« Les craintes autour du Festival “off” d’Avignon sont l’occasion de renverser un système à bout de souffle et de le réinventer »


« Les craintes autour du Festival “off” d’Avignon sont l’occasion de renverser un système à bout de souffle et de le réinventer »

Une tribune publiée dans Le Monde du 25/03/2021, signée par des artistes, des directeurs de théâtre et des responsables politiques.
Alors que la tenue de l’édition 2021 est menacée, un collectif de députés et de professionnels du monde du théâtre, dont Irène Jacob, Agnès Jaoui et Jean-Michel Ribes, appelle, dans une tribune au « Monde », à penser le festival de demain pour qu’il soit en phase avec les évolutions de la société.
Ce festival, où chaque théâtre conçoit sa programmation, concentre tous les enjeux artistiques et économiques de ses acteurs dans un temps réduit et dans un espace contraint par les remparts de la cité des Papes. Echappant aux idées généreuses de ses créateurs, il est devenu un marché, une foire, un ogre insatiable qui menace de dévorer ses propres enfants.
Fruit d’un impensé politique depuis ses débuts, fonctionnant sans gouvernance, sans régulation, et selon les lois de l’économie de marché, ce festival est devenu un paradoxe : il concentre les aspirations d’auteurs et d’artistes qui inventent la culture de demain, et, pourtant, il semble passer à côté des débats et mouvements de fond qui transforment la société française.
Comment une création artistique contemporaine peut-elle faire l’économie de penser son propre mode de production et de diffusion ? Qu’en est-il de l’impact écologique du festival, des conditions de travail des divers corps de métier qui œuvrent à son bon déroulement ? Que dire des hausses des loyers qui les rendent inabordables ? Pourquoi la diversité culturelle et sociale n’est-elle pas davantage représentée ?
L’édition 2021 doit avoir lieu. Si le festival n’est pas directement subventionné, de nombreuses compagnies sur l’ensemble du territoire sont soutenues par l’Etat et les collectivités pour pouvoir y participer. N’est-il pas temps de nous préoccuper de l’usage qui est fait de tout cet argent public ? L’enjeu n’est pas seulement celui du Festival « off » d’Avignon, mais au-delà, celui de la politique du spectacle vivant en France.
L’annulation de l’édition 2020 pour cause de pandémie et les craintes qui pèsent sur l’édition 2021 rendent l’avenir du festival incertain. Elles sont l’occasion de renverser un système à bout de souffle et de le réinventer. Il en va de la survie du festival, et de la fierté pour les compagnies de pouvoir se produire à la hauteur de leurs exigences, et, pour les théâtres d’Avignon, de pouvoir y répondre.
Pour nous, il est évident que le Festival d’Avignon « off » 2021 doit avoir lieu.
Comment l’Etat peut-il imaginer que nous, artistes, techniciennes et techniciens, directrices et directeurs de compagnies et de théâtres, qui sommes des employés et des entrepreneurs de spectacles, ne serions pas conscients de la gravité de la situation actuelle et moins capables d’assurer les mesures sanitaires qui sont demandées par le gouvernement que les entrepreneurs et employés dans d’autres secteurs tels que ceux du commerce, de la grande distribution et de tous les autres secteurs d’activité actuellement ouverts ?
« Déjà des propositions abondent, comme celle d’un label qualitatif “théâtre équitable” »
Au sein des Etats généraux du « off » (Egoff), nous sommes 300 auteurs, comédiens, metteurs en scène, techniciens, administrateurs, directeurs de théâtres, responsables de compagnies, représentants de sociétés de droits d’auteur à avoir fait le même constat. Nous avons mis en place une organisation qui nous permet de penser le festival de demain, de façon horizontale et inclusive. Celui-ci sera issu d’une concertation collective, car nous croyons le dialogue indispensable à l’émergence d’une structure plus juste et plus solidaire.
Préserver la diversité culturelle. Déjà des propositions abondent, comme celle d’un label qualitatif « théâtre équitable », qui pourrait s’appliquer à des domaines aussi divers que les conditions d’accueil du public et des compagnies dans les théâtres, l’extension du festival hors des remparts du centre-ville et l’inclusion de tous les publics du Grand Avignon dans les projets des théâtres et des compagnies, l’engagement des compagnies sur le respect des conventions collectives, la lutte pour la transparence des comptes, la participation à l’encadrement des prix et à la régulation des pratiques.
La question de la lutte contre le réchauffement climatique est également au cœur des débats, avec des réflexions sur la climatisation des salles, la mise en place de cantines bio et solidaires travaillant avec des producteurs locaux, ou encore la mutualisation des transports et du matériel technique des compagnies ou d’achats groupés pour les théâtres. Il appartient au ministère de la culture et aux collectivités territoriales locales interpellées à plusieurs reprises d’accompagner ce changement.
Le chantier est vaste. Nous nous laissons trois années pour mener à bien une réflexion collective qui proposera un écosystème fondé sur la préservation d’une diversité culturelle, en adéquation avec les principes d’une économie sociale et solidaire.
Avignon « off » est l’un des festivals les plus importants d’Europe.
Nos propositions ont pour objectif d’en faire un événement exemplaire pour la diffusion du spectacle vivant en France et pour la politique culturelle européenne. Il est temps que tous les partenaires, publics et privés, participent à la réflexion pour faire de ce festival un des moteurs du changement.
Parmi les signataires : Jean-Philippe Daguerre, auteur, comédien, metteur en scène ; Irène Jacob, comédienne ; Agnès Jaoui, comédienne, réalisatrice ; Sébastien Jumel, député GDR de Seine-Maritime ; Michel Larive, député LFI de l’Ariège ; Virginie Lemoine, autrice, comédienne, metteuse en scène ; Jean-Luc Mélenchon, député LFI des Bouches-du-Rhône ; Richard Ramos, député MoDem du Loiret ; Jean-Michel Ribes, auteur, metteur en scène, directeur du Théâtre du Rond-Point ; Michèle Victory, députée PS d’Ardèche.

si tu veux signer, envoie un email à  : eg.avignonoff@gmail.com

1 commentaire pour “« Les craintes autour du Festival “off” d’Avignon sont l’occasion de renverser un système à bout de souffle et de le réinventer »”

  1. Minot dit :

    Je trouve important, essentiel, que le festival d’avignon se remette en cause et se réinvente!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *