Valérie LANG (promo 1992)


Comédienne de théâtre engagée, Valérie Lang est morte le 22 juillet 2013, à l’âge de 47 ans d’une tumeur au cerveau. Une soirée hommage lui est consacrée au Théâtre de la Colline Lundi 18 novembre 2013 à 20h30

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Son enterrement a eu lieu jeudi 25 juillet 2013 à midi au cimetière du Montparnasse.

Par 
Armelle Héliot sur bloglefigaro.fr  le 22 juillet 2013

La fille cadette de Jack et Monique Lang s’est éteinte à l’âge de 47 ans, emportée par une tumeur au cerveau fulgurante. Elle avait été élève du Conservatoire avant de faire une carrière exigeante, au cinéma comme au théâtre et avait co-dirigé avec Stanislas Nordey le Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis.

Un grand tempérament, du caractère et une sensibilité profonde donnaient à tous les personnages qu’elle incarnait une densité inoubliable. Elle s’était fait un nom, Valérie Lang. Elle était entrée dans le monde de théâtre très tôt, alors même que son père, Jack Lang, dirigeait le Festival de Nancy, qu’il avait créé avec Monique Lang, puis le Théâtre national de Chaillot. Très tôt, elle avait souhaité devenir comédienne et, sous la férule de sa marraine de théâtre, Michèle Kokosowski, elle était entrée au Conservatoire, dans la classe de Jean-Pierre Vincent.

Un trajet sans complaisance. Née en 1966, cadette de cinq ans de Caroline, Valérie Lang était une belle personne. Au physique, un Tanagra dégageant une énergie rayonnante. Pas très grande donc, faite au tour –comme on disait autrefois- visage architecturé à pommettes hautes de sa mère, très beau regard. C’est sa voix qui frappait le plus. Une voix chaude et harmonieuse, une voix claire, très bien timbrée, mais se moirant d’ombres subtiles et graves sans jamais être démonstrative. Sa voix, c’était sa vérité. Celle d’une âme tourmentée et lumineuse, d’une femme très intelligente et acharnée au travail, celle d’un être rare et spirituel. Elle avait de l’esprit, elle était souvent rieuse, mais il y avait en elle ce fond d’inquiétude qui donne aux interprètes leur mystère.

Valérie Lang avait repris il y a quelques mois Sodome ma douce, de Laurent  Gaudé, dans une mise en scène de Stanislas Nordey. Après l’avoir créé à Théâtre Ouvert, chez Lucien et Micheline Attoun, elle avait redonné cet impressionnant monologue au Théâtre de Belleville.

La maladie l’a saisie brutalement. Une tumeur au cerveau qui l’a emportée de manière fulgurante et devant laquelle elle a été d’un courage sans défaut.

Dès le conservatoire (89-92), sa personnalité forte, avait frappé. Elle avait tourné un premier court métrage avec Martin Provost et aurait pu faire une carrière au cinéma, avec son visage prenant  la lumière et son regard, clair et profond. Mais le théâtre était pour elle une ascèse. Citons pourtant  La Belle personne de Christophe Honoré en 2008, Neuilly sa mère ! de Gabriel Julien-Laferrière, Holidayde Guillaume Nicloux. Notons également quelques rôles à la télévision, notamment avec Josée Dayan et Gabriel Aghion.

 De 92 à 98, Stanislas Nordey est associé à la direction de Nanterre-Amandierset Valérie Lang participe à toutes les créations. De 1998 à 2001, tous deux dirigent le théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis. C’est dans le jeu que Valérie Lang était la plus convaincante. Pas très grande, très bien faite, visage structuré, beau regard, voix extraordinairement prenante, elle donnait à ses personnages une profonde intensité, une lumière. Capable d’être cocasse et légère dans les comédies, elle aimait défendre les écritures du temps et les partitions graves. Parmi ses dernières apparitions, le rôle-titre d’Electre d’Hoffmansthal en 2006, Hiroshima mon amourde Marguerite Duras, Sodome ma douce de Laurent Gaudé, une mise en scène de Stanislas Nordey, qu’elle avait joué à Théâtre Ouvert en 2011 et repris très récemment au Théâtre de Belleville.

A Avignon, on a beaucoup de souvenirs d’elle et inutile de dire combien la nouvelle de sa disparition a bouleversé ses amis du festival et l’ensemble de la profession, artistes, techniciens comme critiques. Ainsi la revoit-on, toute jeune, alors que son père vient d’être nommé ministre de la Culture, sur la pelouse du Jardin de Mons, espiègle et volubile,  tandis que Caroline évite les mondanités et est très discrète…Ainsi la revoit-on, il y a dix ans, en cet été de l’annulation, prendre la tête du combat pour les intermittents. Elle avait un côté pétroleuse, que nous aimions tous mais qu’il fallait parfois tempérer, un côté combattante flamboyante et sincère. Ainsi était-elle ici, à Avignon, pour les 40 ans de Théâtre Ouvert lisant, sereine et souriante. C’était en 2011.

C’était une amoureuse. Et c’est très beau une vie tout entière dédiée à l’amour. Parfois elle souffrait, s’effondrait, mais elle se reprenait. Elle se relevait. Et sur scène, elle donnait tout.

On ne fera pas ici la longue liste de tous les personnages qu’elle a incarnés. Elle a beaucoup joué sous la direction de Stanislas Nordey, des Pièces piégéesd’Armando Lalmas en 93 jusqu’à ces dernières saisons, Sodome ma douce, on l’a dit. Pasolini, Genet, Wyspianski, Lagarce et l’admirable J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne en 97, mais encore Werner Schwab et ses Comédies féroces, Gabily et Marivaux en 2000, spectacles magistraux, et l’impressionnanteEpreuve du feu de Magnus Dahlström, mais aussi Marivaux, Molière, Feydeau.

Elle travaillait aussi beaucoup avec Christine Letailleur, de Sade à Masoch en passant par Wedekind et Duras, qui aura été un de ses derniers rôles. Valérie Lang s’était offert une récréation avec son amie Josiane Balasko : une incursion au théâtre privé pour La Nuit sera chaude à la Renaissance, il y a deux ans.

Elle était dans l’éclat de sa jeune maturité et elle aurait dû, longtemps encore, nous entraîner du côté des poètes, avec sa fougue, sa flamme, sa sensibilité et sa haute exigence. Son grand talent, profond et divers.

Le destin en décide autrement. Cruellement. On pense à ses parents, à sa soeur, à toute sa famille et à tous ceux qui l’aimaient et dont elle éclairait la vie de ses rires éclaboussants et de la joyeuse insolence.

 

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