Madeleine MARION est partie.


Je lui rends hommage et je témoigne.
Madeleine m’a donné le courage qu’elle a exigé de moi, ce courage et cette force de devenir une Femme de théâtre. Avec cette liberté, a moins que ce soit ce devoir, de ne pas s’installer dans la séduction, de chercher là où nous ne savons pas, où ca fait peur où ça peut être sombre, rauque, strident, brûlant, moche mais profond  grand, universel  et généreux.

Elle était Amour Madeleine, de cet « amour qui aime les choses difficiles » comme disait Aristophane, pas un amour mièvre.
Elle n’aimait pas les petits sentiments et bousculait notre vocabulaire, Madeleine.
Quand elle parlait du travail sur le plateau : « joli, » prenait le sens de «  petit » ; « gentil » signifiait « sans intérêt » ; et  si c’était  plaisant, c’est que c’était  « chiant » . Mais  toujours « Formidable… ».
Et si par malheur nous devenions conventionnels, elle se détournait ne pouvant plus rien pour nous. Sur le plateau, il fallait être Fou, dérangé, fort et fragile, digne mais jamais brave, faible ni feignant .

En classe avec Madeleine, nous partions en expédition, devenions explorateurs. Au conservatoire, j’ai eu la chance de faire partie de l’expédition Victor Hugo puis de l’expédition Claudel :
Nous nous embarquions tous à l’aventure, on ne devait pas savoir où :le doute était notre arme de liberté, de joie et de folie.
Oui, elle nous armait et elle nous aimait Madeleine.
A l’aventure ! Avec le poète, nos doutes, les copains, les copines,  un bout de tissu, nos personnages  et cette grande dame- lampe torche, éclairant  tout à coup une phrase pour en sortir le sens, agitant ses grands bras, débroussaillant  le terrain devant nous, nous nourrissant de la préface de Cromwell et autres fulgurances théâtrales.
Il fallait que quelque chose se passe et nous ne savions pas quoi…
Parfois l’une ou l’un d’entre nous, partait ailleurs, prenait violemment une autre direction, et nous savions tacitement qu’il fallait l’aimer, l’éclairer, que ca allait arriver, c’était notre nourriture, un régal.
Avec Madeleine, la rencontre entre le texte et l’acteur devait avoir lieu chez chacun, de manière organique et mystérieuse, physiquement, violemment, il le fallait.
C’est cette force, ce courage, cette exigence, cet amour des choses difficiles qu’elle m’a transmis et qui m’ont permis d’être la femme de théâtre que je suis aujourd’hui. Et en voyant l’amour dans les yeux de vous tous qui l’avez connue, je sais que nous sommes beaucoup, un peu partout, à être ses artisans.
Merci Madeleine, pars sereine, nous transmettrons !

Elodie Chanut     lui écrire

Réactions

  1. 29/03/21010 – Merci à Elodie Chanut de ce bel hommage. “L’amour des choses difficiles” en nos temps efficaces de contrat-performance est le mot juste qui me touche le plus. Madeleine n’a pas été mon professeur, mais elle compta dans le jury qui me fit entrer au conservatoire en 1981, je le sais. Ensuite j’ai joué quatre spectacles avec elle, partenaire magnifique dont la voix résonne en moi pour longtemps.
     Christian F. Cloarec

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