SAUVEZ LES MEUBLES ?


  • Théâtre de la Tempête

    SAUVER LES MEUBLES ?

    Le Théâtre de la Tempête reste désespérément fermé au public. L’incompréhension, pareillement, perdure. Ironiquement, le nouveau confinement annoncé pour notre région ne bouleverse rien pour nous. Notre activité a été depuis longtemps désynchronisée des autres activités d’accueil du public. Pourquoi – alors que les études épidémiologiques montrent clairement que les théâtres constituent un risque bien moindre que les grands magasins, le métro, les trains, les avions… – sommes-nous ainsi stigmatisés ?
    Il faut avouer aussi que l’inquiétude gagne. Les femmes et les hommes qui animent quotidiennement notre pratique voient chaque jour un peu plus leur avenir s’assombrir tant l’embouteillage entre reprises et créations risque d’asphyxier l’activité dans les années futures. Aujourd’hui déjà, l’absence de représentations, malgré les aides, appauvrit nos corps de métiers. Les revenus baissent, les perspectives s’étiolent.
    Plus inquiétant encore : au fil des semaines, confinées ou pas, se dessinent une “quasi-normalité” sans arts vivants, sans rencontres, sans communion. Notre capacité à accepter cette société quasi-normale qui relègue au second plan la liberté et les arts, au profit du travail et de la consommation, m’interroge profondément.
    Et c’est une belle chose que de s’interroger. Cette époque est décidément l’occasion de soulever des questions qu’on ne se posait plus.
    Notre ministre de tutelle en a récemment soulevé une belle. En réponse au mouvement d’occupation des théâtres nationaux – dont nous sommes entièrement solidaires – nous avons appris que cette action était inutile et dangereuse pour notre patrimoine fragile…
    “Inutile” : très bien, d’accord, nous avions compris déjà que nous n’étions pas essentiels ; pas utiles donc, mais cohérents au moins…
    “Dangereux pour le patrimoine fragile” : c’est plus intéressant.
    Qu’est-ce qui constitue le patrimoine du théâtre ?
    Les dorures, les fauteuils, les perches et les plateaux ?
    Visiter une salle de théâtre peut avoir son charme mais ce n’est pas du théâtre. Les lieux vides ne jouent pas, ou alors le rôle de sépulture.
    Est-ce notre répertoire ?
    Les pièces sur le papier, si bonnes soient-elles, ne sont encore que de la littérature.
    Les costumes ? Les décors ?
    Inhabités, si beaux soient-ils, ne sont au mieux que les pièces d’une exposition.
    La mémoire des mises en scène passées ?
    Elles s’effacent en une génération et tombent doucement dans l’oubli.
    Alors quoi ?
    Notre patrimoine est de chair et d’instant. Le théâtre ne s’anime que le temps de la représentation, de la rencontre alchimique entre l’œuvre, le public et les acteurs. Tout le reste n’est que vestiges que l’on ne sait plus déchiffrer.
    Nous sommes notre propre patrimoine.
    Alors oui, définitivement, ce patrimoine – l’ensemble des femmes et des hommes qui donnent vie à la représentation : spectateurs, artistes, techniciens – se fragilise jour après jour. Il est un monument en péril.
    Il est fragile certes, comme la vie, mais il est aussi magique : plus on en use, plus il prospère. Plus il s’ouvre et plus il se protège.
    Protégeons le patrimoine, ouvrons-le au plus vite ! Dès la fin de ce confinement.
    Nous ne nous “réinventerons” pas – Pourquoi faire ? Drôle d’injonction –, nous ferons mieux, nous nous ranimerons.
    Un peu moins de concept, un peu plus d’âme…
    Clément Poirée et l’équipe du Théâtre de la Tempête

    Théâtre de la Tempête
    Cartoucherie
    Route du Champ de Manœuvre
    75012 Paris
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