Bérangère Bonvoisin nous a quittés

Le par Rue du Conservatoire - Commentaires (0)

Adieu, Bérangère.

Si belle et si talentueuse. Nous avons tant de peine et nous te remercions.

Disparition de Bérangère Bonvoisin

Bérangère Bonvoisin n’est plus. Compagne et complice de Philippe Clévenot, elle avait su mener une double carrière d’actrice et de metteure en scène, travaillant avec les plus grands et mettant en scène des textes surprenants dont son ami Gilles Aillaud signait les décors. Ces derniers temps, elle rêvait de créer un spectacle à partir des lettres de Samuel Beckett

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Bérangère Bonvoisin © Guillemette Bonvoisin

Je me souviens du titre de l‘article dans Libération où je tenais la rubrique théâtre : « Bérangère Bonvoisin, une actrice moderne ». Elle le fut, refusant de « faire carrière », oscillant entre le jeu et la mise en scène, pour de moins en moins jouer et de plus en plus mettre en scène tout en entretenant des liens féconds, en particulier avec Jeanne Moreau connue lors du tournage de L’adolescente en 1993, ou avec le cinéaste Alain Cavalier qui filma une performance unique dans les annales du théâtre français (j’y reviendrai) et, bien sûr, et d’abord le grand acteur Philippe Clévenot qui fut le compagnon de sa vie et dont elle ne cessa d’entretenir la mémoire après sa disparition en 2001.

Issue d’une famille ayant ses attaches en Normandie, elle commença par faire le conservatoire de Rouen tout comme son frère Bertrand, en sortit avec des prix puis entra au Conservatoire National Supérieur d’Art dramatique de Paris dit « le Cons’ » où elle suivit la classe d’Antoine Vitez qui la distribua en 1973 dans Les Miracles, un spectacle portant bien son nom. Elle fit ses premiers pas du côté de la mise en scène, par exemple en mettant en scène La star des oublis d’Ivane Daoudi (autrice trop oubliée aujourd’hui) ou en signant Eddy (le chanteur). On la croisait souvent à l’époque dans des spectacles importants comme les pièces de Jean Magnan mises en scène par Robert Gironès ou, au TNS de Strasbourg des années Jean-Pierre Vincent, dans l’inoubliable Violences à Vichy ou dans des pièces de Michel Deutsch, et à Paris dans le très beau Schlieman de Bruno Bayen ou Hippolyte de Garnier par Vitez.

En 1984 Bérangère est auprès de Philippe Clévenot qui adapte, joue et met en scène Celle qui ment d’après les écrits d’Angèle de Foligno. Un spectacle d’une rare beauté. On reverra Bérangère dans des spectacles de Planchon et d‘autres mais elle se tourne plus avant du côté de la mise en scène en créant en France Pionniers à Ingolstadt de Marieluise Fleisser au Théâtre de Nanterre en 1987. Deux ans plus tard, elle est aux cotés de Philippe Clévenot qui met en scène et interprète La conférence du Vieux Colombier d’Antonin Artaud. Après la mort brutale de Clévenot en 2001, elle organise un ample hommage au Théâtre de l’Odéon.

Deux ans plus tard, elle organise et met en scène un événement et unique dans l’histoire du théâtre contemporain en France. Elle vient de lire Slogans un ouvrage de Nadia Soudaieva, une poétesse russe contemporaine nous dit son traducteur Antoine Volodine, bien que personne ne la connaisse pas même au fin fond de la Russie. Le livre est composé de deux parties, chacune contenant 343 slogans. Fascinée par cet ouvrage, Bérangère décide de le mettre en scène en conviant 343 actrices, chacune disant deux slogans, un dans chaque partie. Le Théâtre de la Colline lui ouvre ses portes deux soirs durant. Tout ce que le théâtre français compte d’actrices, connues, reconnues ou encore inconnues est là, de Jeanne Moreau à Audrey Bonnet. Alain Cavalier, impressionné par l’événement vient et filme, il en résultera un film, aujourd’hui encore inédit, titré Pour Bérangère. Parmi ses dernières mises en scène citons La maladie de la mort de Duras avec Fanny Ardant et Gros câlin de Romain Gary.

Le cinéaste Alain Cavalier restera jusqu’au bout un proche de Bérangère Bonvoisin tout comme l’avait été Gilles Aillaud qui signa les décors et la scénographie de tous ses spectacles. La disparition de ce dernier affectera beaucoup son amie comme la disparition de Bérangère Bonvoisin affecte profondément aujourd’hui tous ceux qui ont eu le privilège de la côtoyer durablement comme c’est mon cas.

Bérangère Bonvoisin, 1953-2026, sera inhumée au cimetière de Villerville dans le caveau de son mari Philipe Clévenot, non loin de la tombe de son frère Bertrand Bonvoisin et de son beau-frère Jean-Yves Dubois, autres grands acteurs. Affectueuses pensées à ses proches, en particulier à sa sœur Guillemette, photographe

Une cérémonie se tiendra au Père Lachaise à une date encore non déterminée au moment où j’écris ces lignes.

journaliste, écrivain, conseiller artistique

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