Souvenirs

2014-08-15
Caroline


 
J’étais sur cette route splendide de Bourgogne le 18 juillet et je t’ai laissé ce message Caroline, en t’engueulant - le ton de notre complicité - pas de nouvelles et que fais-tu ? Tu ne m’aimes plus…etc.  Toutes ces bêtises…J’étais sur la « route des vins », je suis passée devant le château de Cormatin, je l’ai pas vu parce qu’on ne le voit pas de la route et que je roulais vers ma fille …  Je pensais très fort à toi et à vous Jean-Michel sur cette route des vins de Bourgogne avec tous ces châteaux, c’était beau, splendide même…

Je savais pas. Tu t’es bien gardée de me dire ce qui se passait, Caroline, et je ne t’ai pas encore donné le disque de Bourvil où il y a la chanson « Caroline » … Pourquoi fallait-il que tu rassures tout le monde comme ça ?

Si bien que je t’ai choisie comme assistante sur ma mise-en-scène l’année dernière et alors…je t’en ai fait baver… Tout le monde t’adorait évidemment, et tu filais arrondir les angles à tout bout de champ, toi avec ton élégance, ta douceur, ton sourire et tout ça qui fait que je t’appelais « la princesse du 18ème »… J’espère que ces moments ont été heureux malgré tout, ces clopes fumées avec Jean-Pol Dubois dans mon dos, j’espère que c’était chouette, que j’avais bien raison d’être jalouse. Moi dont tu savais que jamais je ne te déguiserais la vérité…Avec qui t’aurais pu te fâcher 20 fois, mais que tu l’as pas fait… T’as pas gagné un rond sur ce spectacle, t’as même pas eu ton nom sur l’affiche, t’as même dû signer un truc pour dire que t’existais pas… bordel… mais ça nous a rapprochées un peu plus. Tu as pas maitrisé internet ni les plannings, mais t’étais là, fidèle au poste et me disant tout ce que tu penses à tout bout de champ, malgré mon interdiction.

Il y a quelques jours, le jour où j’ai appris la nouvelle, j’ai vu un film qui s’appelle Boyhood, et je pensais à toi à chaque seconde, le cinéma, porter un verre à mes lèvres, les biscuits sprits que tu aimais bien , ta gourmandise… et dans ce film il y a une scène où la mère voit partir son fils heureux, pour le campus, la fac, c’est aux states.. et elle craque parce qu’il est heureux de partir, elle dit les étapes de sa vie, et que la prochaine ce sont ses funérailles, et tout le monde rit dans la salle, et son fils lui rétorque avec un bon sourire qu’elle vient de faire un saut de 40 ans dans l’avenir…Il est très beau le garçon et je pensais à Louis…

 Et j’espérais que les garçons partent avec leur carton dans les bras au volant de leur pick-up et qu’ils vivent avec les forces qu’on leur donne et je sais que Caroline ton fils, je me disais que toi, c’est toi qui pars mais que une chose est sûre et certaine sans vouloir parler à ta place, toi Caroline la mère que tu es, tu veux d’abord qu’il soit heureux, même si tu t’en vas.

Moi, je suis pas contente et je t’en veux, mais ça c’est l’amitié.

Je t’aime ma Caroline, compter sur toi on pouvait,  tu m’as donné beaucoup, et je me sens toute minuscule en vivante. J’espère que tu voyages maintenant, j’espère que tu vois aussi tout ces gens qui t’aiment, et que tu en retrouves… et j’espère que tous ces amours t’ont portée comme une vague

Cette maladie, tu n’as pas voulu en parler, ça ne t’intéressait pas, tu craignais tant d’ennuyer le monde, tu nous laisses en mémoire ton sourire et tes yeux magnifiques à jamais, et j’arrive pas à finir ce texte, parce que c’est pas fini… la mort surgit comme ça comme un grossier personnage , elle entre pas dans la bonne pièce, elle coupe la parole, elle n’a aucun savoir-vivre.

L’amitié est plus forte. Elle empêche rien peut-être, mais elle finit jamais.
Odile Roire

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