LE PROCES DE KARL MARX ET DE MILTON FRIEDMAN

Le par Mickael LAUSTRIAT - Commentaires (0)

Karl Marx (inventeur du communisme) et Milton Friedman (l’un des pères de l’ultra-libéralisme en économie) ont tous deux exercé une profonde influence sur les mentalités. L’un comme l’autre ont façonné l’Histoire. Au moment du Jugement dernier, les voici sommés de rendre des comptes sur les conséquences sociales et politiques de leurs écrits. Comment vont-ils se justifier ? A quelle peine vont-ils être condamnés ? Il fallait un procès pour en finir avec la prétendue irresponsabilité des intellectuels. Cette pièce théâtre, écrite pour 15 personnages, renvoie aux problématiques d’aujourd’hui et questionne le mode de fonctionnement de nos sociétés.

LITTERATURE

Marxisme et Capitalisme ont tous les deux échoué

On croyait le débat enterré : eh bien non : une nouvelle pièce de théâtre, Le Procès de Karl Marx et de Milton Friedman s’empare des pères fondateurs de ces deux théories économiques et leur demande des comptes.

Mickael Laustriat, pourquoi « Le Procès de Karl Marx et de Milton Friedman » ?

= Je suis un survivant de la génération des baby-boomers. J’avais une vingtaine d’années en 68. L’influence de Marx était alors très forte sur les gens de mon âge. C’est quand je suis entré à Sciences-Po que j’ai vu les choses sous un autre angle. Rue Saint-Guillaume, on faisait très vite comprendre à ceux qui croyaient encore à la révolution prolétarienne qu’ils s’étaient trompés d’adresse.

C’est là que vous avez découvert la pensée économique libérale ?

= Pas du tout ! Qui connaissait Milton Friedman à l’époque ? Il enseignait à l’Université de Chicago et était complètement inconnu en France. Pour nous, la référence, en matière de pensée économique, c’était Raymond Barre. C’est seulement quand Nixon a mis au rancart l’étalon-or et qu’on a réalisé l’influence qu’aurait la nouvelle politique monétaire sur les sociétés que Milton Friedman s’est imposé comme le type qui comprenait ce qui se passait.

Faire monter l’économie sur scène, c’est nouveau.

= Même s’il soliloque, le vrai théâtre d’aujourd’hui, ce sont les médias, les réseaux sociaux. Et là, de quoi parle-t-on ? De la vie quotidienne. De ce qui se passe dans le monde. Et notamment de l’importance de l’économie. Et tout cela est beaucoup plus intéressant que le répertoire de tel ou telle institution culturelle subventionnée.

Mais alors pourquoi écrire pour le théâtre, justement ?

= Parce que ça reste l’un des lieux, avec la littérature et la culture, où l’on échappe encore à la tyrannie de l’immédiateté. Et parce que la vie sociale est un jeu. Et qu’on pourrait en imaginer un autre.

Vous croyez que « Le Procès de Karl Marx et de Milton Friedman » fera date ?

= Je n’en sais rien. C’est au public de décider. J’ai soumis cette pièce à quelques directeurs de théâtres. Au-delà de toutes les réponses polies et

négatives que j’ai pu recevoir, j’ai surtout eu le sentiment de m’être adressé à des gens ayant perdu toute spiritualité. A la fin du texte, lorsque le maître de cérémonie sort une Bible, certains se sont dit : « Donc l’auteur est un crypto-chrétien. Il veut nous convertir. Eh bien, merci Monsieur ! » En fait, c’est une pièce juive, profondément juive.

Comment ça ?

= Parce que nous serons tous jugés au terme de nos vies ! Cette idée, qui a d’abord été juive avant d’être récupérée par la chrétienté, cimente toute la vie juive. Le judaïsme ne se réduit pas à 613 commandements que chacun se doit d’observer. Outre le fait que depuis la destruction du Temple, il est devenu impossible d’en accomplir nombre d’entre eux, être juif, c’est d’abord s’efforcer de mettre en œuvre dans sa vie, dans son comportement, un certain code moral. Et ce n’est pas facile ! Juifs l’un et l’autre, Marx comme Friedman, chacun à leur manière s’y sont essayé. L’un comme l’autre se sont efforcé de théoriser ce que serait le mieux pour l’humanité. Et tous les deux ont échoué.

A la fin de la pièce, vous accusez les GAFAM d’être les nouveaux Pharaons d’aujourd’hui.

= De la même façon qu’en Egypte les Hébreux étaient soumis à un pouvoir dictatorial fort, la mondialisation va soumettre chacun d’entre nous à un nouveau totalitarisme, pluri polaire mais bien réel. Tout doucement, nous sommes en train de devenir les joyeux esclaves de ces conglomérats. C’est le but des algorithmes de nous amener là où ils veulent. Mais tout cela n’est qu’une mise en scène organisée par le Créateur lui-même, qui veut renouveler avec l’humanité la chance qu’il a déjà offerte aux Hébreux, il y a trois mille ans. Quand la vie deviendra vraiment absurde, voire impossible, certains se révolteront. Et leurs révoltes seront matées comme c’est le cas en Chine, avec leurs Ouygours – ou chez nous, à une échelle plus modeste, avec nos Gilets Jaunes. Je crois que Malraux, dont la spiritualité doit beaucoup à sa femme et à l’opium, a vu juste : le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas. Le message du judaïsme est universel. Mais ce message, le peuple juif, qui est enfin retourné sur sa terre, continue à le garder en lui-même. Il voudrait bien le faire partager à l’humanité, mais il n’y arrive pas. Syndrome post-traumatique : on sort de deux mille ans d’exil, ça laisse des séquelles. Forcément. Il a fallu se cacher. Survivre était la priorité – ça le reste, d’ailleurs. Mais je suis optimiste : un peu partout dans le monde, en Afrique, au Mexique, en Asie, des tribus se découvrent tout à coup une parenté avec l’histoire juive. L’idée qu’Israël – non pas en tant qu’Etat mais en tant que dépositaire d’une loi universelle – a quelque chose à apporter à l’humanité est en train de se faire jour. C’est une tendance silencieuse, sous-terraine mais forte, et qui ne fait que commencer.

Vous voulez ajouter quelque chose ?

= Oui. Je serai plus circonstanciel. Marx n’en finit pas de nous déranger. Alain Minc vient de publier à la Ma vie avec Marx chez Gallimard. Partant d’une lecture critique des principaux textes du père du matérialisme dialectique, il souligne dans son livre la pertinence de l’analyse qu’avait Marx du capitalisme. Voilà un ouvrage étonnant, car son auteur, qui a écrit La mondialisation heureuse et qui a conseillé des patrons du CAC 40, est plutôt connu pour être un adepte de l’ultra libéralisme. Je salue cette confluence, entre son livre et Le Procès de Karl Marx et de Milton Friedman. La marche de l’humanité vers la mondialisation est désormais inéluctable et l’opinion s’interroge sur le sens de ce destin collectif. Si ma pièce pouvait apporter une réponse à ce pourquoi, j’en serais très heureux.

 

 

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