L’hommage de Marc Spilmann à Daniel Martin


J’ai rencontré Daniel Martin en 1967 au lycée Paul Langevin de Suresnes (Hauts de Seine) où nous suivions des études normales en compagnie de Jean-Pierre Jacovella, dit Jaco. Nous y avons traversé allègrement l’année 1968 et ses fameux évènements en classe de 3ième. Dans le même temps, ayant appris l’existence d’un cours d’Art Dramatique municipal à Puteaux, nous nous y sommes inscrits naturellement. Le cours était dirigé par François Florent. C’est dans ce contexte que nous avons fondé un Cercle Théâtral à « Popol » (appellation familière du lycée Paul Langevin). Nous y avons monté « Les Bâtisseurs d’Empire » de Boris Vian, (Le Shmurtz) où Daniel jouait Le Shmurtz, et Woyzeck de Georg Büchner où Daniel jouait Woyzeck. Pas de metteur en scène, tout en autogestion. Dans le même temps, pour gagner un peu de sous et pour profiter du buffet qui clôturait les spectacle, nous faisions de la figuration et des petits rôles dans les opérettes produites par le Théâtre des Hauts de Seine de Puteaux (Le Grand Mogol, Les vingt-huit jours de Clairette, Rêve de valse … un répertoire grandiose). Ce sont les racines de l’histoire; sur la lancée, autant continuer…

Après quelques années au Cours Florent, rue Rodier à Paris, Daniel et Jean-Pierre ont «fait» la Rue Blanche, et moi je suis parti au Théatre-école de Reims (Robert Hossein, François Florent, Jean-Louis Martin-Barbaz).

Nous avons été admis au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique en 1974. C’était l’ époque du « Nouveau Conservatoire » sous la direction de Jacques Rosner, avec des profs comme Pierre Debauche, Antoine Vitez, Marcel Bluwal, et Jean-Paul Roussillon. Un moment de grande ouverture qui nous a permis de monter un spectacle dès notre première année: « Le Loup Garou » de Roger Vitrac. Après le Conservatoire, chacun a suivi son parcours. En fait, Daniel et moi, sommes restés dans un échange permanent et ne nous sommes jamais quittés, sauf maintenant. Je l’ai assisté à la mise en scène de «Mariages» de Gombrowicz au Théâtre National de Chaillot en 1984. La partition extraordinaire était de Bernard Cavanna, et les décors stupéfiants de Michel Launay. J’y jouais, aussi en compagnie d’une distribution formidable. J’ai encore assisté Daniel pour « La Confession Impudique » de Tanizaki , un opéra composé par Bernard Cavanna, toujours dans des décors de Michel Launay, à Nanterre, Gennevilliers et Strasbourg. Nous avons joué ensemble dans L’Opéra de quat’sous, qu’avait monté Charles Tordjman en 1995, et dans « Poeub » de Serge Valetti Sous la direction de Michel Dydim en 2006. Daniel avait le don particulier de créer et de maintenir un lien entre les personnes, en dehors de toute notion de hiérarchie. C’était un peu comme s’il connaissait tout le monde, et que tout le monde le connaissait. Mais chaque relation était particulière. Le passé est parfois fulgurant quand il retombe d’un coup. C’est ce que je ressent à présent, et c’est douloureux. Je me souviens de cette scène dans « Angels in America », à Aubervilliers, où Daniel jouait un politicien de droite atteint du SIDA qui parvenait, sur son lit de mort, à apitoyer une sénatrice de gauche et à lui faire chanter un hymne nationaliste américain. A la fin de la chanson, il se redresse et se marre, heureux de l’avoir bien eue. C’était qu’une blague. Cette fois-ci, ce n’en est pas une.

Marc Spilmann

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