Louis Jouvet – “Le comédien désincarné”


 

Louis Jouvet

“Le comédien désincarné”

Cet ouvrage constitue le plus important ensemble d’observations qu’un artiste ait laissé sur son art.

LE COMEDIEN DESINCARNE
Louis Jouvet

Poche – Broché
Paru le: 10/06/2009
Editeur : Flammarion
Collection : Champs Arts
ISBN : 978-2-08-121997-7 EAN : 9782081219977
Nb. de pages : 390 pages
Poids : 285 g
Dimensions : 11cm x 17,5cm x 1,7cm

La chronique théâtrale de Jean-Pierre Léonardini
sur humanite.fr (06/07/09)

Jouvet écrit Molière fait rire

Chez Flammarion, on a eu la riche idée de rassembler les textes de Louis Jouvet (1887-1951) sur l’essence et la pratique de son métier, qu’il a porté au plus haut dans l’exigence de l’agir et du penser. Cela fait l’objet de deux volumes, respectivement intitulés le Comédien désincarné et Témoignages sur le théâtre (1). Quant au premier, il s’agit de chapitres de ce fameux livre sur le comédien qu’il ne put mener à terme. La somme de ses réflexions – tant sur le texte et le jeu que sur le comportement de l’acteur ou ce qu’il nomme les « divagations du comédien », quand il ne fait pas l’éloge de l’intuition, ne s’interroge sur « la vocation » ou ne met en regard l’acteur et le personnage – témoigne pourtant d’une telle force de persuasion qu’on se demande bien ce qu’il aurait pu ajouter. Il aurait sans doute autrement classé les éléments de l’argumentation, en outre purgée de quelques redites. On peut donc considérer le Comédien désincarné comme une sorte de manuel sur l’art du comédien à partir d’observations assidues sur soi-même. « Je veux préciser mes sensations, affirme-t-il, je note dans mes lectures des reflets de mes états (Proust), j’écris des notes, et la vanité de m’exprimer moi-même me rattrape, me rejoint, me retrouve dans ce moment de ma carrière où j’ai découvert cependant (depuis longtemps déjà) que l’acteur n’est qu’une table d’harmonie. » On doit saisir, à cette seule brève citation, l’exemplaire validité d’un style, soit l’homme même, qui disait surveiller son métier « comme on surveille une habitude » ? Si prégnante est la présence de Louis Jouvet sur l’écran des souvenirs (de Volpone à Drôle de drame en passant par les Bas-fonds ou Quai des orfèvres) qu’on se surprend, à le lire, à croire entendre sa voix articuler le texte dont il est l’auteur. Et l’on sent que son élégante froideur, composée, n’est destinée qu’à voiler la plus fondamentale bonté. En exergue du Comédien désincarné, on trouve ceci : « Documents cliniques d’un esprit anxieux chez un homme pour qui l’amour du théâtre est inséparable d’un sentiment de fraternité. » De fait, analysant sans fin en lui cet « état dramatique » sans lequel il ne serait rien, Jouvet nous offre une manière d’art poétique embrassant tout le théâtre, du poète au spectateur via le comédien. Dans ses Témoignages sur le théâtre, entre autres textes éclairants, on relève « Pourquoi j’ai monté Dom Juan » et « Pourquoi j’ai monté Tartuffe », où l’on peut mesurer sa méfiance d’acteur devant toute idée dramaturgique préconçue, car il n’accorde sa confiance qu’à la « mécanique du théâtre », en quoi ce spiritualiste rejoindrait sensiblement le matérialiste Meyerhold. Les deux hommes se connaissaient, s’appréciaient. Ces deux ouvrages constituent à l’envi la plus précieuse contribution à la connaissance du théâtre, vécue corps et âme de l’intérieur, littéralement. Stendhal, au fond romantique, estimait Molière inférieur à Aristophane. Il disait : « Sa comédie est trop imbibée de satire pour me donner souvent la sensation du rire gai, si je puis parler ainsi. » A contrario, Olivier Bloch, spécialiste de l’histoire de la philosophie, dans Molière : comique et communication, s’attache à répertorier, dans le copieux ensemble que représente l’oeuvre de Jean-Baptiste Poquelin, les failles de la communication justement, celle-ci comprise au plus haut sens du terme, par quoi peut naître l’hilarité (2). Il s’agit en effet, sur le rire, d’un livre très sérieux (trop ?), qui ne laisse dans l’ombre aucun des attendus de la démonstration escomptée, laquelle tourne autour de la notion d’ « incommunicabilité », qui servit déjà pas mal jadis dans l’approche d’un tragique moderne, via les films d’Antonioni entre autres. Dans la seconde partie de l’ouvrage, Olivier Bloch suggère un rapport imprévu entre le théâtre de Molière et des philosophes de son temps, dits « occasionalistes », dont l’étude lui est familière. Voilà qui accroît, avec les noms de Géraud de Cordemoy, Gousset ou De La Forge, qui se situent dans la postérité contradictoire de Descartes, un corpus moliéresque déjà himalayen.

