Sophie DESCHAMPS (publication du 18 Octobre 2013)


OÙ SONT LES FEMMES ?

                           Je ne vous parlerai pas ici de ma passion pour le théâtre et le spectacle en général, d’autres l’ont fait mieux que moi.
La réflexion dont j’aimerais vous faire part est : quelle est la place des femmes dans le spectacle vivant ?
Aujourd’hui la réponse pourrait être : un strapontin.
Il y a deux ans, Laurence Equilbey, cheffe d’orchestre internationalement reconnue, a apporté à la SACD une étude sur les chiffres H/F. J’étais alors présidente du conseil d’administration et j’ai découvert avec stupeur l’étendue du désastre. Depuis le dernier rapport de Reine Prat en 2006, la situation ne s’était pas améliorée, mais dégradée. Les femmes avaient quasiment disparu des directions des établissements publics. Devant cette anomalie, nous avons décidé de publier cette étude dans une brochure intitulée « Où sont les femmes ?». Nous avons alerté les ministres, les députés, les sénateurs, le métier et le public. Le gouvernement s’est alarmé de cette situation, des voix se sont élevées pour un progrès, d’autres ont fait valoir que si les femmes ne faisaient pas les mêmes carrières que les hommes, c’est parce qu’elle n’avaient pas de talent… Bref, nous en avons entendu de belles.
Suite à ce mouvement, un observatoire a été créé au ministère de la culture, et quelques nominations ont eu lieu qui ne changent pas encore sensiblement la donne.
Une deuxième plaquette a été éditée pour la saison 2013/14.
En résumé, il n’y a toujours que 12% de CDN dirigés ou codirigés par des femmes, 26% de CCN (alors qu’il fut un temps ou les directions des centres chorégraphiques étaient paritaires), et seulement 3% de femmes dirigeront cette saison un orchestre.
Dans les programmations 2013/2014, seules 15% des solistes instrumentaux seront des femmes, il n’y aura que 20% des textes joués écrits par des auteures, et 25% de metteures en scène.
Pour les actrices, nous n’avons pas les chiffres exacts. Nous les attendons de l’observatoire mis en place par le ministère. Mais nous savons tous qu’il y a beaucoup plus d’emploi pour les garçons que pour les filles. Quant aux techniciennes de théâtres elles cumulent à 13%.
Pourtant les grandes écoles comme les Conservatoires Nationaux sont paritaires (même si deux fois plus d’apprenties comédiennes se présentent au concours).
Faut-il continuer à admettre que les filles n’auront pas les mêmes chances que les garçons, même si elles font les mêmes études ? Les femmes doivent elles accepter comme une fatalité de rester un groupe minoritaire dès qu’il s’agit de faire une carrière ?  Reine Prat le dit : c’est à partir du seuil de 33% qu’une minorité n’est plus perçue comme telle. Nous sommes loin du compte et il faudra des années pour qu’un réel changement ait lieu dans le spectacle vivant.
Pour l’audiovisuel, nous aurons les chiffres du CNC que l’an prochain.
Il ne s’agit pas d’une guerre hommes-femmes.
Il s’agit de prendre conscience qu’une évolution est nécessaire, salutaire, juste.
La diversité de la création, de la pensée, le foisonnement artistique auront tout à y gagner. Et surtout le public.
La culture est le reflet de notre société, un point de vue sur le monde, masculin et féminin confondus et égaux.
Il est temps d’œuvrer pour que notre société du spectacle évolue, se démocratise, accepte enfin l’égalité des chances entre hommes et femmes.

Sophie Deschamps


Comédienne, a joué notamment sous la direction de Jean Laurent Cochet, Jean-Louis Barrault, Robert Hossein, Marcel Maréchal, Jean-Claude Drouot, Pierre Granier Deferre, Camille de Casabianca …

Scénariste a écrit ou co-écrit une trentaine de téléfilms, pilotes ou épisodes de séries. Dont « Les pirogues des hautes terres » récemment diffusé sur F3.

Auteure de théâtre (« Babiboum », « La disgrâce de Jean Sébastien Bach » (avec J.F.Robin). Deux nouvelles pièces sont en cours de production : « L’abbé de Choisy habillé en femme », « Je dérange ? » .

Elue au conseil d’administration de la SACD en a été la présidente en 2006/07 et en 2011/12.

 

par Martine LOGIER, responsable des cartes blanches.

 

Réactions

  1. 18/10/2013 – Bravo Sophie, c’est un long combat. Bises,
    Catherine Alcover (promo 1969)
  2. 21/10/2013 – Bonjour,
    Je réponds simplement à votre mail pour vous signaler que sans que cela soit forcément un acte militant mais plutôt du militantisme inconscient…, les compagnies en résidence théâtre à Mains d’Oeuvres sont en grande majorité des femmes depuis mon arrivée à ce poste (il y a 3 ans)
    Groupe ACM : dirigé par Emilie Vandenameele et Hélène François
    GK : dirigé par Gabriella Cserhati
    Cie le Dahu : dirigée par Maëlle Faucheur et David Costé
    Cie Play – M. Martinez-Llense : dirigée par Mélanie Martinez Llense
    Cie Ginko : dirigée par Naéma Boudoumi
    Cie de l’éventuel hérisson bleu : dirigée par un collectif d’artistes mais à dominante féminine et dont les créations présentées à Mains d’Oeuvres sont écrites mises en scène par Milena Csergo
    Alexandra Badea a également fait une résidence d’auteur à Mains d’Oeuvres l’an passé.
    Vous pourrez découvrir l’ensemble de nos résidents théâtre sur notre site :
    http://mainsdoeuvres.org/rubrique26.html
    Cordialement, 

    Diane Landrot, Chargée du théâtre

 

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