. La famille immigra aux Etats-Unis. C’est à New York que Judith Malina fait la connaissance de celui qui deviendra son mari, le peintre Julian Beck, avec qui elle fonda en 1947 la mythique troupe de théâtre d’avant garde, The Living Theatre.

Elle fut, auparavant, l’élève du grand metteur en scène communiste allemand Erwin Piscator, dont elle suivit les cours, aux côtés de jeunes élèves comédiens aussi célèbres que Harry Belafonte ou Tony Curtis. C’est Erwin Piscator qui lui donnera l’armature politique, philosophique et esthétique qui fera de l’aventure du Living Theatre une expérience unique du théâtre américain. Chez lui, elle découvrira que le théâtre est acte politique; que l’expérience esthétique n’est rien si elle n’est pas appelée à transformer le monde; qu’auteur, dramaturge, scénographe, comédiens et spectateurs sont un mécano complexe qui peut transformer les esprits et les communautés.

Délibérément inscrits dans l’avant-garde, elle et Julian Beck développeront dans les années cinquante un répertoire tourné vers le langage et la poésie (Gertrude Stein, Jean Cocteau, Federico Garcia Lorca). A la fin des années cinquante et au début des années soixante, ils se lancent dans un théâtre qui donne l’impression d’un documentaire en direct. Ainsi, The Connection, un groupe de drogués qui attend son dealer ou The Brig, une journée dans une prison de marines américains sur une île du Pacifique. The Brig scandalise alors l’establishment américain qui déclenche une guerre d’usure contre la troupe: l’administration des impôts, le fameux IRS, leur cherche des poux et finit par fermer leur théâtre.

La troupe s’exile alors en Europe. Sans le sou, mais apprécié par les élites intellectuelles, elle crée coup sur coup des pièces qui font sensation, comme Mysteries and Smaller Pieces (1964), Frankenstein (1965), Antigone (1967). Et, en 1968, Paradise Now: on y plaide pour une société sans argent, sans passeport, libre d’exprimer ses désirs de toutes les façons.

Dans les décennies qui suivent, Judith Malina et Julian Beck se singularisent encore en se lançant cette fois dans le théâtre de rue au Brésil, en proie alors à la dictature. Judith Malina y sera arrêtée avec la compagnie, détenue plusieurs mois en prison puis libérée sous la pression internationale: des Rolling Stone à Pasolini, de Sartre à Michel Piccoli, de Simone de Beauvoir à Juliette Greco, d’Yves Montand à Lucchino Visconti, toute l’intelligentsia réclame leur libération.

L’aventure collective et expérimentale se poursuivra contre vent et marée, à New York et en Europe jusque dans les années 2000.

Et Judith Malina conservera un théâtre off-Broadway jusqu’au printemps 2013. Après quoi, elle intégrera un EMS de vieux artistes proche de New York, où elle écrira encore des pièces, parvenant même, il y a un an, à en mettre une en scène à Manhattan.
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Judith Malina (à g.) et Julian Beck en répétion de Paradise Now en 1968, à Avignon (AFP)

Judith Malina (à g.) et Julian Beck en répétion de Paradise Now en 1968, à Avignon (AFP)


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