Mot de reconfinement


Chères comédiennes, chers comédiens, artistes, amis et amies de Rue du Conservatoire,

 

Encore une fois, les temps sont rudes. L’inquiétude du premier confinement a laissé une brève bouffée d’air, les théâtres, après six mois de fermeture forcée, rouvraient tout juste quand leur fermeture a été annoncée à nouveau. Aujourd’hui, la situation est nouvelle, inédite : un temps d’incertitude, de reports réitérés, d’attente, toujours.

Les nouvelles, terribles, s’abattent. Nous avons perdu ces dernières semaines beaucoup d’être précieux : pour certain·e·s c’étaient des amis, des proches, des intimes ; pour d’autres des camarades de promotion ou de plateau, des pédagogues ou des metteurs en scène. Pour toutes celles et tous ceux qui les ont vus, eux et leurs œuvres, ce sont des artisans, des symboles de notre théâtre qui disparaissent.

Nos théâtres ferment, nos écoles, nos conservatoires composent autant que possible avec l’absence, nos lieux se débattent pour exister autrement. Leur équilibre financier est menacé, et leur vocation entravée. Le public manque, le dialogue, la rencontre, l’échange manquent. Notre Conservatoire l’a annoncé, il n’accueillera pas de nouvelle promotion cette saison. Le classement de ses murs, annoncé tôt l’an dernier, reste encore sans suite.

L’inquiétude de la maladie est présente : les réunions sont difficiles et les répétitions – bien que cette fois autorisées – sont trouées par des absences soudaines. Un membre de l’équipe est malade, cas-contact ou à risque. Et le risque est là pendant ces répétitions sisyphéennes, où la proximité est à proscrire, où la perspective du plateau reste hypothétique. Le présent s’improvise une présence singulière, d’une texture faite de soustraction. Un présent d’obligation, celui d’une anticipation sortie de ses gonds.

Les temps sont d’une rudesse rare.

 

Pourtant tout se poursuit, toujours.

Cet après incertain, mais qui ne pourra pas ne pas advenir, nous le préparons.

Des voix surgissent, précieuses, pour dire ce que nous sommes, ce qui constitue notre nécessité. Je pense à celle de Robin Renucci, à celle d’Ariane Ascaride. Il faut les entendre, les partager : elles sont un premier baume.

L’activité, l’urgence de dire cet intense qu’on ressent, la résolution à être, cela ne s’arrête pas. Cela fourmille.

Nos cahiers restent ouverts pour partager vos dire, vos lire, vos voir et vos entendre.

L’on recompose avec ce temps troué pour l’habiter boiteusement. Une certaine consolation est de se savoir tous et toutes boitant, quand c’est notre sol commun qui tangue. Pour retrouver l’équilibre, communément, il faut se tenir, les uns les autres. Se soutenir. Quand on le peut, se porter. Sentir le présent et scruter l’arrivant.

Vos demandes de soutien sont toujours bienvenues, de même que vos dons. Et nous tenons à remercier toutes celles et tous ceux qui ont soutenu l’association par leurs dons : ils ont permis de soutenir plusieurs adhérents et plusieurs adhérentes dans des moments importants ; ils ont permis de mettre sur pied ce nouveau site, qui nous réjouit par sa vocation à vous servir. Merci à vous. Et merci aussi pour vos adhésions, qui représentent la principale ressource de l’association pour mener à bien ses différentes actions, notamment dans ces moments où nous sommes tous et toutes mis·es à l’épreuve. Nos excuses pour celles et ceux qui ont pu recevoir une relance automatique, procédé bien froid dans ce temps où nous aurions besoin de chaleur humaine, mais que nous n’avions pas pensé à désactiver, ni même à simplement reformuler.

Comme nous le pouvons, nous cherchons à tisser de l’ensemble.

Notre Assemblée Générale, repoussée déjà, doit se tenir à la Mairie du 9e arrondissement, qui nous prête une magnifique salle, le Conservatoire ne pouvant pas accueillir de public. Ce sera le 7 décembre, à partir de 19h. Si, malheureusement, le confinement devait se prolonger, nous vous enverrions dans tous les cas un courriel plus touffu que ce mot, des mots des membres du conseil d’administration, sur les activités de l’association, la rocambolesque histoire de cette AG sans cesse reportée, des regards sur le présent et sur ce qui vient. Nous ferons notre mieux pour que quelque chose de la joie de se retrouver parvienne au travers de nos lignes.

