Robin Renucci : “Dans cette situation de non-confinement généralisé, je réclame l’ouverture des théâtres !”


Robin Renucci : “Dans cette situation de non-confinement généralisé, je réclame l’ouverture des théâtres !”

L’acteur et metteur en scène Robin Renucci, ardent défenseur d’un théâtre populaire exigeant, soutient les revendications exprimées à l’Odéon. Il réclame la réouverture immédiate des salles. Et ne manque pas d’idées pour un retour progressif à la normale.

Le 4 mars 2021, une cinquantaine d'intermittents occupent l'Odéon pour réclamer des aides à la création et des négociations pour fixer les conditions de la réouverture des lieux de culture. 
Le 4 mars 2021, une cinquantaine d’intermittents occupent l’Odéon pour réclamer des aides à la création et des négociations pour fixer les conditions de la réouverture des lieux de culture.Denis Allard / Leextra

L’acteur et metteur en scène Robin Renucci, ardent défenseur d’un théâtre populaire exigeant, soutient les revendications exprimées à l’Odéon. Il réclame la réouverture immédiate des salles. Et ne manque pas d’idées pour un retour progressif à la normale.

Les artistes du spectacle vivant travaillent : ils répètent et se rendent éventuellement dans les écoles pour assumer leurs missions d’éducation artistique. Mais ils ne jouent plus, sauf devant quelques professionnels. Ils ne croisent plus jamais le grand public dans des salles refermées depuis octobre dernier. Une situation qui a fini par dégrader sérieusement le moral des troupes – malgré les nombreuses mesures de soutien et le plan de relance. Depuis jeudi dernier, à l’initiative notamment de la CGT-Spectacles, le Théâtre national de l’Odéon, à Paris, est occupé. Les militants, inquiets, revendiquent la prolongation de l’année blanche du système de l’intermittence au-delà d’août 2021 et la défense des plus précaires, d’ores et déjà exclus de ce régime.

L’acteur et metteur en scène Robin Renucci leur a rendu visite le dimanche 7 mars. En tant que président depuis 2017 de l’ACDN, Association des centres dramatiques nationaux, il leur a déclaré son soutien. Cet hiver, par ailleurs, celui-ci a représenté son milieu professionnel (les institutions culturelles subventionnées) dans les réunions avec le ministère de la Culture pour élaborer ce fameux « calendrier résilient » du retour progressif à la normale.

Que représente pour vous l’occupation du Théâtre national de l’Odéon ?
C’est un symbole qui évoque un moment historique : l’occupation de ce même théâtre en mai 1968. Mais, à l’époque, l’événement était centralisé et parisien. Aujourd’hui, la décentralisation a eu lieu et la vie théâtrale maille tous les territoires de France, où le mouvement pourrait s’amplifier. Il y a des appels à occupation des lieux culturels dans plusieurs régions. En tant que président d’une association d’employeurs, je ne peux défendre cela car je crains les débordements. Si la situation se dégrade, nous passerons pour des agitateurs. Mais, néanmoins, je soutiens les revendications exprimées à l’Odéon et rappelle que le « calendrier résilient » pour la réouverture des salles, auquel ont travaillé tous les représentants des lieux culturels, est sur la table depuis le mois de janvier et qu’il est resté lettre morte.

“L’état mental de la société est inquiétant.”

Ce calendrier ne corrèle-t-il pas la réouverture des lieux culturels à la situation générale de la pandémie ? Or aujourd’hui celle-ci ne décroît pas et on parle toujours d’un possible reconfinement.
En effet, l’épidémie ne décélère pas mais l’état mental de la société est inquiétant. Pourquoi ne pas retenir le critère de contamination dans les théâtres ? Celui-ci est à zéro : il n’y a jamais eu de cluster dans les théâtres. Des cas de Covid parmi les acteurs sur scène peut-être, mais jamais dans les salles ! Qu’on nous explique pourquoi, avec des jauges et des mesures, même encore plus drastiques que celles déjà envisagées, on ne pourrait pas accueillir une partie du public, alors que l’on voit des files indiennes devant les grandes enseignes ou des gens s’entasser dans le métro.

La fermeture des théâtres au public ne devrait être la règle qu’en cas de confinement généralisé. Or, cela fait deux mois que nous sommes au bord du confinement total mais qu’on l’évite toujours. C’est précisément dans cette situation de non-confinement généralisé que je réclame l’ouverture des théâtres ! S’il le faut, d’une manière territorialisée : cela n’a jamais été vraiment étudié. Ouvrir, par exemple, le centre dramatique national de Montluçon ne peut pas créer des flux énormes dans la ville comme le craignait la ministre de la Culture, en décembre dernier, au micro de France Inter. La vie d’une ville moyenne n’a rien à voir avec celle d’une métropole.

“Nous voulons que cette année blanche soit prolongée.”

Occuper des lieux comme l’Odéon, où des artistes sont eux-mêmes en répétition pour défendre l’emploi artistique, n’est-ce pas contradictoire ?
Il faut être attentif en effet à ne pas créer de dichotomie entre les artistes qui sont au travail et ceux qui sont dehors. Mais c’est de la précarité de l’emploi qu’il s’agit ici de se prémunir au mieux. Il faut des garanties sur les conditions de la reprise de l’activité quand certains artistes ou techniciens sont sortis du régime de l’intermittence malgré la prorogation de l’année blanche jusque fin août 2021. Non seulement, nous voulons que cette année blanche soit prolongée, mais il faut en plus flécher des mesures de soutien spécifiques à l’emploi des plus précaires. Celle des intermittents comme celle de salariés en contrats courts dans d’autres domaines, dans la restauration ou l’événementiel, par exemple. Car toute la jeunesse est concernée par ces emplois discontinus, dont la fragilité est renforcée par la crise et la réforme du régime général de l’assurance-chômage, qui va bientôt entrer en application.

