Nagisa OSHIMA


Réalisateur notamment de L’Empire des sens, qui déclencha un scandale mondial en 1976, Nagisa Oshima est mort, le 15 janvier 2013, d’une pneumonie, à Tokyo. Il avait 80 ans (Vidéo)

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Nagisa Oshima :
l’homme en colère du cinéma japonais
Le Monde.fr | 1Par Thomas Sotinel

Réalisateur de L’Empire des sens, qui déclencha un scandale mondial en 1976, de Furyo, qui donna en 1983 son plus beau rôle de 
cinéma à David Bowie et, plus tôt de Contes cruels de la jeunesse (1960), qui fit de lui le fer de lance de l’avant-garde cinématographique japonaise, Nagisa Oshima est mort, le 15 janvier, d’une pneumonie, dans un hôpital des environs de Tokyo. Il avait 80 ans.

Enfant de la guerre – il est né le 31 mars 1932 –, Nagisa Oshima entre en 1956 à la Shochiku, l’un des grands studios japonais, “par hasard”, de son propre aveu,“sans envie particulière de faire du cinéma”. Toute sa carrière sera pourtant marquée au sceau du désir.


En 1960, Contes cruels de la jeunesse, qui dépeint quelques personnages à la dérive dans un 
Japon reconstruit, quasi-amnésique, fait croire à l’apparition d’uneNouvelle Vague japonaise, ce qu’Oshima réfute avec véhémence. Il est trop indépendant pour se réclamer d’une quelconque affiliation.

En 1961, alors que le pays est parcouru d’une effervescence politique qui débouche parfois sur la violence, il réalise Nuit et brouillard au Japon, directement inspiré du bouillonnement du milieu étudiant. La Shochiku refuse de distribuer le film, Oshima démissionne du studio – un geste d’une grande violence dans le Japon de l’époque – et poursuit, en dehors de toute structure, son chemin singulier.

Il faudra attendre la décennie 1970 pour que la France et l’Europe découvrent vraiment Oshima. En attendant, le jeune réalisateur enchaîne des films durs, désespérés, lucides, qui prennent de front les angoisses et les fantasmes du Japon contemporain. Les Plaisirs de la chair (1965) analyse froidement, en noir et blanc, la décomposition des valeurs familiales et patriarcales, Pendaison (1968) est une charge contre la peine de mort.

Parallèlement, Oshima réalise des documentaires pour la télévision, filmant l’Asie déchirée par le conflit indochinois, secouée par le maoïsme.  En 1970, La Cérémonie poursuit cette œuvre de remise en cause radicale, sous couvert d’une chronique familiale.

Cinq ans plus tard, Nagisa Oshima entreprend un film, L’Empire des sens, inspiré d’un fait divers célèbre des années 1930. L’histoire de Sada Abe, la servante qui castra et tua son patron et amant, devient devant sa caméra un rituel érotique d’une rigueur implacable. Présenté au Festival de Cannes, le film déclenche les foudres des censeurs à travers le monde. Il n’y a qu’en France qu’il peut profiter de sa réputation sulfureuse sans entraves. De Bruxelles à New York, le film est interdit. Au Japon, il n’a jamais été exploité dans sa version intégrale.

L’Empire des sens a été produit par le Français Anatole Dauman, une collaboration qui se poursuivra avec L’Empire de la passion (1978). Cinq ans plus tard, c’est avec un Britannique, Jeremy Thomas, que Nagisa Oshima s’acoquine, pour Furyo (1983), signe de l’affaiblissement industriel du cinéma japonais. Récit de l’affrontement entre deux officiers, un geôlier japonais et un prisonnier britannique, incarnés par deux rock stars (Ryuichi Sakamoto et David Bowie), avec dans le rôle d’un sergent brutal, le jeune Takeshi KitanoFuryo est un succèsinternational. Ce sera le premier et le dernier pour Nagisa Oshima.

En 1986, il fait équipe avec deux anciens collaborateurs de Buñuel, le scénaristeJean-Claude Carrière et le producteur Serge Silberman, pour Max mon amour, qui dépeint les amours d’une bourgeoise parisienne (Charlotte Rampling) et d’un chimpanzé. Le film est un échec commercial, dont le cinéaste ne se remettra jamais tout à fait. Il ne parvient pas à mettre en chantier son grand projet,Hollywood Zen, une biographie de l’acteur américano-japonais Sessue Hayakawaet en 1996, il est victime d’un accident vasculaire cérébral qui le contraint à se déplacer en chaise roulante.Il parvient toutefois à réaliser Tabou, présenté au Festival de Cannes en 2000. Il aborde de front le thème de l’homosexualité, en mettant en scène un groupe de samouraïs à la veille de l’ère Meiji. Ce sera son dernier long-métrage. Nagisa Oshima apparaissait fréquemment sur les écrans de télévision. Il laisse également de nombreux écrits. Un recueil avait été publié par les éditions desCahiers du cinéma.

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