Mais, déjà, les choses continuent. Un partenariat avec Artcena, désiré mutuellement de longue date, va enfin trouver sa concrétisation. Elle se fonde sur ce contexte, et autour des textes lauréats de l’aide à la création : nous allons enregistrer des extraits de plusieurs textes, pour leur donner une première vie. Ce sera là une activité liée aux Lectures Vagabondes, très vivaces suite à la création d’un comité de Lecteures.

Si cela vous intéresse, si vous voulez vous impliquer dans le travail de l’association sur les écritures contemporaines, la voie est libre (le champ est ouvert) pour rejoindre les LV. Lecteurs et lectrices volontaires y seront accueilli·e·s avec enthousiasme.
Partager ensemble ces instants  sera l’occasion de nous retrouver, de nous réchauffer.

Nous allons aussi saisir ce contexte pour poser les premières pierres d’un projet orienté vers les jeunes compagnies : l’Embrayeuse. Pour mettre en avant le dialogue entre les artistes de l’association aux différentes étapes de leur parcours, nous voulons proposer à quelques jeunes adhérent·e·s de les mettre en lien avec un ou une aîné·e pour les aider dans leurs premières démarches administratives : création de leur structure, dialogue autour d’un projet de création depuis ses premiers jours et jusqu’à son exploitation. Ce soutien serait humble : des conseils, des astuces, un échange. Mais, par expérience récente, je sais que la solitude dans les premiers projets est un des plus forts freins pour oser créer, oser franchir les seuils de la professionnalisation. Je serai personnellement en dialogue avec la première compagnie que nous accompagnerons. Et je lance donc ici un double appel : si vous êtes un·e jeune artiste adhérent·e de l’association et que cette idée de dialogue vous intéresse, contactez-nous ! Si vous avez déjà traversé, même récemment, les méandres de l’administration et de la production, et que vous vous sentez armé·e pour accompagner une jeune compagnie dans ses premiers pas, contactez-nous! Nous vous mettrons en lien, et chercherons à mettre en valeur ces projets avec les ressources de l’association : les Lectures Vagabondes, le Label, qui font sa force depuis les premiers jours.

Et car ces activités continuent à vivre à travers ce contexte ! Basile Bernardt de Bodt, qui avait initié l’an dernier l’atelier « Créer Malgré Tout », est aujourd’hui en répétition avec cette équipe pour une création collective intitulée Encore un peu humain, qui mûrit patiemment et poursuit son travail de diffusion.

Nous voulions mettre en place un training collaboratif dans la salle Châteaudun, mise à notre disposition par la Mairie du 9e arrondissement. Tant que cela est impossible, nous pourrions envisager des rendez-vous par petits groupes en distanciel  pour des séances de travail sur des outils qui se passent du plateau : dramaturgie, analyse de texte, partage d’expérience sur la façon de travailler son rôle, d’apprendre son texte, etc. Là encore, si cette perspective vous intéresse, contactez-nous, et nous nous organiserons pour rendre ces rendez-vous possibles, confortables si nous le pouvons, et à n’en pas douter bénéfiques.

 

Telles sont quelques perspectives que nous avons évoquées, et qui se mettent en place, progressivement ; mais si vous aussi vous avez des envies, des idées, des projets que vous voulez voir exister, des prétextes à créer du lien et du partage, formulez-les nous ! Nous vous aiderons à les mettre sur pied, certains et certaines que cela, né de votre envie, apportera également à ceux qui y prendront part.

Face à la rudesse de ces temps, nous devons redoubler de tendresse, d’un dru désir de réunion et de partage, pour remettre de notre propre vouloir dans ce présent imposer, lui redonner un peu de son sens, et un peu de sa chair.

 

Là encore, il ne s’agit que de baume. Mais si ce baume, d’une manière ou d’une autre, peut apaiser certaines brûlures faites par la neige de nos jours déchirés, alors cet apaisement sera un bienfait bienvenu.

 

Au nom des administrateurs et administratrices de Rue du Conservatoire,

Avec notre soutien, notre empathie, et notre tendresse réaffirmées

Avec, surtout et toujours, la hâte de se retrouver,

Marceau Deschamps-Ségura
Président de Rue du Conservatoire

 

Pour déposer vos propositions et vos réflexions sur notre site https://www.rueduconservatoire.fr/, si vous êtes adhérent-e écrivez un article dans votre espace membre en sélectionnant la catégorie «les Cahiers», sinon, écrivez-nous à info@rueduconservatoire.fr.

 

 

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