Paulette DUBOST


La comédienne Paulette Dubost, qui avait eu 100 ans en octobre dernier et avait joué dans plus d’une centaine de films, est décédée mercredi 21 septembre 2011. Elle sera incinérée au funérarium de longjumeau, mercredi 28 octobre à 14h15 et ensuite conduite aux ULIS

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Hommage d’Alain Riou
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sur teleobs.nouvelobs.com (26/9/11)
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Paulette Dubost: 100 ans, 250 rôles, 3 carrières et un immense talent

Quand on étale son existence sur plus de cent ans, on ne peut pas avoir eu une seule vie. Paulette Dubost, née en 1910 et qui vient de rendre sa belle âme à 10 jours de sa cent-unième bougie a connu trois carrières, toutes trois marquées plus ou moins fortement, par Jean Renoir

La première, longue de 27 ans, n’a guère laissé de traces, hélas! Elle aurait constitué un témoignage épatant sur le show business à la française, si riche entre les deux guerres. Tout, dans sa naissance, invite Paulette Dubost à monter sur les planches. Sa famille est à la fois traditionnelle et excentrique, avec un père ingénieur du gaz, et une mère chanteuse à l’opéra comique. C’est dire que nul ne contrarie sa précoce vocation, quand elle demande à devenir petit rat, à 7 ans. Sept ans plus tard, encore gamine, elle est remarquée sur la scène de l’opéra par le trop célèbre Alexandre Stavisky, financier alors, et pas encore escroc. Elle change bientôt de foyer, passe à celui des Bouffes-Parisiens, puis aux Folies-Wagram. Elle a du chien, de l’esprit, cet air de bonne fille qu’adore le public, et un naturel dans la diction en ce temps là exceptionnel. Détails curieux: cinq ans avant ses vrais débuts au cinéma, elle accepte, à 15 ans, ce qui sera la seule panouille de sa vie. Elle est figurante dans un film : “Nana”, de Jean Renoir.

Mais le cinéma devient parlant, et se met à rechercher partout ces perles rares: de jolies filles qui parlent juste. Commence pour Paulette une longue litanie de 45 films, sur plus de 150 que comptera au final son CV. Incroyable activité, qui la voit au générique de 11 films en 1932, 10 en 33, et encore 8 l’année suivante. C’est dire que la soubrette est très demandée, car elle s’est déjà faite une spécialité de l’emploi, mais pas forcément en haut lieu. On ne peut pas dire que les grands réalisateurs se l’arrachent, et s’il ne faut citer qu’un titre, on choisira “Georges et Georgette”, de Reinhold Schünzel, qui n’est autre que la première version de “Victor-Victoria”.

Puis un jour, c’est le miracle: un grand auteur, Jeanson, écrit pour elle, un grand metteur en scène la dirige : “Hôtel du Nord” est un triomphe, qui rejaillit même sur les petits rôles. Les meilleurs du cinéma la voient, et Renoir, qui la redécouvre, l’engage.

Il y a certains rôles qui sont des trésors, mais cachés, différés, comme des placements artistiques. Tout le monde sait aujourd’hui que “La Règle du jeu” fut, à quelques jours du déclenchement de la seconde guerre mondiale, un cuisant échec. Mais aucun conflit ne peut enterrer les vraies réussites, et la ressortie, quelques années après la Libération de la “Règle du Jeu”, stupéfie le cinéma par sa jeunesse, sa liberté et sa vivacité. Trois qualités qu’incarnent au maximum, et à elle seule, notre Paulette. Alors qu’elle n’est que la suivante de la marquise, dans cette féroce et frénétique “vie de château”, on ne voit qu’elle. Elle est la véritable star d’un film qu’elle a tourné dix ans plus tôt, et désormais, ce sont les plus grands noms parmi les réalisateurs qui font appel à elle: Duvivier, Ophuls, Preston Sturges, Renoir lui-même qui la retrouve vingt ans plus tard à l’occasion du “Déjeuner sur l’herbe”, font de sa filmographie quelque chose de solide.

Cette seconde carrière dure vingt ans, et, insensiblement la coquette prend de l’âge. Preuve de son talent, elle survit à l’épreuve, et son visage ne lui permettant plus d’être la plus délicieuse soubrette du cinéma, elle se recycle dans la composition. Dès lors, ce sont les Renoiriens, les admirateurs du plus grand metteur en scène français qui font appel à elle, parce qu’elle est excellent actrice, et parce qu’elle est le plus beau souvenir vivant qu’ait laissé leur maître – et qui, éventuellement, aurait pu glisser quelques secrets utiles à son interprète.

On la retrouve donc chez Louis Malle (admirable “Milou en Mai”), chez Truffaut (“Le Dernier métro”), chez ces grands méconnus que sont Pierre Tchernia (“La Gueule de l’autre”), Philippe de Broca (“Tendre Poulet”), Remo Forlani (” Juliette et Juliette”).

En tout, au théâtre (11 pièces), au cinéma (150 films), à la télévision (67 titres), Paulette Dubost a incarné près de 250 personnages, en comptant le nombre de rôles qu’elle endosse dans des séries comme “Maigret”) à moins qu’elle n’ait été 250 fois elle-même. On aura noté que jamais aucun prix n’a récompensé son travail. Mais il est juste de rappeler que le festival de Cannes 1989, pour le cinquantenaire de “La Règle du jeu”, lui a rendu un hommage qui a tourné au plébiscite.

Dernier point, avec Paulette Dubost, c’est une grande page du cinéma qu’on aime qui se tourne mais aussi une page de notre Histoire : celle des prénoms en “ette”, qui a marqué une étape tendre et douce dans la vie des Françaises et des Français.

Alain Riou
sur teleobs.nouvelobs.com (26/9/11)

 

Son profil sur wikipedia.org
Sa fiche sur lesarchivesduspectacle.net
Sa filmographie sur IMDb.fr
“Décès de l’actrice française Paulette Dubost, grand second rôle de l’après-guerre”, article AFP sur lepoint.fr (26/9/2011)

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