Je ne vous parlerai pas ici de ma passion pour le théâtre et le spectacle en général, d’autres l’ont fait mieux que moi.
La réflexion dont j’aimerais vous faire part est : quelle est la place des femmes dans le spectacle vivant ?
Aujourd’hui la réponse pourrait être : un strapontin.
Il y a deux ans, Laurence Equilbey, cheffe d’orchestre internationalement reconnue, a apporté à la SACD une étude sur les chiffres H/F. J’étais alors présidente du conseil d’administration et j’ai découvert avec stupeur l’étendue du désastre. Depuis le dernier rapport de Reine Prat en 2006, la situation ne s’était pas améliorée, mais dégradée. Les femmes avaient quasiment disparu des directions des établissements publics. Devant cette anomalie, nous avons décidé de publier cette étude dans une brochure intitulée « Où sont les femmes ?». Nous avons alerté les ministres, les députés, les sénateurs, le métier et le public. Le gouvernement s’est alarmé de cette situation, des voix se sont élevées pour un progrès, d’autres ont fait valoir que si les femmes ne faisaient pas les mêmes carrières que les hommes, c’est parce qu’elle n’avaient pas de talent… Bref, nous en avons entendu de belles.
Suite à ce mouvement, un observatoire a été créé au ministère de la culture, et quelques nominations ont eu lieu qui ne changent pas encore sensiblement la donne.
Une deuxième plaquette a été éditée pour la saison 2013/14.
En résumé, il n’y a toujours que 12% de CDN dirigés ou codirigés par des femmes, 26% de CCN (alors qu’il fut un temps ou les directions des centres chorégraphiques étaient paritaires), et seulement 3% de femmes dirigeront cette saison un orchestre.
Dans les programmations 2013/2014, seules 15% des solistes instrumentaux seront des femmes, il n’y aura que 20% des textes joués écrits par des auteures, et 25% de metteures en scène.
Pour les actrices, nous n’avons pas les chiffres exacts. Nous les attendons de l’observatoire mis en place par le ministère. Mais nous savons tous qu’il y a beaucoup plus d’emploi pour les garçons que pour les filles. Quant aux techniciennes de théâtres elles cumulent à 13%.
Pourtant les grandes écoles comme les Conservatoires Nationaux sont paritaires (même si deux fois plus d’apprenties comédiennes se présentent au concours).
Faut-il continuer à admettre que les filles n’auront pas les mêmes chances que les garçons, même si elles font les mêmes études ? Les femmes doivent elles accepter comme une fatalité de rester un groupe minoritaire dès qu’il s’agit de faire une carrière ? Reine Prat le dit : c’est à partir du seuil de 33% qu’une minorité n’est plus perçue comme telle. Nous sommes loin du compte et il faudra des années pour qu’un réel changement ait lieu dans le spectacle vivant.
Pour l’audiovisuel, nous aurons les chiffres du CNC que l’an prochain.
Il ne s’agit pas d’une guerre hommes-femmes.
Il s’agit de prendre conscience qu’une évolution est nécessaire, salutaire, juste.
La diversité de la création, de la pensée, le foisonnement artistique auront tout à y gagner. Et surtout le public.
La culture est le reflet de notre société, un point de vue sur le monde, masculin et féminin confondus et égaux.
Il est temps d’œuvrer pour que notre société du spectacle évolue, se démocratise, accepte enfin l’égalité des chances entre hommes et femmes.
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