René JAUNEAU


Robin Renucci et toute l’équipe de l’ARIA ont le regret de nous annoncer le décès de René Jauneau. Ses obsèques auront lieu le vendredi 4 juillet 2014 à 10h30 au crématorium du Père Lachaise.


 Instructeur de l’éducation populaire à partir de 1953, René Jauneau faisait partie des pionniers. On lui doit la création des Rencontres de Valréas, où s’est notamment formé Robin Renucci.
Il a dirigé deux maisons de la culture, à Thonon et à Reims. Fidèle intervenant aux Rencontres de l’ARIA, il aurait dû les rejoindre à Olmi-Capella cet été,

Retrouvée dans les archives de www.lestroixcoups.com cette interview de René Jauneau, il y a 5 ans.

 Rencontre avec René Jauneau

Les Trois Coups
. — Pouvez-vous nous résumer votre parcours et nous dire en quoi il est intimement lié à l’initiative de l’A.R.I.A. ?

René Jauneau. — Je suis un enfant de l’éducation populaire. J’étais instituteur en 1946, et on m’a proposé de faire un stage d’éducation populaire, je l’ai fait, et ça m’a emballé. J’étais instituteur, je n’avais pas de poste, et l’inspecteur d’académie nous avait dit : « Si vous faites un stage d’éducation populaire, vous aurez un poste ». C’était par hasard que j’ai découvert l’éducation populaire. Ensuite, il y avait un instructeur qui nous faisait faire du théâtre et qui m’a proposé de faire des stages avec lui. Cet instructeur d’art dramatique (qui n’était autre que Jean Rouvet (2) m’a séduit et encouragé à continuer le théâtre. J’ai été ensuite son assistant pendant quelques années, puis j’ai rejoint Hubert Gignoux (3) au Centre national dramatique de Strabourg (devenu le Théâtre national de Strasbourg), où j’ai été comédien, metteur en scène et professeur. Puis j’ai été nommé instructeur national d’art dramatique en 1953. Tout cela est dû au hasard et à ma faiblesse de caractère qui fait que je les ai suivis. La faiblesse à quelquefois du bon. Je dis ça, c’est relatif [sourires].

Toute l’année, je travaillais à Strasbourg avec Hubert Gignoux sauf les vacances scolaires. Et, pendant les vacances, j’organisais mes propres stages. J’en ai fait d’abord d’une manière itinérante, à Douviers, à Épinal… On changeait de ville chaque année. Et puis un jour j’en ai eu marre, j’ai décidé de trouver un lieu. Je suis allé voir les inspecteurs de la région, qui m’ont désigné Valréas dans la Drôme où on est resté trente ans. C’est de ma propre initiative avec l’aide de Jeunesse et Sport. Le principe de base était l’éducation populaire par le théâtre. C’était l’occasion de faire un lien formidable entre les deux. On travaillait ensemble avec, entre autres, Pierre Vial et Jean Marquis, que j’ai rencontrés lors de mon tout premier stage d’éducation populaire en 1946. Au bout de trente ans, j’ai cédé la direction des stages de réalisation théâtrale de Valréas (Les Nuits théâtrales de l’enclave) à Albert Simond (4) et je suis parti fonder d’autres choses à Villeneuve-lès-Avignon pendant quelques années.

Parmi les stagiaires de Valréas, nous avons eu Robin Renucci. Il avait 16 ans.

Les Trois Coups. — Quel était le contenu de ces stages ?

René Jauneau. — On avait des cours d’enseignement mental, des discussions et comparaisons d’articles de journaux ; on regardait comment on nous « pompait » l’esprit. Parce que l’éducation populaire, c’est rendre les gens libres. De même, on recevait des enseignements de danse folklorique, de chant choral, et de théâtre. Il y avait un mélange entre professionnels et amateurs tout comme à l’A.R.I.A. aujourd’hui.

Les Trois Coups. — Mais, au fond, l’éducation populaire, c’est quoi exactement, et comment se manifeste-t-elle ?

René Jauneau. — L’éducation populaire, c’est de rendre les gens libres, c’est de lutter contre la bêtise et contre tous ceux qui veulent se saisir de la pensée profonde de l’individu. J’englobe dans tout ça certains maîtres de conscience, certaines religions même et certains hommes politiques. Moi, je crois à l’autoéducation et à l’autoformation. Ce qui a été mon cas. Parce que j’ai fait des rencontres culturelles importantes, sur d’autres points que le théâtre notamment. Je crois beaucoup aux rencontres pour former les gens.

Et, dans cet esprit, l’A.R.I.A. est une continuité de Valréas. Mais l’A.R.I.A. propose plus de spectacles. J’ai beaucoup de respect pour cette aventure et pour celui qui l’a fondé ici en Corse, Robin.

Les Trois Coups. — Comment voyez-vous l’avenir de cette aventure ?

René Jauneau. — On a beaucoup essaimé, il y a d’autres stages, en Moselle, en Creuse notamment. Cela continue aussi à Valréas, et surtout cela continue ici. J’espère que dans tous les stagiaires d’ici il y en aura d’autres qui créeront quelque chose de similaire dans leur village. Et ils nous appelleront pour qu’on les aide. On ira leur donner un coup de main pour convaincre les élus locaux.

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