Souvenirs

2015-05-11
1977-1980

Pas d'image

Comme un gaucher

Je dirais que ce ne furent pas les trois plus belles années de ma vie, loin de là. Mais parmi les plus fructueuses sûrement. Comme mes premières années de vie ; comme mes années d'apprentissage de l'écriture  j'ai pris ça en gaucher, un peu en symétrie inversée, et du coup ce fut souvent brouillon, et froissé : quelquefois rudement. Car cette belle école était rude aux maladroits. A la mesure de ce qu'ils lui demandaient : réveler leur beauté, en pleine lumière, leur aisance, leur espace, permettre leur survie parfois. Mais dans l'auberge espagnole, il fallait s'amener. Bien sûr j'ai bénéficié de la présence des Grands Artistes Décentrant ( tout!), qui arrivaient avec leur large et énorme espace de conviction, sur le mode écoute attentive, pour nous enseigner l'art et la manière de se dé-placer... Malgré mes efforts et l'aide, explicite ou modèle, des camarades, devenus (ou pas) copains, Bruno, Sophie, Robin, Dominique, Agnès, Didier, Jean-Pierre, Nicole, Ariane, Elisabeth, Christine, Marc, Marie, malgré ces beaux et fraternels regards, ces saines émulations, rivalités (vacherie parfois) ... je ne me suis pas «amené» ces années là. Il faut dire que l'école était un peu schizophrène : les deux faces de la médaille du théâtre y étaient en réunion agitée, en lutte, l'une ancienne, patinée d'usage, presque effacée par les marchandages, l'autre sonnante, neuve et rugueuse, au relief accrocheur de sens et de lumière... J'avais également en moi (comme beaucoup de jeunes comédiens) deux faces inconciliables, ça entravait l'apprentissage du galop : je m'épuisais à tenter l'impossible lien... mes Deux Orphelines l'étaient vraiment , et doivent errer encore dans les couloirs. Mais c'est aussi une école qui aime les gens qui prennent des risques : démissionner, repasser le Concours d'entrée....Elle m'a accueilli les deux fois. Merci. Un peu plus tard, un peu trop tard, après mon expérience de vidéaste en entreprise, j'ai capté une lumière moins centrale, mais assez révélatrice et chaleureuse dans mon aventure de Compagnie en région. A l'Ecole, j' ai appris deux choses qui m'ont quand même beaucoup servi : qu'en art on peut tout se permettre et qu'il peut servir aussi à rendre la vie... plus intéressante que l'art. J'ai vécu ça, de spectacles en tournées, et essayé de le passer dans d'autres quartiers et rues que celle du Conservatoire. Quelques petits cailloux de mon parcours. Mais on n'échappe pas à son destin, quelques concours plus tard, je suis rentré (encore !) au conservatoire, professeur et maintenant directeur d'un CRD de Musique et de Danse (pas encore de théâtre, ça vient). Je fais tout pour que les élèves s'y sentent .Bien.  En juin dernier, j'ai vu aussi au Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique de Paris beaucoup de beaux, bons, élèves-comédiens, qui se sentent bien, et le font bien sentir.
José RICHAUD

Pas de galerie

Pas de commentaires