“Le théâtre , c’est un domaine où les êtres et les choses touchent enfin à la liberté.” Louis Jouvet


Face à la situation consternante dans laquelle se trouve le milieu des Arts, j’ai eu envie de vous confier ces quelques mots de Louis Jouvet. Notre liberté de travailler est souillée. Notre liberté de manifester est empêchée. Notre liberté de rassemblement est interdite. 3 Avril 2021

* Pourquoi aller au théâtre ? pour contempler son reflet mais aussi pour être troublé devant le vertige d’une effigie : « Par un étrange goût dont on n’a pas encore trouvé et dont on ne trouvera sans doute jamais toutes les raisons, dans ce refuge, dans ce faux paradis, dans ce lieu que des métamorphoses dérisoires, des supercheries puériles, une magie enfantine rendent le plus vain, le plus fallacieux, le plus inutile de tous les lieux humains, mais où l’homme apporte cependant ce qu’il y a de plus pur, de plus désintéressé, de plus sincère au moment où il y pénètre… l’homme se regarde lui-même… L’homme vient au théâtre pour se contempler à travers ses semblables, pour se refléter dans l’acteur qui est sur la scène… Il devient son propre miroir… Il croit qu’il se voit. Il vit de cette autre présence, de cette vision. Ce n’est qu’un vertige. En fait, on peut dire aussi bien qu’il cesse d’exister. »

[Témoignages sur le théâtre, p. 187].

* Une fonction spirituelle et quasi mystique du théâtre, contre les « tranches de vie »

« Pour moi, le théâtre est chose spirituelle ; un culte de l’esprit ou des esprits. » Ou encore : « Le théâtre est une de ces ruches où l’on transforme le miel du visible pour en faire de l’invisible. »

[Interrogations sur le théâtre]

 

* Retour vers la tradition ? Amoindrissement du spirituel, la mort de l’imagination et du merveilleux, vulgarité du langage. « Abandonnée par la poésie, dépouillée de sa magie, cette merveilleuse convention théâtrale que nous avaient léguée les classiques semble à jamais perdue et son caractère spirituel est remplacé par une convention nouvelle : l’invention du “quatrième mur”. Il s’agit donc de tenter de “retourner” à la vraie tradition du théâtre. Si le théâtre d’aujourd’hui tend vers quelque chose, c’est vers une vie où le spirituel paraît avoir reconquis ses droits sur le matériel, le verbe sur le jeu, le texte sur le spectacle. »

Regagner l’intimité avec le public, lutter contre la débauche des décors ou des scènes majestueusement machinées et truquées. Il s’agit de revenir à un plateau épuré, à un décor cherchant au plus juste à manifester « l’état d’esprit » de la pièce.

 

« Le théâtre multiplie, amplifie en nous la vie, et, plus et mieux qu’aucune autre occupation, la met en forme d’énigme; seule réponse si l’on peut dire, si l’énigme peut se dire réponse. Et il me paraît que cette énigme n’a de réponse que dans l’invention ou l’imagination d’un au-delà avec lequel nous communiquons incompréhensiblement par la poésie, par “l’esprit”, par une interprétation de la réalité.

[…] Le théâtre est fait pour apprendre aux gens qu’il y a autre chose que ce qui se passe autour d’eux, que ce qu’ils croient voir et entendre, qu’il y a un envers à ce qu’ils croient l’endroit des choses et des êtres, pour les révéler à eux-mêmes, pour leur faire deviner qu’ils ont un esprit et une âme immortels.

Comment? de quelle façon? Ceci ne me regarde plus, ou plutôt cela me regarde, mais en tant qu’intermédiaire.

Au moins le théâtre est fait pour se mystifier soi-même et les autres; j’entends non pas abuser de la crédulité pour l’amusement, mais créer la contemplation, l’extase, la méditation, pour s’initier aux mystères qui nous entourent et que nous portons en nous ».

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