Vous avez dit « inutile » ? Comme c’est « dangereux »


Vous avez dit « inutile » ? Comme c’est « dangereux »

« Utiles » et, autant que possible, festives mais nullement « dangereuses », les occupations des théâtres se multiplient en dépit des déclarations de Roselyne Bachelot.

Certains animaux politiques sont pourvus de flair, il semble que l’actuelle ministre de la Culture en soit dépourvue pour le domaine qui, actuellement, la concerne. La semaine dernière, à la tribune du Sénat, répondant à une question d’actualité adressée au gouvernement, Roselyne Bachelot a considéré que les occupations des théâtres étaient « inutiles » et « dangereuses ».

C’est pour le moins une bévue pour ne pas dire une bêtise, une grosse bourde. C’est assurément un manque d’appréhension de la situation. Et ce n’est pas les 20 millions d’euros supplémentaires débloqués pour la culture qui lui feront pardonner ses propos. Somme d’ailleurs aussitôt qualifiée de « miettes » par Denis Gravouil, le secrétaire général de la CGT-spectacle, approuvé par les occupants des théâtres. Beaucoup d’entre eux sont des élèves des écoles qui vivent là leur premier geste politique d’envergure.

« Inutiles » ! Férue d’art lyrique mais ignorant les classiques du théâtre, Madame la ministre aurait dû se souvenir du Cyrano d’Edmond Rostand et de son : « c’est encore plus beau lorsque c’est inutile ». De panache, les occupants n’en manquent pas. Et entraînés par des jeunes élèves des écoles nationales ou pas, c’est une vingtaine de lieux qui sont ainsi occupés. Le théâtre de Lille avec les élèves de l’école du Nord, le théâtre de la Colline avec des élèves venus de l’ESAD, du Conservatoire et de cours privés, le théâtre de l’Union à Limoges avec des élèves de l’Académie, mais encore les théâtres de Rouen, Pau, Besançon, Niort, Châteauroux, Brest, Villeurbanne, Angers, Perpignan, Montpellier, Tours, le Théâtre Graslin à Nantes, le Théâtre de la Cité à Toulouse, le Merlan à Marseille, Périgueux… Liste non exhaustive.

« Dangereuses », les occupations ! Bien moins que la ligne 13 du métro parisien, ou la ligne C du RER, que Madame la ministre n’emprunte pas tous les jours, ou que les petites et grandes surfaces avant l’heure du couvre-feu.

« Le printemps est inexorable. » C’est sous ce titre que le SYNDEAC (le syndicat des entreprises artistiques et culturelles) annonce pour le 20 et 21 mars une vaste opération faisant appel autant aux artistes qu’aux spectateurs pour demander une « mise en ouverture rapide » et « graduée » des salles de spectacle et le maintien des aides tant que les jauges seront limitées.

Est-ce dangereux, est-ce inutile de demander cela alors que tous les théâtres ont établi et mis en pratique des protocoles sanitaires, sans engendrer le moindre cluster, dans des halls et des salles ne pouvant, hélas, accueillir que des « professionnels et des journalistes » comme c’était le cas ces jours derniers au Phénix de Valenciennes pour le Cabaret des Curiosités, manifestation annuelle ordinairement festive et faite de croisements, comme ce sera prochainement le cas aux Zébrures de printemps à Limoges.

Les fermetures de salles devenues « inutiles » sont en passe de devenir « dangereuses » politiquement pour ceux qui nous gouvernent par diktats.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *