Claude RICH (Promo 1953)


L’éternel jeune homme au sourire malicieux et à l’élégance amusée nous a quitté ce jeudi 20 juillet. Il avait 88 ans.

 

Nous rendons hommage à ce merveilleux comédien, toujours inventif, qui représente exactement les meilleures des raisons pour lesquelles nous avons choisi ce métier .

Lu sur lefigaro.fr
Par Armelle Héliot

Une vie pour le théâtre

Soixante années sur les planches et presqu’autant de pièces. Au théâtre, Claude Rich avait tout joué et créé un très grand nombre d’œuvres nouvelles de Françoise Sagan à Antoine Rault en passant par Jean-Claude Brisville.

Il rêvait de jouer encore. Ils rêvaient de se retrouver, Nicolas Vaude et lui. Ils avaient joué ensemble L’Intrus d’Antoine Rault, en 2011 et 2012, et ils espéraient créer la pièce de Véronique Olmi Un autre que moi. Une étrange histoire de candidat au suicide qui se trouve face à un vieil homme qui n’est autre que lui-même. Didier Long, directeur de l’Atelier, avait envisagé de mettre à l’affiche cette pièce à la dernière rentrée, en septembre 2016. Claude Rich était fatigué, hélas. Ils avaient pourtant travaillé, sous la direction de Jean-Daniel Verhaeghe, lui et Nicolas Vaude. La création avait alors été envisagée pour ce mois de septembre 2017, à 19h00 et pour une série raisonnable de représentations.

Claude Rich s’est éteint dans la nuit du 20 au 21 juillet. On ne le verra plus, comme un grand chat, comme un éternel enfant, glisser sur les plateaux, décocher ses irrésistibles sourires qui plissaient ses yeux. Il était grave, sérieux, mais il était aussi la joie du partage et de la vie et sa carrière au théâtre en témoigne.

Banque, Conservatoire et Comédie-Française

Il avait commencé très tôt, lui le timide, l’orphelin de père, qui avait décroché un petit boulot dans une banque pour ne pas peser sur sa mère, son frère, ses sœurs. Mais les timides sont audacieux et il a intégré le conservatoire où se nouent d’indéfectibles amitiés avec les promotions précédentes ou suivantes. Il en sort en 53 avec un deuxième prix (pas de premier prix décerné cette année-là). Il a déjà commencé à jouer et à la Comédie-Française s’il vous plaît car le grand Julien Bertheau l’a repéré: il est dès 1951 à l’affiche du Conte d’hiver de Shakespeare, du Veau gras de Bernard Zimmer, puis joue aussi Hugo, Pirandello, encore Shakespeare avant de créer une pièce d’Irwin Shaw sous la direction de Jean-Pierre Grenier, des «Grenier-Hussenot». Si le cinéma l’a déjà repéré, dans les années 50 à 70, il va donner la préférence au théâtre. Mais il se disait «acteur», toujours aussi engagé que ce soit au théâtre, au cinéma, à la télévision ou à la radio.

Il a une dégaine de jeune premier, mais il aime l’humour et ne craint jamais les contre-emplois. Il ne pose pas à l’intellectuel et s’amuse autant dans La Petite hutte d’André Roussin que dans Bel ami d’après Maupassant, une adaptation de Frédéric Dard.

En 1959, il crée, sous la direction d’André Barsacq, une pièce d’Ugo Betti, Un beau dimanche de septembre. Quelques mois plus tard, en 1960, il est Sébastien dans Château en Suède de Sagan. Il a eu quinze jours pour apprendre le rôle. Il est prodigieux. Tout le monde parle de lui. Et lui échoit un très grand rôle, refusé par l’ami Trintignant: Victor, l’enfant trop mûr de Victor ou les enfants au pouvoir de Roger Vitrac, dans une mise en scène de Roland Piétri et Jean Anouilh. Devant le succès, la production passe de l’Ambigu à l’Athénée.

Un défenseur des écrivains contemporains

Claude Rich a aussi été de la célèbre famille qui s’est cristallisée autour de Claude Régy au milieu des années 60 pour créer les auteurs anglo-saxons. Le Retour de Pinter en 1966, Les Quatre saisons d’Arnold Wesker en 1968. C’est peut-être à l’époque qu’il prit le goût de l’écriture des pièces. Le Zouave, sa première pièce est mise en scène par Jean-Louis Thamin à Paris et à Lyon.

Claude Rich retrouve la Comédie-Française pour le Lorenzaccio mis en scène par Zeffirelli puis au TNP de Villeurbanne, il joue Périclès, prince de Tyr sous la direction de Roger Planchon. On est en 77-78. Et voici, Un habit pour l’hiver dans une mise en scène de Georges Wilson, en 79, voici Une chambre sur la Dordogne, mise en scène Jorge Lavelli, deux pièces très personnelles, avec ce mélange de mélancolie et de sourire, deux pièces de l’auteur dramatique Claude Rich.

Il était sévère avec lui-même. Il cherchait toujours. S’il y a un fil principal dans son beau chemin, c’est celui de la défense des écrivains contemporains. Si la parenthèse de Faisons un rêve de Guitry fut un enchantement pour un public qui avait le sentiment que cette partition brillante avait été composée pour lui, Claude Rich aura consacré toutes ces dernières années aux auteurs qu’il aimait. Billetdoux avec Réveille-toi, Philadelphie!, Brisville bien sûr dont il a joué Le Souper avec Claude Brasseur avant de tourner la version cinéma sous la direction d’Edouard Molinaro. Curieusement, après l’énorme succès du Souper, Claude Rich n’avait plus joué au théâtre pendant près de douze ans…C’est long, douze ans. Il avait repris le goût des planches en adaptant Les Braises de Sandor Maraï.

Il avait aimé son Talleyrand du Souper, comme il a aimé incarner Louis Althusser dans Le Caïman d’Antoine Rault -il se trouvait avec le philosophe, des liens, des raisons de le comprendre profondément malgré son crime. Il a également beaucoup aimé Le Diable rouge du même auteur, mise en scène de Christophe Lidon. Le cardinal de Mazarin lui allait à merveille. Il s’amusait. Il partageait l’affiche avec Geneviève Casile et des jeunes brillants. À la télévision, pendant ces années-là, il avait joué Blum, Galilée, Voltaire. L’Histoire lui collait aux basques. Un exercice très intéressant pour lui qui savait tant et réfléchissait avec une lucidité si profonde aux événements de notre temps.

C’est une pièce d’Antoine Rault, encore, qui marque ses derniers pas en scène. L’Intrus, mise en scène de Christophe Lidon. Histoire étrange, troublante, magistralement jouée par un Claude Rich éblouissant et un Nicolas Vaude émerveillé et magistral. Une très jolie sortie de scène…Mais, on l’a dit, tous deux avaient des projets…
Armelle Héliot

Lu sur lemonde.fr
Le comédien Claude Rich est mort, jeudi soir 20 juillet, à l’âge de 88 ans, a annoncé sa famille vendredi 21 juillet. Sourire gourmand et regard malicieux, l’acteur a vécu mille et une vies en soixante ans de carrière, des Tontons flingueurs à Panoramix au cinéma en passant par quelques grands personnages historiques au théâtre.

« Messieurs Claude Rich », comme l’avait surnommé le journaliste Claude Roy, était l’un des derniers Tontons flingueurs (1963). Dans le film de Georges Lautner, il incarnait l’impertinent Antoine, marié à la « nièce » de Lino Ventura.

« Je m’amuse beaucoup »

Passionné d’histoire, Claude Rich, né le 8 février 1929 à Strasbourg, affectionnait les rôles de grands personnages – Talleyrand, Mazarin, Voltaire ou Blum. Il a joué au total dans une cinquantaine de pièces et près de quatre-vingts films. « Je m’amuse beaucoup à faire ce métier, parce que je suis moi tel que je l’ai toujours été mais je suis aussi quelqu’un d’autre », confiait de sa voix subtile, un peu voilée, cet Alsacien grandi à Paris après la mort précoce de son père.

« Je n’ai jamais été un saint », ajoutait-il avec une pointe de regret teinté d’ironie. Catholique convaincu, il confessait avoir rêvé de jouer Charles de Foucauld (moine français mort en 1916), dont il a longtemps gardé la photo dans son portefeuille en raison de « son besoin d’absolu ». Claude Rich restait marqué par son enfance – « je ne m’en suis jamais vraiment remis » – et par sa mère, qu’il ne quittera que pour se marier avec la comédienne Catherine Renaudin, avec laquelle il a eu deux filles, Natalie et Delphine.

A la Libération, il a 14 ans et goûte le bonheur sur le boulevard Saint-Michel, où sa famille habite : « Je découvrais d’abord les filles, les femmes, je découvrais le chocolat, les Gauloises, tout ce qu’il y a d’extraordinaire ! » Il commence à travailler comme employé de banque mais lorgne le théâtre. En 1953, il sort du Conservatoire avec un deuxième prix de comédie. Sur les planches, il jouera aussi bien l’aristocrate dans Château en Suède, de Françoise Sagan (1960), que l’enfant dans Victor ou les enfants au pouvoir, de Roger Vitrac (1963).

Un Talleyrand d’anthologie

Très vite, le cinéma l’appelle aussi, avec Les Grandes Manœuvres, de René Clair (1955). « Le grand écran m’apporte beaucoup, mais le théâtre, c’est le vrai métier de l’acteur », observait-il. « On vit au théâtre, avec la troupe, on va boire des verres, on dîne ensemble, on reparle de la représentation et on espère, le lendemain, refaire la même chose en progressant. »

En 1975, pour le théâtre justement, il se lance dans l’écriture avec Le Zouave. Le mauvais accueil de la critique ne l’empêche pas d’écrire trois autres pièces (Un Habit pour l’hiver en 1979, Une chambre sur la Dordogne en 1987 et l’adaptation du roman de Sandor Marai, Les Braises, en 2003).

Il contribue aussi au travail du dramaturge Antoine Rault, pour lequel il est le philosophe Louis Althusser dans Le Caïman (2005), le cardinal Mazarin dans Le Diable rouge (2008) ou un scientifique faustien dans L’Intrus (2011). En 1989, il campe un Talleyrand d’anthologie dans Le Souper, de Jean-Claude Brisville. Mais c’est la transposition de la pièce au cinéma qui lui offre un César du meilleur acteur en 1993.

« Je suis heureux »

Au cinéma, il joue souvent les seconds rôles et passe du jeune premier des années 1960 à l’acteur élégant prisé des plus grands réalisateurs : Le Crabe-Tambour (1976), L’Accompagnatrice (1992), Le Colonel Chabert (1994). Il n’hésite pas à devenir le druide Panoramix d’Astérix et Obélix (2002).

« Il est comme un joueur de jazz qui fait chaque fois des variations différentes, pour le plaisir, pour épater », dit de lui Bertrand Tavernier, avec lequel il a tourné plusieurs films et qui aime « sa jeunesse, sa folie, son inventivité », mais aussi « ses angoisses et ses doutes, sa discrétion » et puis « ses fous rires ».

Claude Rich a été actif sur les planches comme sur grand écran jusqu’à l’âge de 86 ans. Sa dernière apparition au cinéma remonte au Ladygrey (2015) d’Alain Choquart.

« Je suis heureux », confiait-il encore récemment en revenant sur les rôles de sa vie, reconnaissant jouer chaque pièce comme si c’était la dernière : « J’ai la chance de jouer sans me fatiguer et celle, surtout, de continuer à m’amuser. »

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Voir l’article sur lefigaro.fr
Voir sa carrière théâtrale sur les Archives du spectacle
Voir sur Imdb, sa carrière cinéma et TV

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