(1) Le Comédien désincarné, Louis Jouvet, 390 pages, 9 euros et Témoignages sur le théâtre, 328 pages, 8 euros, Éditions Flammarion, collection « Champs arts ». (2) Molière : comique et communication, Olivier Bloch, Éditions Le Temps des cerises, collection « Matière à pensées », 160 pages, 14 euros.

critique

https://www.lexpress.fr/culture/livre/louis-jouvet_806041.html

VIDÉO https://youtu.be/qxJSJo1pfgw

 

L’ENTRÉE DES ARTISTES https://youtu.be/_iqQLvbFNdc

 

Jules Eugène Louis Jouvet, orphelin de père à quatorze ans, part vivre avec sa mère chez son oncle, qui est apothicaire à Rethel dans les Ardennes. Influencé par sa famille, il s’inscrit à la faculté de pharmacie de Toulouse. À partir de 1904, il entame des études de pharmacie à la faculté de Paris, mais passe tout son temps libre dans les théâtres amateurs de l’époque : dans la troupe de Léon Noël, puis celle du Théâtre d’Action d’Art de 1908 à 1910 (il part alors en province jouer devant des auditoires populaires), ensuite celle du Théâtre des Arts, puis à l’Odéon, et au Châtelet. En parallèle, il se présente au concours d’entrée du Conservatoire d’Art dramatique de Paris, où il sera recalé plusieurs fois.

En octobre 1934, Louis Jouvet prend ses fonctions au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris. Durant l’année 1940, dans l’Europe en guerre, Louis Jouvet continue de faire de sa classe au Conservatoire, un espace protégé, où il transmet à de jeunes apprentis comédiens sa passion du théâtre. Dans ces cours donnés jusqu’à son départ en Amérique du sud, en 1941, Jouvet déploie une fascinante pensée pratique du jeu.

Il ne s’agissait pas pour lui – comme pour tout autre professeur de théâtre – de former des acteurs , de mettre au point des scènes de concours, de régler et de discipliner des vocations encore hésitantes ou malhabiles, de réfréner des ambitions trop impatientes. Le but qu’il se proposait siégeait en un  étage autrement  plus élevé. C’était « L’homme » qu’il cherchait à éveiller chez ces adolescents, en ouvrant devant eux sur la vie et sur leur future destinée de larges aperçus sur des horizons dont la révélation leur apportait sa chaude et féconde lumière.

Paul Abram Directeur du conservatoire National d’Art Dramatique


Jouvet sera un maître vénéré comme en témoigne son protégé François Périer :

« Voir Jouvet enseigner, l’écouter, l’observer, était une expérience unique, un festival de brio et d’intelligence théâtrale ».

« Alors comme ça, mon petit, tu veux faire du théâtre ? ». Sur le conseil de Louis Jouvet, François s’inscrit aux cours de René Simon  (1935). « Tu es un valet comique » lui affirme son professeur.Proposé au concours d’entrée au

un-revenant_5francois perrierFrançois Périer

Conservatoire à la fin de la 2ème année (1937), il présente «Scapin». Jouvet fait partie du jury. Tout le monde se souvient de la sentence : « Si Molière t’a vu, il a dû se retourner dans sa tombe ». Et la réponse qui fuse : « Comme cela, il sera à l’endroit car il vous a vu hier dans ‘L’école des femmes’ ! ».