Une cinquantaine d’intermittents réclament depuis le 4 mars un rendez-vous avec le Premier ministre.
Une cinquantaine d’intermittents réclament depuis le 4 mars un rendez-vous avec le Premier ministre. Denis Allard /Leextra

Vous défendez l’emploi artistique, mais quid du public ?
À l’approche de l’anniversaire du premier confinement, qui a débuté le 16 mars, nous, artistes et professionnels du secteur, lançons une autre mobilisation, associant le public à notre démarche. Dès samedi prochain et pendant tous les week-ends à venir, nous appelons à tenir des assemblées à l’extérieur, sur les parvis des théâtres ou dans les cours des musées, réunissant créateurs et spectateurs. Pour qu’il y ait débats, échanges et gestes artistiques. Afin que, non seulement le public se rallie à notre cause, mais que les artistes remettent celui-ci au centre de leur pratique, comme Jacques Copeau ou Charles Dullin autrefois. Encore une fois, le théâtre n’existe pas seulement parce que des acteurs ont envie de raconter leurs histoires sur scène : sans le public, il ne sert à rien ! Dès aujourd’hui, nos rassemblements en plein air sur les parvis des théâtres peuvent précéder la réouverture des salles.

“Que ce printemps 2021 soit l’occasion de repenser vraiment la place du public dans l’art.”

Le théâtre en salle se met donc au théâtre de rue ?
Ces assemblées tenues à l’extérieur sont en effet le moyen d’élargir le cercle : si l’on se tient dehors, on peut convaincre d’autres personnes que les seuls fidèles. Que ce printemps 2021 soit l’occasion de repenser vraiment la place du public dans l’art et que, depuis le kilomètre zéro de l’Odéon, à Paris, cet appel à des événements tenus à l’extérieur des théâtres rayonne dans toute la France. Par ailleurs, nous tous, artistes de tous domaines, il faut nous rassembler nous aussi et cesser les clivages entre salles et rue, opéra et danse, cirque et théâtre, théâtre privé et théâtre subventionné… Le public doit être notre seul et unique objet d’attention. Avec un focus sur la jeunesse et notamment les étudiants, dont certains sont en grande précarité.

Ce désir des artistes de rencontrer le public à l’extérieur des théâtres n’est-il pas un peu tardif quand, l’été dernier, rares sont les lieux qui ont prolongé leur saison ?
De mon côté, avec Les Tréteaux de France, centre dramatique national itinérant que je dirige, je vais, comme l’année dernière, passer l’été à rencontrer tous les publics fréquentant les bases de loisir d’Île-de-France. Dix mille spectateurs ont assisté ainsi, en 2020, à nos spectacles, dont l’un était une création du Festival d’Avignon 2019.

De manière plus générale, oui, la réflexion est en cours pour ouvrir cet été, mais, pour se projeter dans un tel calendrier et organiser le temps de travail des salariés permanents, il faut un mot d’ordre clair de la part du gouvernement. Et le temps presse pour agir, car, pour tous les jeunes – on n’autorise même pas de petits groupes d’écoliers à venir assister à des représentations dans les théâtres à proximité de chez eux –, cette année qui s’achève est ratée du point de vue de leur rencontre avec l’art. Leur vie n’aura pas été transformée par le théâtre et ils n’auront pas la possibilité d’envisager autrement, grâce à cela, leur métier futur – quel qu’il soit. Voilà ce qui est grave : voir une jeunesse laissée à l’abandon, sans possibilité de construire, grâce à l’art, son sens critique.

“Roselyne Bachelot est sincère dans sa solidarité. Elle nous a écoutés. Mais elle n’a rien annoncé.”

Comment voyez-vous l’avenir ?
La situation ne sera plus jamais comme avant : soit les virus vont muter, soit il y en aura d’autres. Une réflexion sur l’ensemble de notre écosystème s’impose. Après la culture pour tous ou la culture élitaire pour chacun, comme disait le metteur en scène Antoine Vitez, il faut inventer aujourd’hui un nouveau leitmotiv : l’art et la culture à vivre ensemble, artistes et publics réunis. Cette crise doit être l’occasion d’un nouvel appel à des États généraux des arts et des spectacles. Le modèle des grandes jauges concentrant un maximum de public n’est sans doute plus notre avenir.

Que pensez-vous de la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, qui s’est déplacée à l’Odéon samedi soir ?
Elle est sympathique et généreuse. Elle est sincère dans sa solidarité. Elle nous a écoutés. Mais elle n’a rien annoncé. Or, il faut qu’elle nous entende. On s’est beaucoup réunis mais rien n’avance. En disant cela, je ne laisse pas éclater de colère, je me montre combatif. TÉLÉRAMA 

Télérama https://www.telerama.fr/sortir/robin-renucci-dans-cette-situation-de-non-confinement-generalise-je-reclame-louverture-des-theatres-6837448.php?fbclid=IwAR1x8Lsp0xDnMJt-R-E0ULgDP59xjnwyXMMvRpfAnKfxCSO0Ev6SMiq5Jbw

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