Marie DUBOIS (promo 1958)


La comédienne s’est éteinte ce mercredi 15 octobre 2014, à l’âge de 77 ans, à Lescar, près de Pau. Ses obsèques Ses obsèques auront lieu la semaine prochaine à Ville-d’Avray,.

 

La blonde Marie Dubois fut longtemps un des soleils du cinéma au cœur des Français. Elle symbolisait la jeune française populaire sans vulgarité, jolie mais accessible, rayonnante solaire, jeune et heureuse, simplement simple.

Claudine Lucie Pauline Huzé voit le jour à Paris, le 12 Janvier 1937. Petite fille de français moyens sans grandes histoires à raconter,  son papa est comptable, sa maman secrétaire. Elle aura, comme toutes les petites filles de sa génération, l’enfance entachée d’occupation.

Elle est presque adolescente quand la France peut se permettre d’oublier enfin les privations des années de guerre, les gravats déblayés, les morts comptés, les tickets d’alimentations périmés et les films américains enfin distribués. L’avenir est à l’optimisme et Claudine veut être comédienne.
Elle suivra les cours de la rue Blanche,  puis du Conservatoire national supérieur (promo 1958), puis elle débutera au théâtre, ensuite la télévision  sous son vrai nom.

Il est de coutume de dire que c’est François Truffaut le premier qui l’a repérée. Or, lorsqu’il la convoque pour un bout d’essai resté célèbre, elle a déjà tourné un petit bout de rôle pour Eric Rohmer dans Le Signe du Lion avec la belle Michèle Girardon.

Si les essais que fit Marie Dubois pour Truffaut restent célèbres, c’est que non seulement ils sont  toujours visibles mais qu’ils nous montrent une petite parisienne ravissante, sportive mais « coiffée » qui manque de s’évanouir lorsque Truffaut lui demande de se conduire comme une chiffonnière et de l’insulter copieusement. La jeune fille en est incapable, au bout de cinq minutes, relle réussit à lancer le mot « con » comme Laurel lance une tarte à la crème à la tête d’Hardy!

  Voir Le bout d’essai de Marie Dubois, avec François Truffaut

Truffaut l’engage et la rebaptise d’un nom « le plus simple possible », sans doute en hommage déguisé à Claudine Dupuis. Elle tournera pour lui dans Tirez sur le pianiste et Jules et Jim.
Deux courts rôles, qui la rattacheront à la « nouvelle vague ». Ce qui ne l’empêche pas de travailler dans le cinéma de Gérard Oury ou de Gilles Grangier pour donner la réplique à Bebel, Louis de Funès, Fernandel ou Bourvil! Pour Marie une seule chose compte: L’envie de faire le film! Et chemin faisant elle tournera pour une série de metteurs en scène propre à rendre n’importe quelle actrice française malade de jalousie! Elle tournera entre autres pour Truffaut, Rohmer, Resnais, Molinaro, Godard, Granier-Deferre, Grangier, Oury, Enrico, Lautner, Malle, Vadim, Sautet, Verneuil, Japrisot, Doniol-Valcroze, Chabrol, Corneau et même René Clair. Qui de sa génération peut dire mieux ou aussi bien si ce n’est Catherine Deneuve et peut-être Bernadette Lafont?

D’autant que l’on peut ajouter à cette prestigieuse liste le nom de l’illustre Luchino Visconti qui la dirige dans son dernier film « L’Innocent » en 1976.

En 1961 elle se marie avec Serge Rousseau qui fut lui-même acteur avant d’être agent de comédiens. Le couple aura une fille, Dominique, et c’est tout ce qu’il y aura à dire sur la vie privée de Marie Dubois, une des actrices françaises les plus sollicitées durant trois décennies.

Pourtant cette femme qui irradie de bonheur et de simplicité franche est une femme en sursis. Sur son premier tournage pour Truffaut, Marie Dubois se sent mal. Ce sont les premiers symptômes de la sclérose en plaques.

D’abord anéantie par la nouvelle, la jeune femme qui n’a pas 25 ans et dont la vie commence à peine, refuse purement et simplement le diagnostic et se jette dans la vie comme si rien ne s’était passé, comme si rien n’avait été dit, diagnostiqué.

La sclérose en plaques est une maladie très particulière qui peut laisser le malade qui en souffre tout à fait tranquille des années durant entre deux crises. Des crises qui frappent n’importe où n’importe comment, sans raison, sans symptômes annonciateurs et qui laissent chaque fois le malade un peu plus diminué jusqu’à la crise suivante qui viendra le lendemain, dans un an, dans dix, mais qui viendra. inéluctablement et à un rythme de plus en plus soutenu.

Marie Dubois va avoir la chance inouïe de vivre vingt magnifiques années avant que la maladie ne se rappelle à son mauvais souvenir.

20 années à vivre heureuse avec son mari,et avec sa fille, à faire le métier qu’elle adore.

En 1977, Marie Dubois tourne un second rôle pour Alain Corneau dans son film La Menace dont les vedettes sont Carole Laure et Yves Montand. Sa prestation lui vaut le César de la meilleure actrice dans un second rôle. Sa joie est immense et ce César restera cher à son cœur et en bonne place sur sa cheminée car il lui vient de ses pairs.

Mais entre le tournage de Corneau et la soirée des Césars, le mal est revenu frapper l’actrice.

Elle va désormais vivre dans la crainte de se réveiller chaque matin diminuée par une crise. Sa bonne santé est irrévocablement condamnée, elle le sait et c’est inéluctable.

En 2001 l’actrice annonce publiquement sa maladie dont les crises se sont rapprochées et s’intensifient. Dans son drame elle a la chance de ne pas avoir la vue et l’élocution qui se brouillent comme c’est souvent le cas.

En 2002, elle publie ses mémoires, sous le titre J’ai pas menti, j’ai pas tout dit.

La vie n’en a pas fini . En 2007, Serge Rousseau meurt, la laissant veuve après 46 ans de mariage.

Marie quitte alors Paris et s’installe à Pau pour se rapprocher de sa fille Dominique. Clouée dans son fauteuil roulant, en sursis perpétuel, Marie Dubois reçoit les honneurs qui lui sont dus. Faite officier de la légion d’honneur en 2013, elle reste une femme active, certes plus dans le cinéma mais dans la reconnaissance de la maladie qui peu à peu la détruit. « Faire bouger les choses » c’est son credo.

Le 15 Octobre 2014, la maladie avait raison d’elle , Marie s’éteignait, veillée par sa fille Dominique.

Voir l’article sur lemonde.fr
Voir l’article du Figaro.fr
Voir le blog dans cinevedette

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