Son esprit caustique est demeuré proverbial : lors du concours d’entrée, une apprentie comédienne s’avance en déclamant « Où suis-je ? » et reçoit cette réponse sans appel « Au Conservatoire… mais pas pour longtemps ! »

Les trucs du comédien.

Louis Jouvet, professeur au Conservatoire :

« Qu’attendent-ils de moi ?
Qu’imaginent-ils que sera ce cours ?
Quel service puis-je leur rendre ?
Au fond d’eux-mêmes y a-t-il un vif désir de savoir ?
Et savoir quoi ? leur avenir, oui – des trucs. »

Avoir affaire à des gens qui n’attendent de vous que des recettes, des procédés, en attendant un diplôme ; c’est le Conservatoire. Il faudrait que ces élèves aient d’abord le sens des difficultés de leur profession. Ils ne le peuvent pas. Ils sont bouchés, sourds et muets ; leurs ambitions, leurs appétits et l’ignorance totale d’un métier où il n’y a pratiquement pas d’expérience, pas de science générale, rendent tout effort pratiquement sans résultat.

Chercher des principes ? Il n’y a que des appétits et des ambitions, et des hasards – rencontres – chances. »

(Louis Jouvet, Le comédien désincarné)


Louis Jouvet, Tragédie classique et théâtre du XIXe siècle, cours au conservatoire, publiés en 1968, Gallimard

Qu’est-ce qu’enseigner le théâtre ? « (L. Jouvet) Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de fournir des premiers prix bien vernis, c’est de vous donner le contact avec vous-mêmes, sur des choses que j’ai expérimentées avant vous, des réflexions que j’ai faites à force de jouer la comédie pendant trente ans, que j’applique à ce que vous êtes. Je voudrais que vous sentiez en vous mon expérience. C’est ça la tradition d’un métier, que ce soit pour un métier manuel ou un autre. Il y a dans un métier manuel, en plus d’une expérience technique, une sensibilité proprement dite. Ce n’est pas seulement qu’il faille faire quelque chose de telle manière parce que c’est ainsi. Quand un artisan dit: Il ne faut pas faire ça ainsi, cela tient à des raisons profondes, à la connaissance parfaite qu’a l’artisan soit de la matière qu’il emploie, soit de l’usage auquel est destiné l’objet qu’il veut faire, et que seule l’expérience peut lui donner.

Ce qu’il faut que vous appreniez, en trois ans (et le métier de comédien serait le premier du monde si vous appreniez cela), c’est à vous connaître vous-mêmes. Le « connais-toi toi-même » de la philosophie antique, c’est tout le métier du comédien, tout son art. Se connaître soi-même par rapport à Alceste ou à Marguerite Gauthier, ce n’est pas donné à tous les gens qui font de la philosophie. »

* Plus qu’une articulation, la diction est la rencontre d’un style : « (Jouvet) il y a différents styles comme il y a différents auteurs. Quand vous aurez compris ces différents styles des différents auteurs, vous aurez le secret de la diction. On ne doit pas jouer Marivaux, Musset, Beaumarchais, Racine de la même manière.

Tu le comprendrais si tu avais joué une pièce de Bernstein, écrite avec des points de suspension, des interjections, à côté d’une pièce de Giraudoux, où il y a une phrase qui commande par son style un mécanisme différent de la sensibilité de l’acteur. Le mécanisme de la sensibilité chez l’acteur, la façon dont il dispose sa sensibilité, est fonction de l’écriture de la scène. Tu ne peux pas te comporter sensiblement dans une phrase de Marivaux comme dans un vers de Victor Hugo. C’est cependant ce qui caractérise à peu près, à l’heure actuelle, l’exécution de ce répertoire. »


 

 Filmographie

 Théâtre

 Comédien

 Théâtre du Vieux-Colombier

 Garrick’s Theatre New York

 Théâtre du Vieux-Colombier

 Metteur en scène et comédien

 Théâtre du Vieux-Colombier

Comédie des Champs-Élysées

4.2.3 Théâtre Pigalle

4.2.4 Comédie des Champs-Élysées

4.2.5 Théâtre Pigalle

4.2.6 Comédie des Champs-Élysées

4.2.7 Théâtre de l’Athénée

4.2.8 Comédie-Française

4.2.9 Tournée en Amérique latine 1941-1945

4.2.10 Théâtre de l’Athénée

 


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *