
Le dramaturge, comédien et metteur en scène français Roger Planchon est décédé mardi 12 mai 2009, à l’âge de 77 ans, d’une crise cardiaque. Ses obsèques ont eu lieu lundi 18 mai à 10h au crématorium du Père Lachaise.
» Dites à ceux qui traînent par là que je suis parti discrètement,
comme je le fais les soirs de « dernière », vers l’Impensable qui est Poème »
Roger Planchon (12 septembre 1931 – 12 mai 2009).
PARIS (AFP) – Les hommages affluaient mercredi à la mémoire du metteur en scène, comédien et auteur Roger Planchon, mort mardi à 77 ans après avoir été durant un demi-siècle un grand serviteur du théâtre public, qui a eu à coeur d’offrir des spectacles exigeants à un large auditoire.
Oeuvrant à la suite des pionniers de la « décentralisation dramatique » (Jean Dasté, Hubert Gignoux, Gabriel Monnet…), Roger Planchon aura été la principale figure de la deuxième génération de directeurs-metteurs en scène attachés à diffuser le théâtre d’art en province.
« Il incarnait à lui seul le grand rêve malrucien (celui d’André Malraux, NDLR) de l’art pour tous, défendant sans relâche son idéal d’une scène publique à la fois populaire et exigeante », a estimé la ministre de la Culture, Christine Albanel.
Roger Planchon est né le 12 septembre 1931 dans le département de la Loire, à Saint-Chamond. Il a passé son enfance en Ardèche, dont le monde paysan l’a profondément marqué.
« Je crois que je suis un bizarre autodidacte », confiera-t-il en affirmant avoir « lu tout Freud, tout Marx ». Découvrant le théâtre à 17 ans, il ouvre en 1952 une première salle à Lyon, sous le nom de Théâtre de la Comédie.
Trop à l’étroit dans ce lieu, peu soutenu, Roger Planchon file à Villeurbanne où il reprend le Théâtre de la Cité ouvrière en 1957.
L’homme, charismatique, exerce une forte attraction. Le jeune Patrice Chéreau descend assister à ses répétitions. « Je regardais comment il disséquait les textes avec les comédiens, à la table, des habitudes que j’ai gardées », a dit mercredi sur France Inter le metteur en scène, saluant « une intelligence brillante ».
En plein Mai-68, Roger Planchon attire autour de lui les patrons de centres dramatiques pour exiger, dans la « Déclaration de Villeurbanne », la « liberté pour les artistes ».
Il était « capable de malmener les politiques, les ministres successifs, qui le redoutaient, terrible manoeuvrier qui défendait bec et ongles le service public, dont il va bientôt ne plus rien rester », a déclaré au Monde Patrice Chéreau.
« Toute une génération est redevable à ce magicien de l’art dramatique qui n’a jamais cessé d?être courageux et toujours a mis son talent au service du subtil et du sublime », notait mercredi le Premier ministre François Fillon. Après Patrice Chéreau en 1972, Roger Planchon appellera en 1986 Georges Lavaudant à la codirection du TNP Villeurbanne, contribuant ainsi à former de grands directeurs de théâtre impressionnés par sa force de travail.
Roger Planchon a été « l’homme qui a interprété le répertoire, qui a inventé une dramaturgie nouvelle », a estimé l’ancien ministre de la Culture Jack Lang. Il a relu Molière — son « Tartuffe » psychanalytique est resté célèbre –, Racine ou Marivaux, tout en étant l’un des premiers à monter des contemporains comme Adamov ou Vinaver. Il a pu aussi offrir une sorte de « théâtre d’art et essai » populaire et drôle avec de burlesques « Trois Mousquetaires ».
D’abord metteur en scène de théâtre, Roger Planchon a écrit des pièces saluées par la critique (« Les Libertins », « Gilles de Rais »). Il s’est aussi illustré au cinéma, l’une de ses passions, mais sans réussir à imposer ses quelques films, tel son « Georges Dandin ».
Il avait quitté le TNP en 2002, mais n’avait pas cessé de jouer
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